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PLAYLIST VIDEOS SPECIALE LOUIS ARMSTRONG @ FRANCK HERCENT

Heureux qui comme Louis

De quoi le jazz est-il le nom ? Vous retrouverez cette formule « à la Bourdieu» dans nombre de livres de sociologie, de conférences, de dictionnaires du jazz ou de festivals prestigieux… Pléthore de spécialistes vous dirons qu’ils n’en savent rien mais qu’ils peuvent à coup sûr vous dire quand il est là ou pas. Le mieux, me direz-vous, étant peut-être de demander  au principaux « musiciens » jouant dudit vocable… mais la réponse est souvent assourdissante : les jazzmen vous répondront qu’ils n’en savent rien ou qu’ils en sont des  « créateurs » -condition nécessaire- mais ne s’en revendiquent pas… Parlent de musique « africaine-américaine », de « feeling », de « swing »… D’aucuns vous diront qu’il s’agit d’une communion avec le public, d’une virtuosité vitale qui ne rentrerait pas dans les cases, d’un hapax poétique… Bref, d’un moment unique à nulle autre musique pareille surgissant de l’improvisation ici et maintenant et gravé à jamais pour l’éternité !

Louis Armstrong ne disait pas autre chose : « If you ask what jazz is you will never know ! » Pourtant, celui qui est désormais un classique, un fondateur, une évidence que l’on surnomme affectueusement « Pops », « Dippermouth » ou « Satchmo », mot-valise formé à partir de satchel-mouth, littéralement « bouche-sacoche ») car il avait un sourire large comme l’horizon… ne le fut pas d’emblée (un classique). Ses détracteurs furent nombreux et rien ne prédestinait cet enfant des quartiers difficiles de la Nouvelle-Orléans à composer d’immortels chef-d’oeuvres. On l’accusa, entre autres, de trop faire allégeance aux blancs ségrégationnistes alors, qu’en fait, il fut l’un des principaux soutiens de Martin Luther King Jr… Vous savez comment sont certains… Grands diseux, petits faiseux !

Mais « les articles de fond ne remontent jamais à la surface » disait Boris Vian. Alors contentons nous donc d’évoquer avec légèreté ce qui caractérise le mieux le souffle rieur et cristallin de Louis Armstrong.   Il commença par le tambourin et divers instruments avant le cornet et la trompette. Il a joué aussi bien avec Fletcher Henderson, Ma Reiner, Bessie Smith, Coleman Hawkins, Lionel Hampton, Art Tatum, Frank Sinatra, Duke Ellington et  avec, bien entendu, Ella… ou au cinéma avec Grace Kelly à Hollywood.

Sacré « roi des zoulous » à la Nouvelle-Orléans, vedette des festivals de Nice (1948) ou de Newport  (1957-58 et 1960-61), il se produit en Europe, au Japon, en Australie, à la Jamaïque, en Afrique ou en URSS. Les lecteurs du magazine « Down beat » l’élisent dès 1952 « plus importante figure musicale de tous les temps ». En fait, il inventa le jazz tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il fut également le véritable premier soliste de jazz déployant son génie d’improvisateur dans une sonorité inédite et un phrasé caractéristique. Dépassant l’aspect folklorique d’alors, il donna ses lettres de noblesse au Jazz. « Louis Armstrong aura tenu, indéniablement, un rôle capital dans l’histoire de la musique. C’est grâce à lui que la forme musicale née à la Nouvelle-Orléans à la fin du siècle dernier atteint une audience universelle » précise le Dictionnaire du jazz de Phillippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli.

On dit qu’il excellait à transfigurer les pires tubes à la mode qui lui étaient imposés par les producteurs de disques… Grâce à de subtiles rythmiques, l’usage de décalage et d’accentuation par rapport au tempo,  il fait swinguer les paroles en faisant vibrer les mots de toute leur potentialité expressive et musicale. Comme les grands chanteurs de Blues ou de flamenco, il fait fi de l’accentuation tonique du mot et préfère utiliser les syllabes comme des notes, les rétrécissant ou les rallongeant pour leur donner toute leur charge phonétique.

Allié à son souffle profond et à son timbre rocailleux, épousant la moindre nuance d’une mélodie subtile, le cocktail est détonnant d’authenticité. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si on retrouve la musique d’Ella et Louis dans le conte jazz Chaman (ed. Edilivre). Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter, Summertime, Cheek to cheek, Black and Blue (titre précurseur pour l’époque, d’une profondeur que l’on aurait peine à trouver aujourd’hui…). Mais, comme disait l’autre, la poésie ne cherche pas à convaincre…

*

Derrière ses hublots ronds,

Tout embués de bleu,

On lit la compassion

Dans ses yeux impétueux…

*

De The Good Book à Porgy and Bess, Louis fut de tous les swings et sur toutes les scènes… Ses adeptes sont aujourd’hui légion et perpétuent ce style fondateur tout en explorant les autres courants musicaux. Wynton Marsalis et le festival JAZZ IN MARCIAC en sont peut-être les plus éminents défenseurs. Comment, pour conclure, ne pas mentionner également cette pépite écrite en 1967 en pleine ségrégation, cet hymne, cet étendard, ce joyau – Armstrong – sertis par Claude Nougaro qui fut également un précurseur quichottesque qui hissa la poésie française au firmament de la prosodie jazz. Mais ça, c’est une autre histoire… En vers et contre tout.

Franck Hercent.
Retrouvez les livres de Franck Hercent « oflo » aux éditions Edilivre et sur franckoflo.com.

Claude Nougaro – Reprise Armstrong

Louis Armstrong – Black and Blue

Ella Fitzgerald & Louis Armstrong – Summertime

Louis Armstrong – West End Blues

Ella Fitzgerald & Louis Armstrong – Cheek to cheek

Louis Armstrong – C’est si bon

Louis Armstrong – Go Down Moses

Louis Armstrong – What a wonderful world

Ella Fitzgerald & Louis Armstrong – Dream A Little Dream Of Me

Wynton Marsalis Quintet with Lucky Peterson – Nobody Knows The Trouble I’ve Seen

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