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INTERVIEW MANUSCRITE #98 – ROVER @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW ROVER PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Timothée Régnier alias ROVER a sorti son troisième album baptisé « Eiskeller » le 7 mai 2021. Multi-instrumentiste, son univers oscille entre pop, rock et classique qu’il affectionne particulièrement. Lors de son passage au Rocher de Palmer à Cenon en décembre, l’artiste a accepté l’interview proposée par Musiques En Live. Les textes sont de Diego et les photos de la fidèle Carolyn Caro.

 

DIEGO : Quel est ton retour d’expérience après la tournée 2015/2016 lorsque tu défendais l’album « Let It Glow » ?
ROVER : J’ai du mal à être critique sur mes albums car je sais aller au fond des choses avec les « armes et outils » mis à ma disposition. Certes on peut toujours faire plus (studio, mixage…) mais cela peut prêter à confusion et éloigner de la vérité. En vieillissant, je me rends compte que la musique que j’aime à vocation à être instinctive, tant dans les « maquettes d’atelier » que dans la fabrication. 
« Let It Glow » vient après un premier album qui eut du succès, l’énergie était présente et nous avons joué environ 200 dates. L’entourage d’un artiste solo peut être porteur comme déformant d’une certaine réalité… j’ai très vite pris conscience qu’un isolement était nécessaire. Revenir aux instruments que j’aime et à un studio analogique (NdA : Kerwax dans les Côtes D’Armor) fut un défi permettant d’éviter l’embourgeoisement. La tournée fut longue et rock et je n’exprime pas de regret.
 
ROVER ©Carolyn.Caro 1 20
DIEGO : N’aurais-tu pas un tempérament à positiver facilement ?
ROVER : Probablement. En musique, on comprend vite que le fait de jouer live nécessite une concentration et une énergie positive. Si tu rates le début d’un morceau, il faut rapidement oublier cette erreur sinon tu fais le concert avec ! J’essaie d’appliquer cet adage à la vie. 
 
DIEGO : On enchaine la Bretagne de « Let It Glow » où il fait toujours chaud (!) à la Belgique de « Eiskeller » où tu as enregistré ton dernier disque dans une cave de glace !
ROVER : J’aime beaucoup Bruxelles qui dispose d’une énergie citadine avec une scène musicale vivante. J’aime également Paris mais ce sentiment de passer les frontières est très agréable. J’avais composé en amont les titres du dernier album à Bruxelles et suis rentré dans cette cave de glace avec 80% de l’album sans les arrangements. J’ai connu ce lieu par hasard et des amis m’ont parlé des glacières Saint Gilles qui sont un endroit transformé en atelier et lieu de stockage pour le théâtre. Le lendemain je réservais ce lieu atypique dans lequel il fait 8 degrés toute l’année !
 
DIEGO : Tu jouais en parka / moufles ?
ROVER : J’ai gardé ma parka et remettais mes gants entre les prises… ensuite un système de chauffage a été négocié avec le propriétaire des lieux.  Au total je suis resté 14 mois sur place et l’avantage du froid est que l’on ne s’endort pas… tu restes 3 ou 4 heures et elles doivent être efficaces ! (rires)
 
DIEGO : Un album différent dans sa conception. En plus de la composition, tu joues le technicien et l’acousticien ? 
ROVER : Exactement. Un challenge fascinant. J’ai vécu la technique du son et la conception du disque en mettant de côté le rôle du chanteur prêt pour la prise. C’est très bon pour l’égo car la technique prend beaucoup de temps et de réflexion. Tous les maillons de la chaine musicale sont représentés. 
 
DIEGO : Peut-on dire que Timothée technicien regarde ROVER musicien ?
ROVER : Non mais Timothée installe son micro, chante et enregistre puis ROVER n’apparait qu’une fois l’album mixé ! Voilà une très belle citation : “Celui qui travaille avec ses mains est un ouvrier, celui qui travaille avec ses mains et sa tête est un artisan, celui qui travaille avec ses mains, sa tête et son cœur est un artiste.” Ce travail de longue haleine fut fascinant.
 

DIEGO : Revenons au contenu de l’album. As-tu pensé au cèdre du Liban et son actualité dramatique en écrivant « To This Tree » ? Je sais que tu connais bien ce pays.
ROVER : Pas du tout. En fait il s’agit d’un hommage à « L’Arbre » situé dans les Hautes-Alpes, il s’agit d’un vrai arbre existant et j’essaie de m’y rendre régulièrement. Il dispose d’une énergie particulière et permet de retrouver les valeures oubliées. Il est important de retrouver la simplicité même si les symboliques sont annexes. Un arbre est simple mais ses racines et l’image du refuge qu’il peut représenter demeurent importantes. L’arbre de vie également.
Cette chanson est comme une lettre rédigée pour une personne à qui je conseille de ne pas hésiter à retourner à cet arbre lorsque les temps deviendront difficiles. Concernant le clip, la volonté était d’avoir des images digitalisées sur une musique chaleureuse et organique. J’adore la naïveté des gros pixels et les émotions qui sortent d’une machine. Tout est une histoire de contraste.
 
DIEGO : En rapport avec l’un de tes derniers titres, aurais-tu aimé avoir le physique de Roger Moore ? (rires)
ROVER : Initialement non et puis cela dépend à quel âge ! (rires)
Concernant le titre « Roger Moore » auquel tu fais référence, c’est le mot qui s’est imposé au moment d’écrire la chanson. C’est du second degré et n’est en rien un hommage. Je rigole de ces hommes blancs sauveurs du monde mis sur un piédestal à 50 ans et qui ne donnent pas nécessairement une bonne image de la femme… c’est très ironique. Cela n’est qu’une histoire de résonance dans les mots pour la rime.
DIEGO : Sinon ton 007 préféré ?
ROVER : Daniel Craig
 
DIEGO : Perso je suis plus Sean Connery ! Y’a t’il des chansons « pansements » dans cet album qui pourraient cacher une fêlure ? Je pense à « Venice Hat » et son refrain « You walk me like a dog… »
ROVER : C’est une très belle image. Les chansons sont des pansements et pas que « Venice Hat » ! Un disque est un amalgame de pansements… pas forcément sur une plaie ! Sans être forcément thérapeutique, les chansons sont organiques et sont mes « enfants ». Je revendique être paternel avec mes créations. « Venice Hat » a été un déclencheur dans le processus de « Eiskeller » permettant d’oser des arrangements différents et une production décomplexante. Je parle principalement de la musique. « You walk me like a dog » reflète le sentiment de ne pas être traité à la hauteur de ce que l’on souhaite, que ce soit professionnellement, en amitié ou en couple. La condition humaine, l’amour et la mort sont les 3 robinets inspirants ! 
 
ROVER ©Carolyn.Caro 1 60
DIEGO : Ta voix fait littéralement voyager l’auditeur sur « Woys ». Parle-moi de ce titre ?
ROVER : W.O.Y.S. veut dire Walking On Your Song et j’adore inventer des mots avec la langue Anglaise. C’est une chanson qui date de ma période étudiante, la seule « vieille chanson » présente dans l’album. Il s’agit d’une lettre d’amour adressée à une jeune fille de l’université où j’étais et je m’imaginais écrire sur le mur de sa chambre à l’internat… c’est très romantique. J’avais trois notes et n’avais jamais fini ce titre. J’ai retrouvé l’émotion d’antan en finissant « Woys » sachant que la fille concernée n’est pas au courant !
 
DIEGO : Comment travailles-tu ta voix ?
ROVER : Je ne la travaille pas ! Je n’ai jamais pris de cours de chant et ne lis pas le solfège. J’ai juste arrêter de fumer il y a 3 ou 4 ans ! (rires) Je dors et bois de l’eau et suis trop fainéant pour les vocalises. Je chante à la maison.
 
DIEGO : Autre titre, « Cold And Tired ». Tu utilises un vocodeur ?
ROVER : Oui un auto-tune. Il s’agit d’un accident, j’étais en studio et avais la musique finale désirée. Seul dans le noir d’une grande pièce, je n’ai pas voulu installer un micro classique pour clôturer le titre et ai privilégié l’instinctif ! J’ai pris mon téléphone portable avec une application gratuite et l’ai branché sur un mini-jack avec 4 pistes K7 pour éviter les écrans d’ordinateur et ai enregistré ma voix. Il s’agissait de l’unique solution pour garder « l’instant présent », c’est un peu comme une maquette originale qui finit sur disque !
 
DIEGO : Sur le titre « Eiskeller » tu utilises un micro différent ?
ROVER : C’est aussi un téléphone. Je préfère garder des prises qui ont une magie plutôt que refaire pour un son meilleur. J’aime ces sons volés. 
 
DIEGO : Et comment adaptes-tu ton album sur scène ?
ROVER : Contrairement à la tournée précédente, nous ne sommes que 2 sur scène. Je joue avec Antoine BOISTELLE à la batterie. En une journée de répétitions nous avons trouvé notre « force tranquille ». Aucune machine excepté un pad relié à la batterie pour la basse. Nous jouons en format restreint avec une logistique différente sans rapport direct avec l’effet COVID. Néanmoins cela simplifie la logistique et reste en adéquation avec ma façon de travailler sur ce disque. Le plaisir est immense et nous laissons une place à l’improvisation. En incluant le regisseur et les techniciens , nous ne sommes que 5 sur la route… on rentre dans une camionnette !
 

 
DIEGO : Vous jouez à l’ancienne… tu charges le camion, tu décharges, tu répètes, tu joues, tu remballes et tu repars !
ROVER : Exactement ! Et sans abimer le disque. Nous restons fidèles au son original. Un fil rouge de la cave de glace Belge à la scène. J’adore ce défi. En toute modestie, je souhaitais que cette tournée me ressemble.
 
DIEGO : Une vraie plus value avec de vraies valeurs ! D’ailleurs tu aurais fait quoi sans la musique ?
ROVER : Boulanger ! Peintre ! Homme au foyer ! Enfant je voulais être garde forestier et vivre dans la montagne.
 
DIEGO : Près de ton « arbre » dans les hautes Alpes ! 
ROVER : Oui… après tous les métiers incluant de la solitude et du silence me plaisent. 
 
DIEGO : Quelles musiques écoutais-tu dans ta jeunesse ?
ROVER : Je me souviens du rap, je vivais aux Etats-Unis car mon père travaillais là-bas. HOUSE OF PAIN et Dr DRE collaient au cadre New Yorkais. NIRVANA m’a beaucoup marqué. Mes grands frères écoutaient INXS, U2, DEPECHE MODE et j’adore leurs sons respectifs. 
 
DIEGO : J’ai vu 3 fois INXS en concert à la grande époque ! Je te parle pas de U2 et DEPECHE MODE… 
ROVER : 3 fois INXS ! Veinard ! Le pied… j’adore ce groupe. 
 
ROVER ©Carolyn.Caro 1 39
 
DIEGO : Et toi tes meilleurs concerts vécus ?
ROVER : Ma grosse claque c’est Julian CASABLANCAS des STROKES. Pour la petite histoire, nous étions à l’école ensemble à New York au lycée Français (pas dans la même classe). Il jouait au Bataclan pour son projet solo « Phrazes For The Young » en décembre 2009. J’ai été subjugué par sa voix et son charisme. Sinon Lenny KRAVITZ également dans notre lycée. Il était venu jouer 6 titres à l’époque de « Let Love Rule » et se baladait souvent dans la rue avec ses bandes sonores sous le bras.
 
DIEGO : Malheureusement on a pas les mêmes gènes que Lenny qui a un physique d’enfer ! (rires)
ROVER : Tu m’étonnes ! Ses premiers albums sont supers. Pour finir, PORTISHEAD aux Vieilles Charrues, un souvenir extra. 
 
DIEGO : Merci Timothée. Je te souhaite une longue tournée. A bientôt ! 
ROVER : Salut Diego.
 

 

  • Remerciements : Aurore Voisin / Clara Small / Patricia Téglia
  • Photos : Carolyn Caro
  • Relecture : Jacky G.

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