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INTERVIEW MANUSCRITE #97 – VICTOR SOLF @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW VICTOR SOLF PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Ancien membre-fondateur de The Popopopops et Her, Victor Solf compte 10 ans de carrière et une belle série de concerts à son actif. Le 30 avril 2021, l’artiste a sorti son premier effort solo baptisé « Still. There’s Hope » chez Virgin Records et de nombreuses dates et festivals se profilent à l’horizon 2022 dans le but de retrouver son public.
Il a accepté de répondre aux questions de Musiques En Live sous le regard photographique de Laurent Robert, l’un des fidèles accompagnants de Diego. 

 

DIEGO : Comment se passe ton « Brand New Start » (nouveau départ) après l’épopée Her ?
VICTOR SOLF : Très bien ! Tout est un éternel recommencement. J’ai trouvé une « top-line » disant « Everything Is Temporary… », je trouve qu’elle a un côté punk qui me correspond. Me concernant, la difficulté pourrait venir de la comparaison de mon passé avec Her et je me mets la pression tout seul. Ce fut également le cas avec Popopopops avant de créer Her ! J’ai commencé ma carrière dans l’artisanal et j’aime passer les étapes en me fixant des objectifs à atteindre, même s’ils sont gros ! 
 

 
DIEGO : Nouveau projet signifie nouvelles techniques ! Beaucoup plus de piano et moins de guitares ?
VICTOR SOLF : Exactement ! Dans Her il n’y avait pas de piano alors que pour cet album solo, l’instrument est prédominant. Je cherchais un caractère personnel à « mon son » et après avoir composé la chanson « Traffic Lights », j’ai souhaité m’orienter sur le piano. J’ai voulu sortir de ma zone de confort. Certains titres composés dernièrement pour l’album existent dans des versions plus électriques, certains sortiront un jour peut-être…
 
DIEGO : Un beau projet pour les fans qui sont toujours friands de versions alternatives ! Dans le titre « Fight For Love » et son texte que je cite « I’m not alone… alone…because », on sent l’hommage à Simon Carpentier qui était ton binôme malheureusement décédé d’un cancer à 27 ans… 
VICTOR SOLF : Je souhaite conserver l’idée que Simon m’accompagne sous une autre forme. Nous avons vécu beaucoup de choses importantes qui resteront dans mes vies artistique et personnelle. J’aime le couplet que tu cites même s’il peut paraitre parfois prétentieux : « I’m not alone, i’m the first one ». Dans les prémices de Her, nous étions qualifiés d’ovni eu égard au type musical pop-électro que nous représentions. 
 
DIEGO : Musicalement 10 ans plus tard, beaucoup d’artistes vous ressemblent !
VICTOR SOLF : C’est ça. « More to come, more to follow… » de nombreux producteurs souhaitaient connaitre notre technique de travail et d’ailleurs j’ai conservé un batteur pour les concerts, comme avec Her. Pas d’ordinateur, pas d’auto-tune et un piano droit obligatoire ! 100% organique. J’ai grandi à Rennes – pays des Transmusicales – et j’ai la culture des concerts non-transformés. 
 
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DIEGO : A la fin de Her, as-tu pesé le pour et le contre afin de continuer ta carrière ?
VICTOR SOLF : Non, je savais que je continuerai. C’est vital et thérapeutique. La musique permet de poser des mots et des notes sur les sentiments. Le sujet était omniprésent avec les médias et pouvoir s’évader de la sorte a été salvateur.
 
DIEGO : « L’espoir » fut facile à retrouver ?
VICTOR SOLF : Oui et non. « Still. There’s hope » est né durant le confinement et j’avais sorti l’EP « Aftermath » en janvier 2020. Un clip au Maroc et des tournées en Angleterre et aux USA ont été annulés pour cause de pandémie. N’étant pas attentiste, j’ai appelé mon label et ai préparé mon album alors qu’initialement j’avais prévu de sortir des EP studios et live avant un éventuel LP. 
 
DIEGO : Concernant tes clips, j’ai lu une polémique sur « Fight For Love » parce que deux femmes s’embrassent ! Ridicule ?
VICTOR SOLF : Oui, ce sont les modérateurs de YouTube qui tombent dans l’absurde. Ce clip a été jugé comme révélant un « comportement inapproprié des protagonistes… » 
 
DIEGO : En 2021 le suggestif prête encore à polémique même si c’est élégant alors que d’autres comportements ont pignon sur rue ! Cela ne t’empêche pas de rester fidèle à LISWAYA pour les clips ?
VICTOR SOLF : Oui, c’est quasiment lui qui a fait tous les clips depuis les débuts. LISWAYA est un ami et il devait être le réalisateur du fameux clip avorté au Maroc… je suis dégoûté de n’avoir pas tourné « The Salt Of The Earth » dans les conditions prévues. Un titre qui fonctionne bien en concert. Il a bossé pour Dior, Vuitton et est très fort. 
 
DIEGO : Dans ton album la chanson « Happiness » est-elle celle qui fait comprendre que tout va bien. Vivons heureux en musique ?
VICTOR SOLF : Ça dépend. Cela permet de garder un sens critique sur le bonheur qui n’est pas nécessairement présent dans le paraitre. L’être, la famille sont plus importants que l’apparence.
 

 
DIEGO : La musique aussi !
VICTOR SOLF : Complètement ! Je finis le titre en chantant « A couple of notes, i’d have of loved » qui reflète le moment magique de la création au piano. Malgré toi, les accords et les idées sortent de tes doigts… ces notes qui expriment l’amour ou la haine !
 
DIEGO : Tu composes seul au piano pour créer tes morceaux ?
VICTOR SOLF : Sur cet album je me suis forcé à travailler de la sorte. Initialement je suis producteur et j’adore bosser avec plein de micros et claviers. Guillaume Ferran qui est le pianiste sur l’album et la tournée m’a vite rejoint pour composer. J’avais besoin d’un très bon musicien et nos méthodes de travail sont identiques.
 
DIEGO : Musicalement quelles sont tes influences soul et 60’s ?
VICTOR SOLF : J’adore les souls-men Américains. Al Green, Otis Redding, James Brown, Aaron Neville, Ray Charles, Marvin Gaye… tous les classiques.
Jeune, j’ai commencé le piano dans une petite école de musique et souhaitais passer sur du blues. J’ai changé de professeur et appliqué une méthode basée sur l’improvisation. C’est lui qui m’a conseillé d’écouter Memphis Lee, BB King et d’autres bluesmen classiques. J’étais fan de leur phrasé et suis passé à Ray Charles qui m’a ouvert l’esprit sur la scène Motown. 
Au lycée, des groupes comme Bloc Party, les Strokes et les Libertines m’ont conforté dans l’esprit blues-rock que je recherchais. 
 
DIEGO : Tu n’as jamais chanté en Français ?
VICTOR SOLF : Non sauf une reprise de Christine & The Queen il y a quelque temps. Un titre sur la solitude et le bouleversement de notre quotidien qui tombait à point nommé avec le confinement. Elle a beaucoup de talent. 
 
DIEGO : Tes chansons laissent libre court à notre imagination. « Drop The Ego » est de celles-ci. D’où vient le texte ?
VICTOR SOLF : Une de mes grosses références est Thom Yorke. Comme lui, j’ai voulu fonctionner en imaginant la conception d’une scène d’un film ou d’un tableau. Je voyais une foule qui m’entourait et je disparaissais dans le sol… comme aspiré dans un sable mouvant dans l’indifférence générale. J’essayais probablement d’exprimer le paradoxe d’être très sollicité en concert et de revenir à la solitude après le départ de Simon et mon projet solo. 
 
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DIEGO : Un titre influencé par Elton John ?
VICTOR SOLF : Carrément ! Egalement Father John Misty, membre de Fleet Foxes un groupe indie-pop de Seattle. Il n’a pas peur de jouer une pop classique et je le recommande chaleureusement. Un piano-voix sans artifice. 
 
DIEGO : Comment travailles-tu ta voix ?
VICTOR SOLF : J’ai commencé à la bosser bien avant Her. J’ai suivi des formations au Studio des Variétés, une école de chant à Paris. La marge de progression fut impressionnante et je continue à la travailler sans nécessairement progresser. Etant nouveau résident du nord-Finistère, je dois trouver un prof sur place…
 
DIEGO : Tu travailles toujours avec le tandem Guillaume Ferran / Zefire ?
VICTOR SOLF : Oui. Ce sont des fidèles. Zefire est Américain et c’est très agréable de chanter/correspondre avec lui, nous sommes très proches et j’attends impatiemment sa visite imminente en France. Il me permet de m’immerger totalement dans la langue Anglaise. Ensemble, nous avons fini l’album à la maison en compagnie de Guillaume au piano et de Sylvain de Barbeyrac au mixage. Je précise que Guillaume Ferran a également co-réalisé l’album. Ces gens m’ont fait comprendre qu’il s’agissait de mon premier album solo et qu’il nécessitait une implication personnelle, intime.
Je tiens également à citer David Spinelli qui m’accompagne en tournée (machines électroniques) et Mathieu Gramoli à la batterie. 
 
DIEGO : Lorsqu’on est producteur de son album, à quel moment juge t’on qu’un titre est abouti ? Quand dit-on « stop, c’est bon » ?
VICTOR SOLF : Je me fixe un cadre sur les prises de son. J’aime les challenges et il m’est arrivé de tout faire en appartement pour un EP afin d’éviter le studio. J’ai sorti « 12 Monkeys Mixtape » en 2020 en m’astreignant a sortir 4 titres par jour ! Je voulais jouer sur l’instinctif même s’il était bourré d’imperfections. Peu de top-line voix et beaucoup de samples. D’ailleurs c’est la caractéristique du titre « Drop The Ego » dont tu me parlais précédemment.
Les challenges t’aident à fixer des limites, que ce soit des singles, EP ou albums. Sinon c’est une histoire sans fin…
 
DIEGO : « The Never Ending Story ! » Autre sujet, qui est Julien Bernard qui contribue à ton accoutrement ?
VICTOR SOLF : C’est un artiste-peintre. J’ai eu l’idée de collaborer avec lui pour le clip « I Don’t Fit » et je souhaitais avoir une tenue particulière, si possible en jean afin d’être dans l’esprit du film Orange Mécanique. Souhaitant bénéficier d’une passerelle artistique, j’ai fouillé sur Instagram et ai trouvé Julien comme ami commun à d’autres. Je l’ai contacté. Nous avons testé plusieurs idées sur ordinateur et sommes convenus de cette tenue unique en jean blanc contenant des dessins et des paroles de l’album. Je la porte sur certains clips et sur scène. Je me suis même baigné avec dans l’Atlantique !
 
DIEGO : Quand même ! Plus dans les terres mais non loin de l’océan… comment se porte la scène musicale Rennaise ?
VICTOR SOLF : Très bien et même si j’ai quitté la ville depuis pas mal de temps, je suis le dynamisme influé par les salles de spectacles locales. L’ubu, l’Antipode, les Transmusicales sont des endroits magnifiques. Il faut aider les groupes de la région ! J’ai récemment joué avec Jeanne Bonjour à la Nouvelle Vague de Saint Malo, une jeune chanteuse et comédienne en devenir.
Du temps de Simon, il restait tout le temps à Rennes et cette ambiance me manque. Il faisait partie du festival « I’m From Rennes » créé en 2012 et qui existe toujours dont le but est de promouvoir la scène locale. Un groupe de garage fondé par 3 frères qui s’appelle Bops est également en vogue actuellement. 
 
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DIEGO : Rennes et Bordeaux ont souvent été comparés et précurseurs pour promouvoir leurs artistes locaux, tant mieux ! Quels sont les plus beaux concerts que tu as vécus en tant que spectateur ?
VICTOR SOLF : Le groupe Sauvages avec Jehnny Beth à Paris. Un concert incroyable et une osmose artistique forte. J’ai souvenir d’une ambiance visuelle claire-obscure très efficace. Un autre que j’adore qui s’appelle Whitest Boy Alive échappés du groupe Kings Of Convenience. Ils sont très forts en live et savent différencier une version studio d’une version publique. Egalement Foals au printemps de Bourges où nous étions spectateurs et artistes invités il y a une dizaine d’années. L’euphorie des débuts… 
 
DIEGO : Ambiance que tu revis car tu commences une deuxième carrière dans ta première ! 
VICTOR SOLF : C’est vrai. C’est même la troisième fois que je vis ça ! J’ai souvenir que nous avons obtenu (avec Her) le prix Deezer Adami remis par Emmanuelle Bercot, un instant génial nous permettant de claquer tout l’argent gagné pour aller à New York avec notre manageur ! Nous n’avions qu’un an d’existence. Une de nos musiques était utilisée pour une pub Américaine, un truc de fou… nous avons joué un showcase au Standard Hotel de Manhattan et la liste des labels présents était impressionnante ! Le patron d’Universal France avait spécialement fait le déplacement… 15 jours plus tôt nous étions à Rennes ! 
 
DIEGO : Difficile de garder les pieds sur terre… 
VICTOR SOLF : Le label local d’Universal est celui de Drake et Ariana Grande… en entrant dans les bureaux, nos têtes étaient placardées sur tous les écrans et nous avons été présentés aux 25 collaborateurs présents… nous avions 23 ans. Tu te dis : « Ma vie va changer et c’est en cours… »
J’adore la France mais mes projets ont toujours été orientés vers l’international. Nous n’avons pas de Radiohead Français… à part Flavien Berger peut-être !
 
DIEGO : Personnellement j’ai le sentiment que les artistes actuels n’inventent rien !
VICTOR SOLF : C’est ça. Aux Etats-Unis et en Angleterre tu peux vraiment vivre de la musique en tant qu’indépendant. En France c’est chaud… je pense à des groupes comme Sault et Kamino qui produisent des albums hyper-travaillés. Avec Her, on a réussi à passer le palier de « reconnaissance dans ce milieu » qui t’ouvre les portes du monde entier. C’est le cas actuellement du groupe Australien Parcels qui joue partout !
 
DIEGO : Mark Daumail de Cocoon m’avait parlé d’écoles Américaines d’écriture spécialisées pour les artistes. Celles-ci t’ouvrent les portes d’un marché bien plus large… 
VICTOR SOLF : Avec Her et dans le même esprit nous avions fait des sessions avec Mix With The Master à La Fabrique de Saint Remy de Provence. Un gros producteur t’accueille et partage son savoir avec les ingénieurs-son. Parfois ils invitent des groupes pour bosser en direct, nous avons eu cette chance. 
 
DIEGO : Superbe expérience ! Bonne et longue tournée Victor, à très vite sur la route et pourquoi pas à Cognac en juillet prochain !
VICTOR SOLF : Merci, à bientôt.
 

  • Remerciements : Nicolas Humbertjean / Victor Solf 
  • Photos : Laurent Robert
  • Relecture : Jacky G.

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