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INTERVIEW MANUSCRITE #94 – THE STRANGLERS @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW THE STRANGLERS PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

 
Ne nous méprenons pas ! THE STRANGLERS n’est pas « que » le groupe de « Always The Sun » et « Golden Brown » régulièrement mitraillés sur les ondes FM. Les Anglais ont sorti leur 18ème album en septembre 2021 qui résume une carrière (de 45 ans !) en forme d’encéphalogramme probablement liée aux diverses périodes du groupe. Excepté Jean Jacques, les plus remarqués resteront les fondateurs Jet Black, Hugh Cornwell et Dave Greenfield. Ce dernier est décédé du COVID à l’âge de 71 ans. Une partie de « Dark Matters » lui rend hommage car le claviériste des « Mens In Black » avait un talent incommensurable qui influa toute une génération de musiciens. 
 
Merci à Sabrina et Marie qui ont oeuvré afin que cet article puisse voir le jour. 
 

 
DIEGO : Jean Jacques, jouez-vous toujours de la basse sur votre SHUKER ou revenez-vous parfois à vos premiers amours FENDER et YAMAHA ?
JJ BURNEL : Absolument ! Je joue exclusivement sur ma SHUKER SIGNATURE JJB BASS ! Il y a longtemps, j’ai décidé de privilégier les instruments locaux car j’ai constaté qu’il ne fallait plus dépendre des Chinois et des Américains. Ayons confiance en nous-mêmes, les Européens ! 
 
DIEGO : Parfait ! Parlons de Dave GREENFIELD malheureusement disparu l’an passé. Il était l’un des fondateurs du groupe et un claviériste hors pair. J’ai vu récemment que sa femme Pam avait partagé un message d’encouragements sur les réseaux sociaux pour cette nouvelle tournée qui s’annonce afin d’apporter son soutien à son remplaçant. Qu’en est-il ?
JJ BURNEL : Oui, les STRANGLERS ont beaucoup de fans à travers le monde et tous les changements de musiciens sont largement commentés. Je trouve les réseaux sociaux toxiques mais Pam a souhaité publier un mot personnel afin d’éviter toute critique ridicule. Ces « guerriers du clavier » sont anonymes et sa femme a voulu protéger notre nouveau claviériste. C’est un très beau geste.
 
 
DIEGO : Continuer sans Dave n’est-elle pas la plus belle façon de lui rendre hommage ?
JJ BURNEL : Je ne l’avais pas nécessairement vu comme cela mais oui, c’est une façon de lui rendre hommage. Il était mon collègue, mon complice, mon copain de 45 ans… Dave avait son style et il a inspiré beaucoup de musiciens. L’un de ses « disciples » a travaillé en studio avec nous il y a 20 ans, tu fermes les yeux et tu as l’impression d’entendre Dave ! Il connait la moitié des morceaux des STRANGLERS et il sera le remplaçant sur cette nouvelle tournée. 
 

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DIEGO : Qui est-ce ?

JJ BURNEL : C’est une surprise ! J’ai promis de ne pas le dire, il sera dévoilé pour le début de tournée fin novembre. 

 
DIEGO : D’ailleurs le clip qui lui rend hommage a été réalisé par Vadim LASCA. Pourquoi ce choix ?
JJ BURNEL : Il y a plusieurs clins d’oeil dans ce clip qui rend hommage à Dave car cette chanson a naturellement été composée après sa disparition. Dans les années 80, nous avions filmé notre unique clip incluant une voiture à Los Angeles. Une Ford Mustang de 1964. Il adorait les voitures expliquant cette vidéo qui comprend également son sac, son clavier et d’autres anecdotes visuelles…
DIEGO : Et le rat !
JJ BURNEL : Absolument ! Bien observé Diego ! Durant le confinement, nous avons trouvé Vadim LASCA à Los Angeles pour un prix abordable. Nous avons également réalisé des clips pour « The Lines » et « This Song » avec Stuart Pearce (surnommé « Psycho ») qui était le capitaine de l’équipe d’Angleterre de football dans les années 80/90. C’est un grand fan du groupe.
 
DIEGO : « This Song » est peut-être l’un des tubes de l’année 2021 ! 
JJ BURNEL : C’est pas l’intention mais beaucoup de gens apprécient ce morceau… merci !
 
DIEGO : Pour revenir à l’album « Dark Matters », quelle est la signification de la pochette avec les statues de l’Ile de Pâques? J’avais précédemment adoré celles de « Feline » (panthère), « The Raven » (corbeau) et « Giants » (pendaison) !
JJ BURNEL : Initialement, l’album s’appelait « Dark Matter » comme matière obscure (de l’univers). Si tu regardes la photo de l’album, tu vois le cosmos derrière les statues. Nous avons constaté qu’il existait déjà un album baptisé « Dark Matter » (NdA : celui de CAMELPHAT) sans parler du mouvement « Black Live Matter » né aux Etats-Unis qui n’a rien à voir.
 
THE STRANGLERS étant les « hommes en noir » comme nous appellent nos fans, j’ai souhaité ajouter une énigme à la pochette ce qui explique la présence des statues. L’ile de Pâques est remplie de théories mais d’aucune certitude. Les scientifiques disent que la matière obscure de l’univers est invisible mais bien présente. Un énorme mystère !
 

 
DIEGO : Dans le titre « If Something’s Gonna Kill Me », on retrouve un son 80’s et un texte qui parle de Martiens et de fin du monde. Il parle aussi d’amour… qu’y a t’il de plus dangereux que l’amour ?
JJ BURNEL : Justement rien ! Les Martiens sont une simple métaphore pour parler du virus et j’ai voulu inclure un son synthétique 80’s mélangé à du Miles DAVIS sur cette chanson.
 
DIEGO : D’ailleurs on retrouve ce son dans « White Stallion » qui ressemble à un space opéra à la QUEEN !
JJ BURNEL : Oui, j’ai souhaité expérimenter et prendre quelques libertés. Nous avons créé un nouveau genre, le « disco-opéra » ! (rires)
 
DIEGO : Vous trouvez encore des chemins musicaux inexplorés après 45 ans de carrière ! 
JJ BURNEL : C’est notre devoir. Au moindre succès pourquoi rester dans la même tonalité ? C’est facile d’être séduit par le succès. Avoir la classe c’est se renouveler sans suivre la mode. 
 
DIEGO : Pour revenir aux paroles de la chanson « The Lines », qu’est ce qui vous a le plus marqué physiquement dans votre vie : l’alcool, les drogues ou les femmes ? (rires) 
JJ BURNEL : (mort de rire) Ça dépend à quel moment je prends la femme ou la drogue !
Je pense souvent que la musique se confond avec la variété et ne reflète pas la réalité. Certains vieux rockeurs n’ont pas de cheveux gris ou blancs… ils n’assument pas ! C’est moche et on les remarque plus facilement à cause de leurs fausses teintures de cheveux que par leur naturel ! Pareil pour les liftings, chacun son choix mais ce n’est pas le mien. A 20 ans j’étais comme j’étais, actuellement j’ai 69 ans et je raconte dans mes chansons ma vie passée, sans fioriture. 
 
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DIEGO : En ce qui me concerne, je considère que « Down » est le plus beau titre de « Dark Matters ». Peux-tu m’en parler ?
JJ BURNEL : Tu aimes ? J’en suis très fier… merci beaucoup ! J’avais commencé à l’écrire pour remercier ma compagne d’origine Ecossaise. Elle a toujours été présente lorsque j’ai eu des coups durs. Le rêve d’être « bien accompagné » lorsque tu en as besoin. Mieux vaut partager. C’est une façon de la remercier.
DIEGO : Si je comprends bien ce n’est pas à cause d’elle que tu as des rides ? (en rapport à la question précédente) 
JJ BURNEL : (rires) Ooooooh non !
 
DIEGO : Une période remarquable du groupe est celle des albums « Rattus Norvegicus », « The Raven » et « No More Heroes ». Il y a un medley qui s’appelle « Down In The Sewer » qui, à mon sens, représente toute la musicalité du groupe. 
JJ BURNEL : Oui ! C’est une chanson que nous n’avons pas joué depuis très longtemps… par contre pour revenir au titre « Down » dont tu me parlais précédemment, nous allons la jouer en essayant d’inclure une version Française. Le rythme est différent et c’est mon copain Eric Naulleau (NdA : essayiste et animateur TV Français) qui adapte le texte. Il est très difficile de traduire afin d’obtenir le même sens que dans la langue d’origine. Sur scène, je jouerai à tour de rôle un couplet Anglais et un couplet Français.
 
DIEGO : Justement en rapport avec la scène, quelle est votre relation avec le public Français ?
JJ BURNEL : Etant Français dans un groupe Anglais, c’est plus facile et j’ai toujours voulu être apprécié. Parfois l’humour des STRANGLERS fut incompris, un style Monty Python des années 70 ! J’assume avoir été éduqué en Angleterre et mon sens de l’humour a été jugé provocateur par certains médias. Je suis très content que nous continuions à tourner en France et que les problèmes passés soient oubliés. 
 
DIEGO : Récemment vous avez publié un live enregistré au Japon ?
JJ BURNEL : Oui, d’ailleurs il inclut une version Japonaise de « Down ». Cette langue est assez facile à apprendre ! Il s’agit du dernier concert enregistré de Dave en octobre 2019 pendant la coupe du monde de rugby. J’avais négocié avec notre tourneur local 3 concerts à Tokyo pendant la coupe du monde de rugby.
DIEGO : Ça c’est du management ! D’ailleurs vous dénonciez l’industrialisation Japonaise notamment dans cette ville dans l’album « Black & White » de 1978 avec « Outside Tokyo » ! 50 millions de montres à vendre !
JJ BURNEL : Oui c’est vrai ! Pour revenir à 2019, j’avais insisté pour avoir des billets pour la finale de la coupe du monde. J’y suis allé avec notre agent et le manager et nous avons pris une grosse taule par les Sud Africains ! Nous avons été massacrés 32-12… au bout de 5 minutes lorsque Kyle SINCKLER était KO nous avions compris.
Côté concerts, nous avons enchainé avec des tournées en Australie et Nouvelle Zélande mais sans enregistrer les shows. Ce live au Japon est le dernier témoignage de Dave sur scène.
 

 
DIEGO : Belle anecdote ! Si vous deviez changer quelque chose sur vos 45 ans de carrière, ce serait quoi ?
JJ BURNEL : Question difficile ! Cela touche également le côté commercial et je n’ai aucun regret sur les choix du groupe. A l’époque nous étions numéro 1 aux Etats-Unis et j’ai refusé d’y rester plus de trois mois pour tourner. Nos collègues de U2, THE CLASH et THE POLICE sont restés 9 ou 12 mois afin d’asseoir leur notoriété. Cela a marché pour eux ! Ce qui me dérangeait c’était le côté « chapeaux et bottes de cow-boy »… je ne voulais pas être Américain. Ma démarche était différente.
 
DIEGO : Et votre période préférée du groupe serait laquelle ?
JJ BURNEL : Il y en a plusieurs des bonnes périodes ! Les hauts et les bas sont le quotidien de la vie d’un artiste. Et mes préférées ne sont pas nécessairement celles où nous avons eu du succès.
Passée une certaine euphorie, certains revendiquent la fin du groupe surtout lorsqu’il y a des départs. Ce fut le cas avec Hugh Cornwell. Après 1990, les Britanniques pensaient que le groupe était fini ! Certains avaient oublié que je composais la moitié des textes des STRANGLERS ! Cela m’a permis de prouver qu’un Français pouvait être l’égal d’un Anglais ! Comme dans ma jeunesse à Bradford et dans le Surrey ou j’étais le « froggy » (petit Français) qui devait se battre physiquement pour exister !
Néanmoins, j’ai encore des choses à prouver et « Dark Matters » est le disque qui a le meilleur démarrage depuis 35 ans ! Nous sommes 4ème en Angleterre et premier dans les téléchargements Apple. 

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DIEGO : Cela présage une belle tournée mondiale ! J’aime beaucoup la fin des 70’s des STRANGLERS mais « Dark Matters » est réellement un très bel album.
JJ BURNEL : Absolument pour les 70’s ! Et merci pour notre dernier disque. 
 
DIEGO : Pour finir, pensez-vous à un futur STRANGLERS sans Dave ?
JJ BURNEL : Evidemment nous y pensons ! Tu verras lors du concert au Krakatoa de Mérignac le 6 décembre… Dave avait un jeu particulier, voire unique. Après toutes ces années, plein de claviéristes l’admiraient et son remplaçant, un fan de Dave, a un talent fou. Pour moi les STRANGLERS sans clavier ne peuvent exister. Il avait fait un « tribute » et nous avons pensé qu’il était sa réincarnation ! Nous avons essayé de jouer avec lui et je pense sincèrement que la magie va opérer. Nos premiers concerts en France seront comme un laboratoire pour la suite de nos aventures…
 
DIEGO : Vivement que nous y assistions ! Le premier est prévu à Valenciennes le 29 novembre, 7 dates dans l’hexagone au total ! Merci Jean Jacques pour cette interview. A très bientôt !
JJ BURNEL : Oui, autour d’une bière ! Merci. 
 
  • Remerciements : Sabrina de VERYGROUP / Marie du KRAKATOA
  • Photos : Colin Hawkins 
  • Relecture : Jacky G.

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