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INTERVIEW MANUSCRITE #87 – LAETITIA SHERIFF @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW LAETITIA SHERIFF PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

 
LAETITIA SHERIFF ravit le paysage musical Français depuis 2004. L’auteure, compositrice-interprète a publié récemment un quatrième album influencé 90’s et retrouve la scène pour des sets pouvant se jouer en trio où accompagnés d’une section à cuivres. Elle a accepté de répondre aux questions de Diego lors de son passage au Krakatoa afin de parler de ses musiciens, de son album et d’Edgar Morin. 
 
DIEGO : Ton dernier album s’appelle « Stillness ». Doit-on voir dans le titre le constat d’une production musicale exsangue ?

LAETITIA : Il n’y a pas nécessairement de revendication dans le choix du titre de cet album. Un disque est un cheminement relatant des sujets qui nous touchent, comme un curseur qui donnerait une direction. Je peux être indignée et révoltée mais j’essaie de comprendre tout en gardant en ligne de mire l’amour et la tolérance.

« Stillness » qui signifie immobilité a une genèse particulière : j’étais à un concert de cristal baschet (Nda : instrument contemporain créé en 1952 par les frères Baschet) avec un ami dans une église. La musicienne était très pédagogue, d’un répertoire diversifié avec un public hétéroclite. Les sons étaient très particuliers, figeants et Olivier m’a dit « il s’agit de sons immobilisants ». Cet instrument vacille avec des baguettes de verre, de l’eau et les doigts. Les vibrations sont superbes et l’un des musiciens connus qui utilise cet appareil s’appelle Thomas Bloch. En attaquant l’écriture de mon album en 2019, je me suis intéressée au sens de l’immobilité et à la recherche des contradictions. On va bien, on va mal, on aime, on déteste et parfois ne rien faire mène à des interrogations. L’histoire recommence irrémédiablement et l’on ne retient aucune leçon du passé. 

DIEGO : A la recherche d’un chemin meilleur, comme un humanisme ?

LAETITIA : C’est ça. Ne pas oublier les valeurs humaines et comprendre pourquoi on ne met pas en pratique des évidences. A cette période, je me trouvais engourdie intellectuellement, culturellement et humainement. Une rengaine qui m’a remise en question. Il faut regarder ce qui te fait mal. Ce virus nous a immobilisé et nous avons tous regardé par la fenêtre de la même manière, à l’exception des riches qui ont réussi à gagner de l’argent en pleine pandémie. Comme dans un film d’anticipation ! En résumé je me suis fait violence et me suis reprise en mains, j’en parle dans le titre « Stupid March » qui laisse entendre qu’on contemple le désordre assis dans notre canapé.

Dans l’ensemble mes morceaux reflètent des agacements. Au final, beaucoup de gens se sont remis en question sur leurs priorités, tant familiales que professionnelles à cause d’une gestion catastrophique.

DIEGO : « Stupid March » qui sonne comme un hommage à NIRVANA !

LAETITIA : Je suis une fan des 90’s ! Je n’y ai pas pensé en l’écrivant. 

DIEGO : Elle me rappelle la piste cachée sur « Nevermind » après le blanc de 20 minutes !

LAETITIA : C’est vrai ! Super, c’est un compliment… en faisant mes maquettes je commençais toujours par « Stupid March ». De l’énergie à la batterie et à la guitare. Je me suis également rendue compte que je manquais de mots pour exprimer mes frustrations. Ceci explique ma remise en question suite à cette immobilité. 

LAETITIA SHERIFF ©Carolyn.Caro 1 3

DIEGO : Un disque très réussi que j’écoute en boucle ! Plus rock et moins aérien que ses prédécesseurs. « Stillness » a un lien musical avec l’EP « Anticipation » de 2015. 

LAETITIA : Avec Nicolas Courret et Thomas Poli, nous avons fait en sorte d’aller dans la même direction. Ces deux personnes m’inspirent beaucoup. Thomas transforme la musique avec sa sensibilité. Il assemble et anticipe en studio avec un souci du détail qui lui est propre. Avec Nico, ils sont très décomplexés. Je pense que nous avons une sincérité urgente et cohérente. 

 

DIEGO : J’ai cru comprendre que tu proposais des sets en trio, quatuor et jusqu’à 7 musiciens avec des cuivres pour cette tournée ?

LAETITIA : C’est la première fois que je fais des arrangements pour cuivres. Clément Lemennicier a su retranscrire et interpréter ma musique pour un set que nous allons dévoiler dans les prochains jours. L’esprit rock du disque perdure avec ces instruments additionnels. Parfois l’accalmie prend le dessus comme sur les titres « Ashamed » et « Go To Big Sur » mais les morceaux ne sont absolument pas dénaturés.

 

DIEGO : La scène doit être sincère et honnête. « Tout sauf la routine » pourrait être ta devise ?

LAETITIA : Il y a eu une bienveillance collective durant le confinement avec le label, le tourneur, l’attaché de presse et les musiciens. Nous sommes restés solidaires alors qu’on ne voyait pas d’issue à ces confinements répétés. J’ai pu travailler sur mes envies et me projeter jusqu’à l’année prochaine. Notre métier est de jouer, cela fait du bien de retrouver ses repères (comme au Krakatoa) et d’éviter la routine. Nous devons rencontrer des gens, c’est vital.

 

DIEGO : Comme dans « We Are You » ! Ce titre parle d’entraide humaine ?

LAETITIA : Je fais parler « Dame Nature » qui interviendrait dans une sorte de match de catch gentil avec les humains. Elle protègerait les rêveurs et dénoncerait les hommes de pouvoir. C’est un peu une fixation de ma part mais je pense que le pouvoir tue beaucoup de choses. Dame Nature renverrait les hommes à leurs racines. Une thématique reprise dans tous les dessins animés ! 

 

DIEGO : Edgar Morin, philosophe et sociologue qui a aujourd’hui 100 ans a dit : « La vieillesse est comme une marche, un escalier qu’on monte, pas qu’on descend vers la tombe. L’expérience donne plus de valeur à la marche suivante. » Qu’en penses-tu, est-ce pareil en musique ?

LAETITIA : Cet homme est un sage clairvoyant, généreux et humain. Une belle image qu’il est difficile d’adapter à la musique. Il ne faut pas être aveuglé par l’envie de monter trop de marches rapidement. L’expérience est comme la pratique. En expérimentant, en vivant, en pratiquant, en rencontrant, en ayant conscience d’une vie qu’on ne subit pas, il y a quelque chose à faire. Cette réflexion est valable dans tous les domaines, notamment si tu es issue d’une famille en dessous de la « moyenne ». L’envie de vivre est primordiale, il faut rechercher l’optimisme. Et si tu montes trop vite, il faut envisager des issues de secours…

DIEGO : Savoir rester raisonnable et lucide ! Tu lis et t’inspires toujours de poèmes Irlandais ?

LAETITIA : William Butler Yeats était l’une de mes inspirations pour mes premiers efforts discographiques. Je pense jouer une chanson ce soir émanant de cette influence, seule. Ce poète me suit tout le temps même si j’ai grandi. La jeune fille que j’étais n’est plus mais la passion demeure. 

 

DIEGO : Une question plus générale qui te tient à coeur, les droits de l’homme sont-ils un sujet primordial dans notre société actuelle empreinte d’individualisme et de violence ?

LAETITIA : Bien sur. C’est essentiel. La société a toujours été violente et individualiste, on ne s’en souvient pas. Nos expériences de privation sont communes. « Stillness » parle un peu de ça aussi, cette crainte enfouie de choses qu’on cache, individuelles ou collectives. On se force à oublier certains pans de notre vie. Pourtant ces faits font de nous ce que nous sommes. L’humanité comporte sa part de douleur et d’horreur.

Ecologiquement nous consommons une dette dépassée depuis longtemps, tous les ans. Heureusement certaines choses sauvent ce marasme et des gens font des actions d’envergure importantes, je pense à SOS Méditerranée ou Utopia 56 qui aident les migrants. Ces questions me perturbent, les aspects écologiques, politiques et humains. Parfois on sait ou trouver l’argent, la crise sanitaire est un exemple concret.

Concernant les conditions humaines, elles sont primordiales et il faut faire en sorte d’éviter les violences. On ne reviendra pas sur le passé. Restons prudents et soyons solidaires.

 

DIEGO : Le confinement t’a permis de composer une suite à l’album « Stillness » ?

LAETITIA : Non, je n’ai rien composé. J’ai quelques titres en réserve qui datent d’avant le confinement.

 

DIEGO : Pour finir ma question préférée : les concerts des autres qui ont marqué ta vie ?

LAETITIA : Géniale ta question ! THE FLAMING LIPS à La Route du Rock en 2011, NEIL YOUNG & CRAZY HORSE aux Vieilles Charrues, JEFF BUCKLEY la veille de mon bac Français ! SHANNON WRIGHT en 2001 au Fusion à La Roche Sur Yon. Un petit dernier, SUNN O, du métal Américain. Une expérience particulière vécue à Rouen. Ils portent des capes et produisent une avalanche sonore avec des lumières magnifiques. Ils sont devenus une de mes influences principales !

 

DIEGO : Merci Laetitia, belle et longue tournée. A très vite ! 

LAETITIA : Salut Diego, merci. 

 
LAETITIA SHERIFF ©Carolyn.Caro 1 6
  • Remerciements : JP / Laetitia 
  • Photos : Carolyn.C Photography 
  • Facebook : @laetitiasheriff 
  • Relecture : Jacky G.

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