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INTERVIEW MANUSCRITE #84 – AaRON @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW AaRON PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

On ne présente plus AaRON aux mélomanes ! Depuis 2006 et le tube “U-Turn (Lili)“,  Simon et Olivier ont publié régulièrement des albums qualitatifs portant l’électro-pop Française dans ses meilleures réalisations. Alors qu’ils entament une tournée afin de défendre “Anatomy Of Light“, Diego a rencontré le duo prévenant et sympathique à quelques heures de leur show dans la superbe salle de Ramonville, Le Bikini. 
 

DIEGO : Vous qui publiez un album tous les 4 ou 5 ans, la crise sanitaire n’a pas trop perturbé vos sorties discographiques ?

OLIVIER : Pour une fois nous étions prêts un petit peu avant la date prévue… 

SIMON : J’y pensais récemment… nous étions prêts en 2019 et devions partir en tournée dans la foulée, il aura fallu attendre 2021 ! 

 

DIEGO : Comment la scène vous a t’elle manqué depuis la tournée “We Cut The Night” et comment furent les retrouvailles avec votre public en début d’été ?

OLIVIER : Après une centaine de dates tu as besoin de quitter la scène. C’est essentiel. Nous nous sommes concentrés sur de nouvelles créations puis continuons à correspondre via les réseaux sociaux. Néanmoins il y a un besoin de contact avec le public. 

SIMON : Le retour sur scène fut surréaliste. Comme tous les artistes, tu te demandes si les gens seront au rendez-vous… la crise sanitaire n’a rien arrangé et notre tournée a été reportée 3 fois. Nous vivons les dates actuelles au jour le jour. Passer du vide au retour sur scène c’est violent. On te sort de ta solitude pour que les gens derrière leurs écrans deviennent réels. 

DIEGO : Quel est votre état d’esprit en sortant de scène ?

SIMON : Tu es la première interview post-concert que nous effectuons et nous ne comprenons toujours pas… comme sur un nuage ! 

OLIVIER : Il faudra du temps pour intégrer cette tournée.

 

DIEGO : Merci pour la primeur de l’interview et je vous souhaite énormément de dates en 2021 ! Votre dernier disque “Anatomy Of Light” me parait plus lumineux et plus complexe que l’avant dernier album. J’ai le sentiment qu’on est plus proche d’ “Onassis” que de “We Cut The Night“. Qu’en pensez-vous ?

OLIVIER : C’est vrai ! 

SIMON : C’est souvent le dernier album qui donne la couleur du prochain ! A la fin de “Anatomy Of Light” on a senti qu’il était le “pendant lumineux” de “We Cut The Night“. Une autre face, une réponse. La face cachée de la lune non explorée. 

 

DIEGO : C’est un complément ou une suite ?

SIMON : C’est toujours une suite. Chaque disque est un rebond de notre vécu, de notre personnalité. Ce dernier album est sorti plus vite du studio que ses prédécesseurs.

 

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DIEGO : Et le travail à distance, c’est un avantage ou un inconvénient ?

OLIVIER : Nous travaillons régulièrement à distance et n’avons pas attendu le confinement. Ce processus a ses avantages et ses limites. Lorsqu’elles sont atteintes, on se revoit ! Cela crée un recul lors d’échanges musicaux virtuels. C’est intéressant de devenir auditeur de ses créations lorsque Simon apporte sa touche personnelle. Idem dans l’autre sens.

SIMON : Nous sommes nos premiers spectateurs. Nous créons et retouchons toutes les chansons à deux. Par exemple pour “The Flame” qui ouvre notre dernier disque, la partie musicale a été faite par Olivier et je suis plus intervenu sur la mélodie. Ce titre date déjà de l’été 2018 ! 

 

DIEGO : Titre qui bénéficie d’une version piano très sympathique ! AaRON chante en Anglais, également de plus en plus en Français. Vous parlez d’amour, d’ascension sociale, d’accomplissement. Néanmoins la porte est grande ouverte pour l’auditeur dans la compréhension de texte. En 2021 on a besoin de s’évader ?

SIMON : C’est très important que l’auditeur ait son interprétation. Il n’y a pas nécessairement besoin de s’évader. Je dois signaler aux gens que je suis vivant, je ne suis pas là longtemps et il faut rester éveillé. Il faut retirer son carcan et visiter les chemins de traverse. Il faut oser, pousser ses limites, dire “je t’aime”, ne pas avoir peur de soi. 

 

DIEGO : Peur de se comparer, de vieillir ?

SIMON : Peur d’une dépréciation, du manque d’amour. Ne pas être accepté, ne pas être compris, se sentir différent. 

 

DIEGO : L’avantage d’être artiste est que vous recevez un “amour différent” émanant d’un public qui apprécie vos créations ! Le quidam ne connait pas ça !

SIMON : Je ne pense pas que ce soit de l’amour. Ce sont des obsessions que nous mettons en lumière et qui résonnent chez les gens. Le public se retrouve dans une oeuvre parce qu’elle lui parle, je ne pense pas qu’il faille chercher un rapport avec son auteur. 

DIEGO : Néanmoins tu demeures un créateur de sentiments ?

SIMON : Oui, de toute façon. 

OLIVIER : Chacun peut interpréter la chanson à  sa manière. Ensuite ta lecture personnelle fera que tel ou tel titre te correspond, c’est l’intérêt du métier. 

SIMON : La beauté de la création ! Chaque artiste est un déclencheur d’émotions, c’est notre rôle.

 

DIEGO : En parlant d’émotions, le titre “H.K.” du dernier album me plait beaucoup. Si j’ai bien compris ce titre en Anglais parle de souffrance partagée. Que signifie “H.K.” ? Y’a t’il un rapport avec l’hypokinésie ou s’agit-il simplement d’initiales ?

SIMON : Je suis très content de ta question car c’était ma volonté d’attirer l’attention sur ce titre ! Pour la signification, il s’agit des initiales d’Hande Kader qui est une militante transgenre Turque tuée après la GayPride d’Istanbul en 2016. Nous étions en concert pour la tournée “We Cut The Night” dans le pays et avons reçu beaucoup d’amour de la part de la population, comme en Iran d’ailleurs. Ces peuples ont une digestion de la musique par le texte similaire à la notre durant les 90’s avant internet, je dis cela sans jugement de valeur. Notre concert a eu lieu juste avant la GayPride et un ami m’a montré les images d’Hande qui s’est fait tuée pour avoir été l’une des meneuses de la première GayPride libre d’Istanbul. Elle avait une vingtaine d’années et a été retrouvé brulée vive dans un fossé.

J’habite en Grèce dans un endroit merveilleux et ai appris cette nouvelle qui m’a bouleversé. J’étais choqué. Qui peut décider ce genre d’acte ? Des images sur internet d’elle durant la manifestation sont disponibles et j’ai trouvé le contraste entre sa joie à manifester et la répression locale insupportable. 

DIEGO : “H.K.” est une sorte d’hommage ?

SIMON : Complètement. Egalement pour exprimer l’impuissance que l’on porte en chacun de nous sans volonté politique. C’est juste un sentiment humain concernant une gamine qu’on a peut-être croisé quelques jours auparavant… j’ai du mal à comprendre cette haine envers l’autre et n’ai pas été élevé de la sorte. Un artiste se doit d’être utopique, voire naïf. 

DIEGO : Musicalement ce titre n’a pas un côté “Strangest Things“, la série Netflix ?

OLIVIER : Non mais c’est vrai qu’il y a une similitude “années 80” !

DIEGO : D’ailleurs êtes-vous amateurs de séries TV ?

OLIVIER : Nous préférons les films même si l’un comme l’autre on s’y met tout doucement. 

SIMON : Nous réalisons nos clips et pochettes et j’ai une formation d’acteur. 

OLIVIER : Le format film est plus intéressant que les séries qui s’usent à longueur de saisons.

SIMON : A part FRIENDS ! (rires) 

 

DIEGO : En parlant de vidéos, John Malkovich et Jean Claude Van Damme sont apparus dans vos clips. La grande classe ! Qui seront les prochains ? Des “Expendables” ?

SIMON : Surprise ! On aimerait pouvoir réunir les “Expendables” !!! Nous avons des projets et tu le sauras très bientôt… 

OLIVIER : JCVD nous a appelé alors qu’il montait un film avec notre musique sans savoir que c’était AaRON. Son fils lui a présenté nos textes qui collaient parfaitement avec ses images.

SIMON : C’est la volonté d’avoir une lecture idéale avec nos chansons. Jean Claude est une icône et la chanson “Ultrarêve” dans laquelle il apparait lui correspond totalement… “N’aie pas peur, y’a pas d’erreur”.

John est également une légende vivante… nos héros sont également nos anti-héros. Leurs fragilités et grâces nous ressemblent. 

 

DIEGO : Comment  trouvez-vous le juste équilibre entre la voix suave de Simon et les nappes synthétiques d’Olivier ?

SIMON : (en imitant une voix très langoureuse) Je ne vois pas ce que tu veux dire… (rires)

OLIVIER : Nous réfléchissons d’abord en textures sonores. Parfois Simon s’incruste dans le son,  d’autres fois la musique habillera sa voix. Son organe est un instrument.

SIMON : Le but est que voix et musique soient fusionnelles. Le sentiment raconté dans le texte doit amener l’auditeur à ressentir une sensation, même s’il n’est pas anglophone. 

 

DIEGO : Musicalement la touche AaRON est toujours accompagnée d’un bruitage ou d’un écho reconnaissable entre mille !

OLIVIER : Carrément. Au casque les sons se font encore plus perceptibles au bout de deux ou trois écoutes. On adore ça ! 

SIMON : Nous sommes en train de parler et si l’on se concentre, on entend le vent, les oiseaux, les gens qui discutent… ils forment des polaroïds que nous saisissons et qui s’équilibrent. Idem pour notre musique. 

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DIEGO : La marque de fabrique AaRON ! Lors d’une tournée précédente vous quittiez le public assis en rebord de scène sans micro en chantant “Ride On“. C’est un gros kiffe ?

SIMON : Ceci est possible en fonction de la salle. C’est excitant. Une sorte de défi qui nous motive et permet d’être vivant. Cela évite d’être trop rôdé et amène une bonne fragilité. On est pas dans un clip ou à la TV, un concert est une réalité, une vie, une liberté, un éveil. Effectivement nous faisions ce genre d’exercice surtout en fin de tournée. 

 

DIEGO : Mon titre préféré dans votre discographie s’appelle “War Flag” de 2007, comment est née cette chanson ? Vous ne la jouez pas souvent malheureusement…

OLIVIER : Faudrait qu’on la rejoue d’ailleurs ! 

SIMON : Ce titre vient d’un jour où je regardais la TV et il y avait des images de guerre intense. Fait assez nouveau, les images reproduisaient la violence et la boucherie des corps déchiquetés. Il s’agit d’une chanson pacifiste car je ne comprends pas la guerre. L’argent pourrit beaucoup de choses amenant une domination des uns envers les autres. Je n’ai pas fait mon service militaire car je suis trop jeune mais si j’avais été Américain à l’époque du Vietnam, je doute que je me serais engagé. J’ai cette “notion animale” de l’être humain qui possède le pire et le meilleur en lui mais pourquoi la guerre tire vers ces horreurs incompatibles avec nos vies si courtes ? Au résultat, les guerres s’avèrent meurtrières et inutiles. C’est le message de “War Flag“.

DIEGO : La version live de 2011 était superbe ! J’adorais les “hauts et bas” musicaux du titre. D’ailleurs en 2015 vous réinventiez “U-Turn (Lili)” dans une version métronomée qui permettait de la redécouvrir ?

OLIVIER : Nous aimons jouer avec ça. Plusieurs lectures sont possibles d’un titre, même “U-Turn (Lili)” qui fut le succès qui révéla AaRON

DIEGO : Un jour nous aurons une version Reggae ou Bossa-Nova ? (rires) 

OLIVIER : Reggae je pense pas que le tempo s’adapte ! 

SIMON : Ce n’est pas dans notre univers… par contre nous réorchestrons tout à chaque fois. 

DIEGO : Vous souhaiteriez certaines collaborations non effectuées à ce jour ?

SIMON : On en a fait, on en fait, on en fera ! On en a fait qui ne sont pas encore sorties ! Y’a de belles choses en boite et tu seras surpris ! 

DIEGO : Ma question favorite posée aux artistes que je rencontre : Vos concerts de référence en tant que spectateur ?

OLIVIER : J’avais adoré Sufjan Stevens à l’Olympia de Paris. Un lâcher prise incroyable… il avait des ailes, les choristes étaient grandioses. Un vrai live sur son premier album aux consonances électroniques. Des morceaux qui duraient 20 minutes comme dans les 70’s, trop bien ! 

SIMON : Cat Power au Silencio, un bar branché de Paris. Initialement je venais pour Marianne Faithfull et Cat Power s’est ajoutée à la programmation. J’ai pris une claque. Cat Power peut le pire et le meilleur, je suis bien tombé ! 

DIEGO : Comme Bob Dylan ! J’ai vu le pire…

SIMON : Pareil, j’ai vu que le pire ! J’ai été soufflé par la beauté de Cat Power, une beauté magnifique en guitare-voix solo et en comité restreint. Egalement les Chemical Brothers à Benicassim en Espagne. Certes j’étais sous influence avec des potes mais le souvenir perdure… un bonheur en festival.

DIEGO : Avec modération les produits illicites ! (rires)

Merci AaRON. Belle et longue tournée, à bientôt.

AaRON : Merci Diego

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  • Remerciements : Le Bikini (Thibault) / Agence Suzette (Nina & Laura)
  • Photos : Carolyn Caro
  • Relecture : Jacky G.

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