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INTERVIEW MANUSCRITE #82 – THE HYENES @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW THE HYENES PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Groupe créé en 2005 afin de sonoriser le film d’Albert DupontelEnfermés Dehors“, THE HYÈNES n’a cessé d’être productif et certains de ses membres ont enchainé des collaborations baptisées MOUNTAIN MEN ou THE VERY BIG SMALL ORCHESTRA. Dans le cadre du dernier album “Verdure” sorti en 2020, les carnivores terrestres ont recruté l’excellent Luc Robène et se produisent en tournée acoustique adaptée à un confinement obligatoire. Récemment, THE HYÈNES ont rejoint le label indépendant UPTON PARK du visionnaire Julien Banes.
En attendant que tout revienne à la normale, Denis Barthe, Olivier Mathios, Vincent Bosler, Guillaume Schmidt et Luc Robène ont accepté de répondre aux questions de Diego sous le regard photographique de Carolyn Caro pour Musiques En Live.
 

DIEGO : Merci à vous de répondre au complet aux questions de Musiques En Live !

DENIS : Si t’aimes pas les gens, faut pas faire ce métier et rencontrer les journalistes est une partie intégrante de notre job ! C’est curieux car lorsqu’on répète, on se réunit, lorsqu’on voit l’équipe technique, on se réunit, lorsqu’on joue dans une salle, on se réunit… nous sommes dans un métier où il ne faut pas rester en solitaire. Il m’est arrivé de penser à des projets solos mais je n’y arrive pas, je ne suis pas un solitaire. Je ne me vois pas sans une bande. 

LUC : C’est de l’interaction, une manière de partager !

DIEGO : D’ailleurs Luc c’est rare de voir des musiciens qui ont autant de compétences que les tiennes, je pense à tes qualifications historiennes, sportives et universitaires.

LUC : C’est rare en France mais courant en Angleterre. Souvent les gens qui bossent dans la musique sont d’anciens journalistes musicaux ou ont un autre taf pour subvenir à leurs besoins. Etre enseignant/chercheur laisse beaucoup de temps dans l’organisation. En plus depuis peu de temps je reconnecte la musique et mes recherches tout en sachant que Denis et Olivier intervenaient il y a quelques années dans le cadre de mes conférences.

DIEGO : Pour revenir à votre dernier effort, j’ai trouvé l’album “Verdure” plus rock et moins punk que ses prédécesseurs. L’alchimie fut telle différente lors de sa conception ? Qu’en pensez-vous ?

DENIS : Il y a la volonté de créer un truc moins urgent. Le BD-concert de 2014 qui a duré 4 ans a probablement changé notre façon de jouer et de voir les choses. Nous avons également vieilli !

OLIVIER : Et nous avons eu des aventures extra-conjugales ! Je pense à MOUNTAIN MEN, THE VERY SMALL ORCHESTRA et STRYCHNINE ! Cela nous a nourri musicalement et était probablement une volonté inconsciente.

DENIS : L’arrivée de Luc et le départ de Jean Paul ont bouleversé un équilibre. Cela évite d’être pantouflard en changeant les ingrédients. Nous avons du sang neuf et des choses à dire.

HYENES MPROFIL

DIEGO : Des choses bien dites d’ailleurs ! A ce sujet Denis tu as récemment déclaré que ce n’est pas la terre qui est en danger mais l’humain.

DENIS : Bien sur ! La terre s’en sortira, elle a connu des phases d’extinction massive et c’est l’humain qui disparaitra, pas la planète. Il y a eu des ères glaciaires et que se passera t’il lorsque la banquise décongèlera ? N’y a t’il pas des choses surprenantes dans le permafrost ? Affaire à suivre !

DIEGO : Et votre album ne parle pas que d’écologie ! J’ai relevé deux passages qui m’ont touché et que je cite : “Et puis je pense à ton gosse, qui à coup sûr deviendra, à force que tu gueules aussi con que toi” (chanson “Tu Peux Dormir Tranquille“). C’est d’actualité !

DENIS : C’est Vincent qui écrit les textes intégralement. Nous sommes imprégnés par un monde peu affriolant. 

LUC : Elle a été énormément retravaillée et le thème vient de loin. Les violences faites aux femmes ne sont pas nouvelles, malheureusement. 

DENIS : C’est aussi sur les violences en général, aux gosses et aux hommes. Même la claque dans la gueule de Macron peut faire sourire mais n’est pas bon signe.

LUC : Ce n’est pas une très bonne nouvelle et reflète l’état de violence dans lequel nous sommes en sortie de crise. Les gens sont tendus après le COVID et les gilets jaunes. Ils ont du mal à se supporter.

DENIS : ils payent les mains arrachées, les yeux crevés, comme un retour de bâton. L’auteur déclare qu’il n’a pas réfléchi et a agi instinctivement. Tout est dit. Il était en colère.

DIEGO : Le deuxième extrait qui m’a interpellé : “Nos vies ici-bas se décident là-haut, de père en fils” (chanson “Ici-bas“). Mon titre préféré de “Verdure”. 

OLIVIER : Tout est dit !

LUC : On attend, on obéit.. j’aime beaucoup ce morceau également. 

DENIS : Croyant ou pas croyant, j’ai une relation directe avec le patron là-haut ! On se parle sans intermédiaire. 

DIEGO : Qui est à l’origine de la partie guitare de “Ici-bas” ?

LUC : C’est marrant que tu parles de ce titre car c’est le dernier a avoir été composé dans l’album. Une première version est totalement différente de celle publiée. Ensuite nous avons retravaillé la chanson afin de trouver une émotion globale, comme pour le titre “Verdure“. 

OLIVIER : On l’a enregistré en direct et nous savions tout juste l’interpréter à l’issue de la session. C’était assez particulier.

LUC : C’est clair ! Et on l’a encore rejoué pour une version acoustique dans laquelle les parties de saxophone et de claviers sont décisives.

DIEGO : Comment qualifieriez-vous la voix de Vincent que je trouve d’une beauté nonchalante imprégnée de ses textes ?

LUC : Joker ! Non je déconne, j’aime beaucoup sa voix car elle est changeante, comme une mer aux reflets différents, de Bashung à autre chose, empreinte de fragilité. Elle transpire de fêlure. 

DENIS : Y’a du Arno aussi. Sa voix est un peu désabusée, reflétant peut-être sa vie en général. 

VINCENT : Pour moi c’est difficile de répondre à cette question… néanmoins je pense que ma voix est plus posée que dans le premier album. Elle était plus aiguë à l’époque.

DIEGO : Sans discréditer les albums précédents (ni Jean Paul), Luc n’as-tu pas apporté une touche mélodique/électrique qui tire vers le haut ce dernier album ?

LUC : C’est gentil de me dire ça ! J’ai senti en arrivant dans le groupe que ses membres souhaitaient un troisième disque différent des deux autres. Souhaitant également changer dans mes collaborations précédentes, cela a probablement créé une alchimie positive. 

DIEGO : D’autant plus que Denis et Luc vous vous connaissez depuis 40 ans… lorsque NOIRs DESIRs s’écrivait au pluriel !

DENIS et LUC : Exactement ! Nos univers sont différents et transforment la musique.

OLIVIER : Je connais Luc depuis 3/4 ans et ça l’a fait de suite. Une évidence. C’est ça la magie d’un groupe, sans savoir pourquoi ça sonne immédiatement.

DIEGO : Comment est venue l’idée d’intégrer Philippe Poutou au clip de “Bègles” ?

DENIS : J’avais une idée de scénario pour “Bègles” et nous avons rencontrer Philippe Poutou lors du concert de soutien à l’usine Ford au Krakatoa de Mérignac.Le courant est bien passé et pour le clip il nous fallait un ouvrier au quotidien pas reluisant mais qui devait être reconnu par les passants. On l’a proposé à Philippe et il a été incroyable. Entre chaque prise il racontait une connerie… néanmoins le tournage a été difficile et a duré 3 jours, 12 heures par jour. Le soir nous étions rincés ! La première fois de sa vie qu’il s’est habillé en smoking… il a le coeur sur la main et des convictions inébranlables. L’immunité ouvrière lorsqu’il est convoqué devant la police !

DIEGO : Autre sujet, un petit retour d’expérience du travail avec Thierry Murat ?

OLIVIER : Thierry, auteur de bandes dessinées avec qui nous avons collaboré sur “Au Vent Mauvais” nous a mené dans un univers méconnu. Denis et Thierry sont du même village et le but était de mettre en musique une BD. Nous nous sommes mis au service de l’image et le résultat a contribué au son “HYENES” d’aujourd’hui.

DENIS : D’ailleurs il est le réalisateur du clip “Efface“. Il a écouté le morceau et est parti de suite. Il est enjoué et est une force de proposition, un mec brillant.

DIEGO : On reconnait le dessin et le héros !

OLIVIER : Il a refait le monde en couleurs.

DENIS : Peut-être qu’il y aura de nouvelles collaborations avec Thierry

DIEGO : Etant donné que vous me parlez de clip, dans la famille “DARC” qu’elle est votre membre préféré ? (rires)

DENIS : Au niveau du dénudé, Mireille

OLIVIER : Au niveau de la température, Jeanne ! (rires)

DENIS : Toute l’émotion de mon adolescence cette Mireille

DIEGO : Olivier t’es le seul à pas faire le méchant dans ce clip !

OLIVIER : Non je meurs de suite !!! Je gis immédiatement dans une mare de sang… 

DIEGO : Serais-tu le “gentil” du groupe  ?

DENIS et LUC : Ah non, c’est lui l’instigateur !

DENIS : Pour revenir à Daniel Darc, il était un vrai écorché. Certains jouent les écorchés vifs, lui ne ne faisait pas dans la dentelle…

DIEGO : THE HYENES pourraient-ils retrouver CALI prochainement ?

DENIS : Avec Bruno, tout est possible ! Il est en Roumanie aujourd’hui et ma fille l’a retrouvé sur place… j’espère qu’ils font doucement sur l’apéro !

DIEGO : Guillaume, quelles sont les difficultés à adapter un album rock comme “Verdure” en acoustique pour la scène ?

GUILLAUME : Je connais le groupe depuis les débuts car j’ai participé à la bande son du film d’Albert Dupontel. Il y a eu un premier solo de saxophone sur “Efface” et la suite est venue naturellement. La partie acoustique fut un régal et un plaisir à retravailler sans imposer le jazz que j’affectionne. Il fallait que cela rentre dans le mixage, une texture qui apporte un son nouveau. Luc que je ne connaissais pas est un puits de science musicale et il est content car c’est moi le “petit nouveau” maintenant. Toutes les 10 minutes, je suis viré… (rires)

LUC : Il est en formation !

DIEGO : Luc tu n’auras pas été longtemps le dernier ! 

DENIS : Il s’est bien débrouillé sur ce coup là ! 

GUILLAUME : Cela s’est fait naturellement, sur Paris. Je joue des 4 saxophones mais ai opté pour les Bariton et Ténor sur les morceaux choisis. Beaucoup de répétitions et de travail à la maison.

DIEGO : La tournée acoustique existe “grâce/à cause” au/du confinement ?

THE HYENES : Oui. On devait sortir l’album en octobre 2020 et jouer à la Guinguette chez Alriq. Nous avons du changer notre set en deux heures afin de passer d’un set électrique à acoustique tout en respectant les consignes sanitaires avec Virginie (patronne de la guinguette). Nous avons passé une soirée formidable. C’est le point de départ de cette tournée sachant que nous étions prêts pour un set électrique avant le premier confinement.

OLIVIER : Nous répétions un set électrique mais avions tous nos instruments. J’avais ma 12 cordes, Vincent sa guitare sèche et Denis sa batterie portative. Nous nous sommes adaptés dans l’heure. Nous n’avons pas eu le choix, Denis avait dit “Oui” ! (rires)

HYENES DIEGO

DIEGO : Qui compose les parties de guitares entre Luc et Vincent ?

LUC : Sur le premier répertoire nous avions calé les guitares sur les positionnements de Jean Paul. 3 ou 4 morceaux ont été composés avec lui avant que je n’arrive. Comme disait Olivier, tout est naturel et tu te positionnes sans discuter. Nous sommes au service du collectif.

VINCENT : Exactement. Nous travaillons de manière pragmatique. Nous nous adaptons également au chant afin que je ne galère pas trop à chanter et jouer une partie lead-guitare trop difficile. 

DENIS : C’est la même longueur d’ondes.

DIEGO : Dernière question, comment est née “Plus Dark Que Vador“. Avec le texte ou sa rythmique cinglante ?

VINCENT : La musique d’abord. Mais la chanson ne vient pas du jeu de mots avec les “Darc” mentionnés. 

DENIS : Chez les Darc y’a que des héros ! Mireille, Jeanne

DIEGO : Y’a “cristal” aussi que vous avez oublié ? (rires)

DENIS : Oui mais il est plus cassant lui…

DIEGO : Merci les gars pour cette interview. Bon concert et à très vite ! 

THE HYENES : A bientôt Diego.  

  • Remerciements : Marie et Emmelyne du KRAKATOA / Denis Barthe
  • Photos : Carolyn Caro
  • Relecture : Jacky G.

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