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INTERVIEW MANUSCRITE #75 – SEEDS OF MARY @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW DE SEEDS OF MARY PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Formé en 2011, le quintette SEEDS OF MARY a sorti son troisième album le 25 septembre baptisé “Serendipity“. Composé de Jeremy Dourneau, Julien Jolivet, Raphael Gatuingt, Eliott Le Solleu et Aaron Silvestre, le groupe a accepté de répondre aux questions de Diego pour une interview Musiques En Live. A cet effet, la photographe Carolyn Caro et Diego remercient Aaron pour son accueil chaleureux sur Talence.

DIEGO ON THE ROCKS : Comment s’est passée la tournée de l’album précédent ?

RAPH : Une tournée cool malgré quelques soucis dus à une annulation à Saint Etienne, un ampli cramé sur la deuxième date et un ordinateur cassé…

JULIEN : Sans parler de la panne d’essence le jour d’halloween !

RAPH : Malgré ces petites déconvenues, les souvenirs sont bons. Musicalement c’était cool. On avait un peu de public et la soirée à Barberaz près de Chambery restera mémorable.

JULIEN : Et la croziflette chez la famille Riché ! Nous jouons souvent avec un groupe qui s’appelle FAITH IN AGONY originaire de Grenoble. Les parents nous accueillent dans la montagne et nous préparent souvent un plat local.

AARON : L’after de ce show fut mémorable ! Après le concert alors que les membres de FAITH IN AGONY étaient endormis, nous avons retourné la maison en 10 minutes !

RAPH : C’est vrai ! Je me souviens avoir mangé du liquide vaisselle et des oeufs crus…

DIEGO ON THE ROCKS : Plus récemment vous venez de ressortir le clip de “Lord Of The Flies” ?

RAPH : Le clip a été tourné juste après “Hey You” notre reprise du titre de PINK FLOYD. Nous avons remasterisé le son de “Lord Of The Flies” pour le ressortir avant la parution de ce nouvel album.

JULIEN : Il était dans les tiroirs depuis longtemps. Le réalisateur n’a pas pu s’en occuper en temps voulu pour diverses raisons personnelles et celui-ci a été décalé de quelques mois marquant ainsi la transition entre “Blackbird…” et “Serendipity“. C’était également un moyen de remercier nos contributeurs pour la cagnotte Ulule permettant de financer ce nouveau disque.

 DIEGO ON THE ROCKS : Nouvel album baptisé “Serendipity“. Comme beaucoup j’ai regardé dans le dictionnaire la définition, je cite : “Capacité à faire une découverte inattendue et à en saisir l’utilité”. C’est un titre parfait qui suscite la curiosité !

JULIEN : J’aime la littérature et ce mot fut inventé par un écrivain Anglais du XVIIIème siècle. Le meilleur exemple est Christophe Colomb qui est persuadé d’arriver en Inde et qui tombe en Amérique… une découverte heureuse qui a un côté positif et laisse la place au hasard. “Serendipity” c’est Pasteur qui cherche un truc et crée un vaccin ! Dans l’art c’est un peu pareil, tu pars dans l’inconnu pour finir par réaliser une oeuvre.

RAPH : Cela s’adapte bien à un groupe qui crée un album sans savoir à quoi ressemblera le produit.

JULIEN : C’est une découverte heureuse qui résume la somme de ce que chacun d’entre nous a pu imaginer. Nous avions tous une idée du résultat qui au final, s’avère différent.

DIEGO ON THE ROCKS : “Serendipity” est la suite logique de l’album précédent ?

RAPH : C’est plutôt la suite logique de l’EP sorti entre ces deux albums. “This Is Where It Hurts” premier morceau de cet EP était déjà plus moderne et “A Place To Disappear” plus ambiant tout en restant grungy et mélodique.

JULIEN : Les morceaux de cet album ont été créés juste après l’EP. Cela résume un travail d’un an et demi à compter de 2018.

DIEGO ON THE ROCKS : Le groupe n’est pas trop frustré de sortir un album en plein COVID et de ne pas pouvoir le défendre immédiatement ?

AARON : Frustration, ça veut dire quoi ? (rires)

RAPH : De la colère aussi ! Tristesse…

AARON : On peut toujours revenir sur cette histoire de masque non disponible en début de crise. Sincèrement, je pensais qu’on y échapperait à la rentrée en imaginant que la pandémie serait maitrisée. Il n’en est rien, on fait avec et le disque est sorti le 25 septembre. Nous le défendrons sur scène en temps voulu.

RAPH : Heureusement que le virtuel existe et qu’on peut faire vivre cet album sans concert, grâce au net.

DIEGO ON THE ROCKS : Vous avez rebossé avec David Thiers ?

JULIEN : David est notre sixième homme. Il enregistre, mixe, masterise, propose et arrange. Il fait notre ingénieur du son en concert et sa vision artistique est importante. Son avis compte.

DIEGO ON THE ROCKS : Jeremy dans les textes de ce troisième album, y’a t’il un message que tu as voulu faire passer ?

JEREMY : Comme dans le cinéma, je n’aime pas trop la notion de message en musique. J’aime plus l’idée de thèmes ou de questionnements qui permettent d’être plus subtil et ambigu. Je n’aime pas trop décortiquer mes textes non plus, j’ai plutôt envie que les gens puissent les aborder avec un œil neuf. Mais dans les grandes lignes, le concept de la sérendipité m’a poussé à écrire sur des thèmes comme l’héritage, le patrimoine spirituel, l’idée de la réinvention permanente, de la transformation des corps et des idées, et aussi de la création artistique, qui évolue et qui amène à une forme d’élévation, pour le créateur comme pour le récepteur. Il y avait déjà dans l’air du temps de nombreux thèmes que j’avais envie de poser sur le papier et qui me semblaient cohérents avec la démarche globale de l’album et du groupe. Finalement, tout l’épisode COVID vient faire résonner un peu plus certains sujets de l’album. Je ne peux pas dire que j’en sois ravi, mais au moins cela en fait un objet raccord avec son temps… Julien a également écrit plusieurs morceaux sur l’album et j’ai le sentiment qu’on était motivés par le même genre de sujets et de démarches : cette idée que l’individu doit constamment s’adapter aux mouvements du monde, parfois même se réinventer pour continuer à exister. Ça peut sembler déprimant dit comme ça mais je trouve qu’il y a une petite note d’espoir qui n’existait pas dans notre disque précédent. 

 

DIEGO ON THE ROCKS : “Rewind Me” dans ce nouvel album m’a plu de suite et j’espère qu’il sortira en single. Pourriez-vous m’en parler ?

AARON : C’est rigolo car notre label nous a dit la même chose ! Il s’est imposé aussi en fonction de la track-list qui pour nous a été évidente.

RAPH : C’est vrai que “Rewind Me” est formatée single.

JULIEN : Toute la partie centrale beaucoup moins ! Les progressions d’accords dans le solo ne sont pas attendues mais pour les couplets et le refrain je vous rejoins, tout s’enchaine pour avoir un côté single. Néanmoins il n’a pas été conçu en y pensant.

DIEGO ON THE ROCKS : Et c’est le second titre de l’album ! La place a de l’importance. D’où vient le “We Are The Dead” en fin de titre ?

JULIEN : Dans chaque album, j’aime glisser des samples de mon roman/film préféré qui est “1984” de George Orwell. On en retrouve également dans “Sanity Is Statistical“. Dans le tout premier EP de SEEDS OF MARY datant de 2011, il y a un titre qui s’appelle “New Day” et la fin du morceau fait également référence à ce film (“Greatings from a dead men”). Cette oeuvre est la plus belle histoire d’amour possible, cela parle de tout, le meilleur de la science fiction et de la dystopie. Philosophiquement, ce livre est extrêmement intense.

DIEGO ON THE ROCKS : Quel cinéma influence SEEDS OF MARY ?

JEREMY : C’est assez difficile à dire car comme en musique ou en littérature, j’ai tendance à penser que les influences ressurgissent de manière assez inconsciente. Au niveau de mes goûts cinématographiques, même si je suis attiré par un peu tout ce qui peut me passer sous le nez, j’ai toujours eu une attirance pour des œuvres plutôt sombres et ambiguës, et ce sont finalement 2 adjectifs qui caractérisent de plus en plus ma façon d’écrire dans SEEDS OF MARY. J’aime qu’un film joue avec mes attentes, au même titre que j’aime l’idée qu’un de mes textes puisse avoir plusieurs significations, être perçu différemment en fonction des points de vue et des sensibilités. Mais je ne peux donc pas vraiment te répondre de façon rationnelle, car je pense que n’importe quel élément de la vie quotidienne peut influer de façon inconsciente sur ce que tu produis.

DIEGO ON THE ROCKS : Alors dis-moi quels sont tes films de prédilection même si la liste doit-être longue ?

JEREMY : Difficile également de répondre à cette question car je n’aime pas beaucoup les classements… mais Barton Fink des frères Coen est sans doute un des films qui me procure le plus d’émotions tout en me laissant totalement sur le cul d’un point de vue cinématographique. Le sujet est en lui-même totalement passionnant, cette histoire d’un jeune dramaturge new-yorkais qui se retrouve à Hollywood et qui est soudain incapable de produire un simple scénario de film de catch ! Ça pose de grandes questions sur la place de l’artiste, les pièges et les impasses auxquels on peut se confronter, le manque d’inspiration et les histoires d’égo. Les Coen l’ont d’ailleurs écrit à un moment où ils butaient sur l’écriture de leur précédent film, ça a donc une dimension thérapeutique évidente. Et puis, même si le film est gorgé d’étrangetés et qu’il vrille carrément vers le fantastique par moments, il y a toujours une forme d’humour et de dérision, et de la tendresse pour leur personnage même si son parcours est semé d’embûches !

Phantom of the Paradise de De Palma tient aussi une place importante pour moi. C’est marrant, encore l’histoire d’un créateur mais qui cette fois est dépossédé de son œuvre et qui devient une espèce de créature de Frankenstein pop-technoïde ! C’est dingue de voir comme ce film, qui parle de la façon dont la machine commerciale s’approprie la contre-culture, est lui-même précurseur de toute une imagerie de la culture populaire actuelle. Le film a prédit l’arrivée de KISS, avec son groupe de rock en noir aux visages peinturlurés ; et dans l’apparence comme dans la voix, il est évident que le personnage de Winslow a inspiré tout un pan de la musique électronique, à commencer par DAFT PUNK. Mais De Palma est de toute façon un auteur assez sidérant à ce niveau là. 10 ans après ce film il réalise le remake de Scarface qui deviendra une des plus grandes icônes de la pop-culture ! Il y a là un talent de prédication assez incroyable ! Finalement quand on y pense, que ce soit Barton Fink ou le Phantom, ce sont tous deux des caméléons, imprégnés ou même dévorés par leur environnement, qui finit par littéralement leur voler leur âme. D’ailleurs, les deux films confrontent leur personnage à une figure diabolique, avec laquelle ils signent volontairement… C’est amusant comme points communs, j’en parlerai à mon psychanalyste ! 

Un dernier pour finir dans un registre plus léger tout en restant dans le monde des créateurs : j’ai revu Le Magnifique avec Belmondo récemment, qui reste certainement un des films les plus dingues et ambitieux que la France ait pu produire en terme de comédie ! C’est culte pour toute une génération, mais si un lecteur de ces lignes n’a pas encore vu ce film de De Broca, il faut y courir ! 

JULIEN et AARON : La saga Alien !

AARON : Fury, Platoon et les films de guerre en général.

RAPH : On a même failli avoir un des thèmes de Star Wars dans un album de SEEDS OF MARY ! J’écrivais le solo de guitare pour “Chameleonic” (titre du nouvel album) durant le confinement et on a fait croire à Jeremy que nous allions rebaptiser le morceau “Gallactic” très inspiré du film de George Lucas. Jeremy n’osait rien dire mais il déteste Star Wars

 

DIEGO ON THE ROCKS : En fait SEEDS OF MARY devrait composer une musique de film compte tenu de vos passions respectives !

SEEDS OF MARY : Ce serait génial ! Tu n’es pas le premier à nous en parler mais nous serions partant ! Une bande originale ou un ciné-concert.

DIEGO ON THE ROCKS : Faudrait trouver un réalisateur Bordelais… il parait que Guillaume Canet habite sur le bassin ! Deux gros morceaux où SEEDS OF MARY sort les muscles dans le dernier album : “Bleed Me Dry” et Sanity Is Statistical“. Parlez-moi de ces titres.

JULIEN :Sanity” est réellement rock n’roll. Le riff de base punk arrangé à la sauce SEEDS OF MARY permet de nous reconnaitre. Le bourdonnement en intro/outro est un son de guitare incluant plein d’effets.

RAPH : Et pourtant au départ j’étais pas très chaud pour ce morceau. Il a pris beaucoup d’ampleur avec le texte de Jeremy pour devenir l’un de mes titres récents préférés !

JULIEN : Ce titre transpire PEARL JAM, FOO FIGHTERS, FAITH NO MORE.

RAPH : Et MACHINE HEAD pour le pont !

SEEDS OF MARY : C’est vrai que “Bleed Me Dry” est également très punk avec un décalage dans le riff. Les éléments musicaux sont mélangés à notre progression mélodique pour donner un son propre à notre groupe. Le morceau est très déséquilibré et le clic de la batterie parait destructuré mais demeure maitrisé.

DIEGO ON THE ROCKS : On reste dans la passion cinématographique avec “Not Where I Belong“. C’est quel film en plein milieu du titre avec son passage parlé ?

SEEDS OF MARY : Ad Astra de James Gray. Nous sommes dans un côté très spacial. C’est Raphael qui a composé le titre et Jeremy qui l’a écrit. Le point de départ du morceau demeure l’introduction. Côté couplet et rythmique, nous adoptons une musicalité nouvelle qui peut ressembler à GOJIRA.

JULIEN : Sincèrement je pense que cet album met plus en valeur la basse et la batterie que lors de nos compositions précédentes. Les solos de guitares sont moins longs mais plus arrangés. Sans le savoir, Jeremy a peut-être été influencé par “Madagascar” de GUNS N’ROSES.

DIEGO ON THE ROCKS : Radicalement différent où les SEEDS prouvent qu’ils ont du coeur avec un slow : “Reinventing You“. Quel est le sujet, une lassitude amoureuse ?

RAPH : J’ai également composé ce titre à un moment ou il y avait effectivement une lassitude amoureuse… Julien a ajouté une belle texture sonore. Jeremy a écrit les paroles et sans le savoir il a transcrit exactement ce que je ressentais à cette époque. J’ai beaucoup aimé cet effet impersonnel qui permet plusieurs niveaux de lecture.

Techniquement ce morceau est difficile car il faut une guitare supplémentaire acoustique. Nous devrions l’interpréter lors de la future release-party mais pas évident que “Reinventing You” soit joué en tournée.

 

DIEGO ON THE ROCKS : Durant cette interview, je voulais vous féliciter pour votre campagne de communication qui est toujours pertinente. Que ce soit Ulule, vos interventions en direct sur Facebook, vos pochettes, photos et bien sur clips passés, vous soignez toujours votre image et c’est très plaisant pour le mélomane que je suis. Bravo les gars !

SEEDS OF MARY : Merci beaucoup ! Julien est info-graphiste et cela nous aide un peu… Thomas pour les clips et Mika pour les photos sont très performants. SEEDS OF MARY n’est pas que de la musique et nous recherchons la cohérence.

AARON : Pour le prochain disque nous avons volontairement prévu un truc moche ! (rires)

DIEGO ON THE ROCKS : Le black album de SEEDS !

RAPH : Et le danger du direct sur Facebook c’est qu’on peut finir bourré à la fin ! (rires) D’ailleurs on en profite pour remercier tous les participants à la cagnotte Ulule.

DIEGO ON THE ROCKS : Dans votre future tournée vous rejouerez des titres d’autres groupes comme “Hey You” de PINK FLOYD ou “Wish” de NINE INCH NAILS ?

SEEDS OF MARY : Oui mais pas ceux-là. On te dira pas quel morceau mais c’est NIRVANA. On le jouera à la release party si un jour tout redevient normal…

DIEGO ON THE ROCKS : Pour finir une question classique, vos disques de prédilection ?

SEEDS OF MARY : “Mechanical Animals” de MARILYN MANSON, “Superunknown” de SOUDGARDEN, “The Wall” et “Wish You Were Here” de PINK FLOYD, “Angel Dust” de FAITH NO MORE, “Ten” de PEARL JAM, “Black Gives way To Blue” d’ ALICE IN CHAINS, “Issues” de KORN, “The Fragile” de NINE INCH NAILS, “Toxicity” de SYSTEM OF A DOWN et l’excellent “Acid Mist Tomorrow” du groupe de métal français HYPNO5E.

DIEGO ON THE ROCKS : On se rend compte que vos influences ne sont pas que metal. En vieillissant on change !

SEEDS OF MARY : En grandissant aussi !

DIEGO ON THE ROCKS : Et en grossissant… Merci les gars pour cette belle interview. Vivement les concerts !

SEEDS OF MARY : Merci Diego !

  • Remerciements : Aaron et toute la clique des SEEDS
  • Crédits photos : Carolyn Caro
  • Page facebook : @SeedsOfMary
  • Relecture : Jacky G.

 

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