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INTERVIEW MANUSCRITE #101 – PAULINE CROZE @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW PAULINE CROZE PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

A 42 ans, Pauline CROZE a publié son 6ème album (« Après Les Heures Grises ») en octobre 2021. Forte d’un succès survenu rapidement, l’artiste a surmonté ses démons et collaboré avec des valeurs sûres de la variété Française tout en rendant hommage à la bossa-nova qu’elle affectionne particulièrement. En début de tournée, elle a accepté de répondre aux questions de Diego sous le regard photographique de Laurent Robert.
 
En cadeau et visible dans cette chronique, Pauline a interprété son dernier single en acoustique dans les loges du Rocher de Palmer pour Musiques En Live.
 

 
DIEGO : Tout d’abord félicitations Pauline car tu habites en Touraine, région chère à mon coeur ! 
PAULINE CROZE : Merci tu es bien renseigné… oui j’habitais dans le Loir et Cher et maintenant je suis en Indre et Loire. Je suis née dans le 93 et tu fais bien de souligner ton appartenance à cette belle région !
 
DIEGO : Revenons à la musique et à tes influences musicales de jeunesse. Quelles sont-elles ?
PAULINE CROZE : J’avouerai tout ! Ma base lorsque j’étais enfant c’est les BEATLES, comme un premier choc musical. Tous les membres de ma famille avaient des goûts différents et je passais de Léo FERRÉ / Julio IGLESIAS avec ma mère au rock et à la variété Française avec mes soeurs qui écoutaient Jimi HENDRIX et Patrick BRUEL.
 
Pour ma part, Keziah JONES, Jeff BUCKLEY et Nina SIMONE m’ont donné envie d’apprendre la guitare et de chanter. « Rythm Is Love » de Keziah JONES dispose d’un groove qui m’a perturbé. Je passe sur les classiques comme U2 et LED ZEPPELIN.
La chanson est venue après 18 ans avec des artistes comme Mano SOLO, Hubert Félix THIEFAINE, LES NEGRESSES VERTES et NTM. Je suis très éclectique. 
 
DIEGO : En tant que spectatrice, certains concerts t’ont définitivement marquée ?
PAULINE CROZE : Je n’ai jamais vu mes idoles BEATLES, LED ZEPPELIN, Jeff BUCKLEY et Nina SIMONE ! Après, le concert de Keziah JONES au Bataclan alors que j’avais 15/16 ans fut très important. Un cadeau d’anniversaire de ma soeur. J’ai souvent croisé l’artiste notamment aux trans-musicales de Rennes mais n’ai jamais passé un moment avec lui. A regrets… 
 
DIEGO : Comment se porte ton label VILMAMUSICA ?
PAULINE CROZE : Bien. L’album « Après Les Heures Grises » est la deuxième production de ce jeune label et j’apprends beaucoup de choses dans cette nouvelle aventure. J’avais besoin de « posséder » ma musique et je peux gérer à mon rythme. Je crée trop lentement pour un label classique et nécessite de choisir les gens qui m’accompagnent dans l’aventure et la conception d’un disque. Ce nouveau procédé me permet de revenir sur certains éléments que je maitrise désormais en tant que productrice.
Pour l’instant je ne suis concentrée « que » sur mes albums mais j’ai pour objectif de sortir une compilation de jeunes artistes lorsque j’aurai les épaules un peu plus solides. VILMAMUSICA n’a que 3 ans d’existence et j’aimerais être bienveillante avec les nouveaux talents. Il faut savoir qu’un « petit budget » pour la production d’un album tourne autour de 60 000 euros et je ne veux surtout pas être oppressante.
 
 
DIEGO : Et tu vivras quand même des chansons de Pauline CROZE
PAULINE CROZE : Certes mais actuellement il est préférable d’être éditrice que productrice. 
DIEGO : En 2022 un artiste qui veut vivre de la musique doit se produire en concert… les disques ne se vendent plus excepté pour les grosses industries !
PAULINE CROZE : Tout à fait. Les supports ont également changé. 
 
DIEGO : D’ailleurs ton dernier album a été fait « à la maison » ? 
PAULINE CROZE : Oui et il bénéficie d’un son un peu urbain car c’est un style que j’ai récemment redécouvert. J’aime beaucoup DAMSO, ORELSAN ou LONEPAL. Leur musique a une fraicheur que les autres n’ont pas et j’ai souhaité l’intégrer dans mes productions sans me travestir. En parallèle, j’ai essayé de conserver mon côté acoustique et chanson Française. Le mélange des genres peut-être déroutant pour un certain public mais à mon sens, la mélodie Pauline CROZE demeure.
J’ai même réussi à me surprendre en entendant pour la première fois « Phobe », titre de mon dernier album ! J’étais déroutée car j’avais le sentiment de ne pas me reconnaitre dans mes chansons. Maintenant je l’adore. 
 
DIEGO : Un titre comme « Crever l’Ecran » ressemble à Clara LUCIANI ?
PAULINE CROZE : Cela ressemble à de la dance et de la disco sans nécessairement être influencée par Clara LUCIANI. Toutes proportions gardées, j’ai voulu produire une ambiance « club » que l’on peut également retrouver dans la chanson « Le Monde ». Le but étant de donner aux gens l’envie de danser.
 
DIEGO : Comme d’autres artistes, tu as bossé avec Edith FAMBUENA. Qu’apporte t’elle ?
PAULINE CROZE : Je l’ai rencontrée grâce à Anne CLAVERIE qui a édité et produit mon premier album. Anne a rapidement pensé à Edith pour les arrangements et la réalisation de mon dernier disque. Elle a un talent incroyable et c’est une personne très intéressante, tant humainement qu’artistiquement. L’une de mes plus belles rencontres en 15 ans de pratique. Edith est authentique, spontanée, fidèle, rassurante, psychologue.
 
DIEGO : Pour revenir à la chanson « Phobe », quelles sont les phobies de Pauline CROZE ?
PAULINE CROZE : S’il ne doit en rester qu’une : les voyages en avion. J’ai très peur et j’angoisse… lorsque je pars en vacances, le fait de savoir que je dois reprendre l’avion pour rentrer dans 10 jours m’horrifie ! Autre phobie peut-être : la propreté. Je n’aime pas les endroits sales. 
 
DIEGO : En rapport avec l’avion tu as fait des tournées au Chili, au Japon et en Afrique ! Apparemment tu ne t’es pas encore écrasée ? (rires)
PAULINE CROZE : Non ça va… mais lorsque je prends l’avion je me dis que c’est peut-être la dernière fois ! (rires)
 
DIEGO : Parlons d’amour ! Dans « No Derme » tu écris : « J’ai décidé de mettre un terme à cet amour ». Pauline CROZE est-elle du genre à prendre ce genre de décision ?
PAULINE CROZE : Oui ! Très difficile à prendre. En général mes chansons sont autobiographiques même si je m’inspire également de la vie des gens qui m’entourent. 
 

 
DIEGO : Et lorsque cela ne marche pas c’est « La Solution », autre titre de ton dernier album ?
PAULINE CROZE : Il faut trouver UNE solution c’est clair ! Le point de départ de cette chanson est mon vécu en essayant d’aider une personne qui m’est très proche. Les méthodes dures et douces ne fonctionnaient pas pour résoudre son problème et cela m’a inspiré « La Solution ».
Concernant mes textes, nous avons discuté avec mon éditrice et avons décidé de ne pas focaliser sur mon vécu, d’élargir un peu plus le rayon d’action afin d’éviter le nombrilisme. Mon album précédent (NdA : « Ne Rien Faire » sorti en 2017) relatait ma vie, mes peines et chagrins. L’axe de mes nouvelles compositions se devait d’être sociétal. Un titre comme « Crever l’Ecran » soulève le problème de ce troisième élément dans un couple qui est artificiel… l’écran de téléphone !
 
DIEGO : L’écran qui s’invite souvent à table ! En revenant sur le titre « No Derme », le charnel est-il primordial en amour ?
PAULINE CROZE : Complètement. Les deux chansons citées précédemment ont les mêmes sujets abordés différemment. « Crever l’Ecran » est joyeuse alors que « No Derme » est désespérée.
 
DIEGO : Et tu joues ta vie à file ou passe !
PAULINE CROZE : Un jeu de mots de Romain Guerret ! Il est très fort sur les images et écrit magnifiquement. Il faut souligner son talent !
 
DIEGO : C’est fait ! En 2018 tu étais timide sur « Ne Rien faire ». Tu sembles hésitante comme une personne qui n’ose pas faire le premier pas…  parfois l’image rattrape l’artiste et ses textes !
PAULINE CROZE : C’est le cas ! Je suis très timide et suis rarement entreprenante… dans « Ne Rien Faire » je voulais souligner qu’il n’est pas obligatoire de donner réalité à tout. Le fantasme est plaisant. Dans notre société, nous avons l’impression d’exister uniquement lorsqu’on mène des actions visibles. Au final, l’imaginaire est souvent moins décevant que le réel.
 
DIEGO : Et si le fantasme est irréalisable ?
PAULINE CROZE : Je reste dans la mesure du possible. C’est l’ambiguïté qui me plait.  
 
DIEGO : D’autant plus que l’auditeur prend tes mots et comprend « ce qu’il veut/peut » ?
PAULINE CROZE : Exactement. Le contexte de la chanson « Ne Rien Faire » tourne autour d’une histoire d’amour et de rencontre. Cela peut être valable dans d’autres domaines et permet éventuellement de refuser ce que l’on attend de toi. Nous n’avons pas d’obligation juste pour remplir une case.
 
DIEGO : Dans ce texte on pourrait penser que tu es séduite par l’immobilité d’un homme dont on attend une action à ton égard qui ne viendra pas !
PAULINE CROZE : Tout à fait. C’est un des nombreux miroirs envisageables dans l’écoute de cette chanson. 
 
 
DIEGO : Dans « Baiser d’Adieu » qui date de 2007, tu chantes qu’il est possible de s’en aller furtivement, sans bruit… et le clip doit avoir le record du nombre d’embrassades dans une vidéo ?
PAULINE CROZE : Oui, on peut quitter une relation amoureuse furtivement. Pour le clip nous n’étions pas très nombreux mais c’était toujours les mêmes personnes… la vingtaine de figurants se sont coiffés et habillés différemment pour donner l’impression de masse ! Je donne le premier baiser et je reçois le dernier, la boucle est bouclée !
 

 
DIEGO : Pour changer de sujet et en rapport avec ta chanson « Kim », penses-tu partir en vacances cet été en Corée du Nord ? 
PAULINE CROZE : Pas du tout ! La chanson parle d’elle-même. A l’été 2019, je regarde les infos et vois cette menace d’un missile Nord-Coréen sur les Etats-Unis annoncée par Donald TRUMP qui parle de « little rocket men ». J’étais sensible à ce moment là et me suis angoissée sur l’éventualité d’une attaque contre notre pays. Le pouvoir de Kim JONG-UN est incroyable lorsqu’on y pense ! En appuyant sur un bouton, il peut détruire une zone de la planète… j’ai voulu faire le parallèle avec l’amour et notre vulnérabilité. Lorsqu’on est amoureux, on est tributaire de l’autre. S’il pense à nous on est sur un nuage, si on a plus de nouvelle c’est la catastrophe ! J’ai voulu comparer ces types de pouvoirs et de vulnérabilité qui mènent au malheur de(s) autre(s). La composition fut instinctive et j’aime son côté grotesque. D’ailleurs Romain GUERRET m’a bien aidé dans ce titre. « Kim » n’est qu’un prétexte pour parler de l’emprise d’un être sur un autre.
 
 
DIEGO : Rassure-moi et compte tenu de notre société décadente, la communauté Asiatique n’a pas déposé plainte contre toi ? (rires)
PAULINE CROZE : Le pire est que j’ai eu des remarques comme quoi ma chanson était raciste ! Je ne parle à personne d’autre que Kim ! Pendant quelques jours j’ai eu peur d’être enlevée dans le Loir et Cher par hélicoptère et puis la tension est retombée… (rires)
 
 
DIEGO : En 2016 tu as rendu hommage à la bossa-nova en publiant un album complet. Tu as repris « Fais Comme l’Oiseau » de Michel FUGAIN que j’ai eu la chance de rencontrer et qui est une personne formidable. Le connais-tu ?
PAULINE CROZE : Je ne l’ai jamais rencontré ! Lors d’un festival en 2006, nous nous sommes croisés mais n’avons pas eu le temps d’échanger, je le regrette encore plus compte tenu de ce que tu me dis ! 
 
 
DIEGO : Tu pourrais enregistrer un album complet de reprises d’un seul artiste ?
PAULINE CROZE : Oui, Nina SIMONE. Il me semble qu’un album hommage est sorti en 2014 avec Olivia RUIZ, Melody GARDOT, CAMILLE et Sophie HUNGER (entre autres…) chez le label Blue Note. C’est un de mes projets. 
 
DIEGO : La chanson « Je Suis Un Renard » ressemble à une comptine alors que le clip est à l’opposé ?
PAULINE CROZE : C’est une comptine pour adultes ! L’auteure du texte est bipolaire et exprime le sentiment d’isolement qu’elle vit. Les hauts, les bas, le calme, l’explosion d’une situation qui font que le caractère est changeant. Dans le clip je suis le repli alors que la danseuse reflète l’opposé. Quant à lui, le drone symbolise le monde extérieur et le regard des autres. Une vidéo à 3 personnages. 
 
DIEGO : Je me permets de te parler d’un burn-out que tu as fait en début de carrière car j’ai cru comprendre que tu avais (enfin) digéré l’évènement tout récemment. Qu’en est-il ?
PAULINE CROZE : Oui j’ai fait un burn out après le premier album. Cela ne fait que 6 mois que j’ose en parler publiquement. A 25 ans, je n’étais pas préparée au succès du premier disque. Etant réservée et timide, je n’aime pas être « Mise à Nu » (titre du premier album). C’est très gratifiant d’être sous les projecteurs mais j’étais malheureuse et sous pression. Ayant un physique particulier, je n’aimais pas me voir à la télé ou dans les magazines.
 
DIEGO : Comment faisais-tu en concert ?
PAULINE CROZE : C’était terrible ! Je prenais difficilement du plaisir et j’avais un trac monstrueux. Mes prestations à la TV étaient catastrophiques, je n’avais pas de voix… mon tempérament est loin de l’exubérance et j’ai eu du mal à me remettre des 180 concerts effectués en 1 an et demi. J’étais fragile, j’ai craqué. Mon regret est de ne pas avoir vécu la situation pleinement… je n’en ai pas profité !
 
Au deuxième album baptisé « Un Bruit Qui Court » en 2007, j’ai voulu fuir. Mon choix artistique fut périlleux et il était hors de question de refaire une copie du premier disque. Je n’ai pas honte de dire avoir pensé au suicide, mon burn out a duré 3 semaines durant lesquelles j’étais dans une clinique à dormir toute la journée. 
 
 
DIEGO : C’est presque le comble d’un artiste car la reconnaissance reste l’un des objectifs du métier ! Comment est arrivé le succès du premier album ?
PAULINE CROZE : Je travaillais avec un musicien et nous diffusions nos maquettes aux labels. Anne CLAVERIE qui a bossé avec DAHO durant 15 ans a aimé ma voix et m’a demandé de reconstruire mes morceaux. Elle m’a ouvert les portes des trans-musicales et de l’Olympia alors que je ne fantasmais pas dessus !
A 18 ans, j’étais très timide et pensais ne rien faire de ma vie… me mettre en avant pour me vendre, hors de question ! Je voulais travailler dans la musique sans nécessairement être au devant de la scène. Un jour je me suis réveillée en me disant : « Je suis connue ». Je voulais une vie simple !
 
DIEGO : Dans le Loir et Cher c’est normal, nous sommes tous des gens simples !  (rires) Après ta fragilité fait ta marque de fabrique…
PAULINE CROZE : Et je suis moins timide qu’avant ! Mes interviews du début étaient horribles. J’ai un très mauvais souvenir de TARATATA avec NAGUI… je ne savais pas quoi dire. Idem lorsque j’étais nommée pour le prix CONSTANTIN en 2005 que CAMILLE a remporté. J’étais terrifiée.
 
DIEGO : Regarde Charlotte GAINSBOURG en début de carrière ! Après c’est dans son personnage. 
PAULINE CROZE : Par contre, dès que j’écris des chansons plus affirmées, j’ai du mal à être crédible vis à vis d’un certain public ! Je leur précise avoir évolué entre 25 et 40 ans ! Tout en aimant la solitude et en montrant ma fragilité.
 
DIEGO : Comme dans « Nuit d’Errance » qui est mon titre récent préféré !
PAULINE CROZE : Merci ! C’est une chanson de Timothée DUPERRAY. Je n’exclus pas la possibilité d’être joyeuse ! 
 
DIEGO : Et tu as bien raison, merci Pauline et longue vie à cet album et à ta nouvelle tournée !
PAULINE CROZE : Merci Diego.
 
 

  • Remerciements : Delphine Guillin / Margaux Sfeir / Marion Klein / Pauline Croze / Rocher de Palmer
  • Photos : Laurent Robert
  • Relecture : Jacky G.

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