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INTERVIEW MANUSCRITE #80 – WAX TAILOR @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW DE WAX TAILOR PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

A 45 ans, WAX TAILOR publie un 6ème album qualitatif tant par les invités qui se découvrent au fil des tracks que par sa musique inventive et toujours dans l’air du temps. Lors d’une tournée hexagonale promotionnelle, il a accepté de répondre aux questions de Diego accompagné de la fidèle Carolyn Caro. L’artiste sera en concert le 10 décembre 2021 au Krakatoa de Mérignac. Remerciements particuliers à TOTAL HEAVEN, célèbre disquaire Bordelais qui accueillait l’artiste.

DIEGO : A quoi doit s’attendre le fan de WAX TAILOR en écoutant “The Shadow Of Their Suns” ?

WAX TAILOR : Tu me donnes l’impression de parler comme ALAIN DELON en parlant de fan ! (rires) Il doit s’attendre à des petites surprises permettant de se renouveler sans se trahir. La signature sonore perdure mais l’album s’articule sur une synthèse de mes humeurs concernant les années 2019-2020.

DIEGO : On à l’impression d’écouter la Bande Originale d’un film !

WAX TAILOR : C’est fait pour. Il s’agit de la bande originale de mon quotidien en fil conducteur. Il y a plusieurs thèmes mais le vecteur commun reste ma vision personnelle sur le monde actuel. En prenant un peu d’âge, on peut regarder dans le rétroviseur, je suis un enfant du néo-libéralisme par accident. Depuis 40 ans, les soucis perdurent et j’ai le sentiment qu’au lieu de prendre les bonnes résolutions, on s’entête à foncer droit dans un mur. En me levant le matin, je suis en colère et j’exprime cette insatisfaction en studio. On passe des moments de doutes aux instants de punch permettant d’extérioriser ce ressenti. J’évite de rester en PLS dans ce monde rempli de vicissitudes, on a pas besoin de Jupiter et de sa verticalité mais plutôt de sociétal. 

DIEGO : En live dans ta future tournée penses-tu jouer ton album en intégralité afin de respecter cette notion de bande originale ?

WAX TAILOR : Non. A ce jour la set-list n’est pas calée. Néanmoins j’ai déjà eu cette interrogation pour mon 4ème album “Dusty Rainbow From The Dark” qui relatait une histoire d’enfance. C’est difficile de “casser” un fil conducteur en incluant les titres d’albums différents. Ayant réussi pour cette tournée 2013-2014, il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas pour “The Shadow Of Their Suns“. Loin d’être donneur de leçons, cet album a un côté politique qui permet de débattre. Les soirées entre gauchos à refaire le monde pour finir d’accord m’ennuient. Il faut discuter avec tous les bords, la nuance est importante. Sans trop m’étendre dans le débat, en 2020 on nous a dit dans un premier temps que nous étions en guerre puis que reviendront les jours heureux… ce terme fut employé par le Conseil National de la Résistance dans les années 40. Pas certain que JEAN MOULIN aurait apprécié… au delà des idées il va falloir trouver des objectifs communs. A mon sens, ce que nous propose le guichetier de Rothschild ne représente pas nos valeurs. 

DIEGO : Et ce poing levé sale sur la pochette, que représente t’il ?

WAX TAILOR : “L’ombre de leurs soleils” pour traduire le titre ne doit pas être pris au sens littéral. C’est un symbole et cette photo représente la main d’un mineur. La main d’oeuvre c’est la base qui permet au système de tourner. Lorsque la main se crispe, cela peut donner un poing levé… l’image recherchée est la main de celui qui fait fonctionner le système.

DIEGO : Comment as-tu choisi les featurings pour ce nouvel album ?

WAX TAILOR : Comme tu le disais tout à l’heure, cet album ressemble à une bande originale et j’ai recherché des rôles pour “mon film”. Je travaille toujours en pensant à quel artiste pourrait poser sa voix sur ma musique. Parfois c’est évident, d’autres fois cela l’est moins comme notamment les morceaux style “rap”. Par exemple pour D-SMOKE (NdA : sur le titre “Keep It Movin“) j’ai cherché pendant des mois le bon artiste… je savais ce que je voulais et lorsque je l’ai entendu cela m’a paru comme une évidence. 

DIEGO : D’ailleurs je te félicite pour ce superbe titre qui à mon goût mériterait une belle version maxi 45 tours !

WAX TAILOR : Merci ! C’est une touche solaire dans un album mélancolique. Tu te réveilles avec cette humeur qui te donne la pêche. Pour revenir à la question précédente, MARK LANEGAN sur “Just a Candle” a été une évidence. Dès que j’ai eu la base musicale, je l’ai appelé.

DIEGO : On te dit souvent “Non” ?

WAX TAILOR : Bien sur. Malheureusement ceux qui n’acceptent pas n’ont pas toujours les “bonnes raisons”. Une bonne raison est “Je n’ai pas senti ce morceau” ou “Je ne l’aime pas”. N’ayant aucun problème d’égo, cela ne me fâche pas. Par contre, lorsqu’un manager t’évoque un problème de planning, tu sens qu’il s’agit de soucis de business et je trouve cela frustrant. Contrairement aux idées reçues, j’ai plus souvent affaire au deuxième cas de figure…

DIEGO : En 2021 c’est primordial d’être indépendant ?

WAX TAILOR : C’est de l’ADN. Ta question est intéressante car aujourd’hui les choses ont changé. En 1990 ou 2000, la production musicale était différente. Il y a 20 ans, c’était un sacerdoce qui permettait d’envoyer un message. Mon choix était d’être indépendant et je le faisais savoir. Actuellement, c’est pragmatique. Un artiste émergent profitera des réseaux sociaux et ne donnera pas ses droits à une maison de disques s’il y arrive seul. 

DIEGO : Et il a raison car le “circuit court” (artiste-auditeur) est fortement privilégié ! Disque, merchandising, promotion, concert… 

WAX TAILOR : Lorsque les artistes peuvent le faire ! 

DIEGO : Je souhaite revenir sur deux collaborations que tu as faites précédemment : TRICKY, l’enfant terrible de Bristol et LEE FIELDS, le soulman de Caroline du Nord. 

WAX TAILOR : Les deux sont totalement différents. Je connaissais TRICKY depuis longtemps. La séance s’est avérée foutraque… il se demande presque pourquoi il est là ! Nous sommes différents et complémentaires, comme l’eau et l’huile. Il a compris que je ferai ma “cuisine” musicale et le concernant il est tellement dispersé qu’on se demande si on va y arriver… 

DIEGO : Les méfaits de la drogue…

WAX TAILOR : Le lendemain de notre session, il me rappelle tout speed m’expliquant que nous allons prochainement faire un EP ensemble laissant entendre qu’il avait aimé cette collaboration. Il souhaitait baptiser ce projet suite à une rencontre qu’il avait eu avec BOWIE. Dans ma tête je me suis dit, il est gentil mais il a le melon surdimensionné… j’ai vérifié sur internet et c’était vrai ! Cela paraissait tellement improbable que je n’y croyais pas. Il m’a rappelé et le projet s’est concrétisé.

Pour LEE FIELDS, je suis allé en studio à New York avec lui en profitant de l’expérience acquise avec SHARON JONES d’une séance réalisée entre les USA et la France. Je suis resté frustré de cette collaboration distancielle. Je ne voulais absolument pas renouveler l’expérience avec LEE. Ce type est génial. Il m’a laissé diriger tout en se souciant constamment de mon bien-être. J’avais pensé à CHARLES BRADLEY pour “The Road is Ruff” sorti en 2016. Son manager étant un connard, j’ai enregistré ce titre avec LEE FIELDS sans regret. 

DIEGO : Une bien belle rencontre ! Tes disques de jeunesse qui ont fait que JEAN CHRISTOPHE est devenu WAX TAILOR ?

WAX TAILOR : Les disques qui m’ont amené à la musique : “Rock It” de HERBIE HANCOCK, “Megablast” de BOMB THE BASS et “Fear of a Black Planet” de PUBLIC ENEMY.  

DIEGO : BOMB THE BASS ! Qu’est ce que j’ai pu écouter ce disque acheté à Londres… nous sommes de la même génération ! D’ailleurs on sent cette influence dans tes compositions, notamment l’ambiance générale musicale, comme avec le bruit des hélicoptères dans le maxi 45 tours de “Megablast“. 

WAX TAILOR : Carrément ! Pour PUBLIC ENEMY c’est le déclencheur qui adolescent m’a dit : “Je veux faire ça dans la vie !”

DIEGO : Dans quels pays n’as tu pas encore joué et qui t’intéresseraient ?

WAX TAILOR : La Nouvelle Zélande ! J’ai fait l’Australie mais j’adore la Nouvelle Zélande… j’aimerais y jouer. Je t’ai dit que j’adorais la Nouvelle Zélande ? (rires)

DIEGO : Ta carrière est encore longue… 

WAX TAILOR : J’y suis allé et j’ai une anecdote à ce sujet. Après un concert en Australie, j’ai fait un trip en Nouvelle Zélande et j’ai croisé un mec à l’aéroport d’Auckland qui fumait un clope et ressemblait fortement à DAVE GROHL. Putain c’était lui ! Ce type est incroyable et super cool !

DIEGO : D’ailleurs il apparait parfois en fosse dans des concerts au premier rang des spectateurs… je pense notamment à celui de METALLICA

WAX TAILOR : Le mec le plus cool de la terre !

DIEGO : Revenons à ta future tournée, tu prépares un univers visuel particulier ?

WAX TAILOR :  J’y travaille. C’est mon 6ème album qui doit faire un focus sur “The Shadow of Their Suns” sans négliger mes autres compositions. Je n’ai pas honte de dire que je m’inspire d’autres artistes pour préparer mes projets. Je regrette parfois un côté “technologie creuse”. Les écrans partout c’est bien mais les murs de vidéos ne remplacent rien… dans certains concerts de rap tu te crois chez Darty à regarder la télé ! Cela manque de poésie et de théâtralité, deux concepts dont j’ai envie pour cette future tournée. Après dans un réseau de SMAC (NdA : Scènes de Musiques Actuelles), les moyens de production ne sont pas les mêmes que pour les monstres organisateurs de tournées. Il faut se dépasser et être subtil, j’ai bon espoir. 

DIEGO : Jouer avec un visuel en direct sur scène, c’est faisable ?

WAX TAILOR : Pourquoi pas. Je ne suis pas certain que ma musique s’y prête car cela est plus adapté à l’improvisation. Ma musique est cérébrale et structurée. Nous avons quelques espaces de liberté dans le cadre mais on ne peut rallonger à l’infini un morceau. Je préfère garder la main sur la production scénique en direct.

DIEGO : Merci Jean Christophe, on se retrouve en décembre au Krakatoa !

WAX TAILOR : Merci Diego !

 

    • Remerciements : Jean Christophe
    • Page WAX TAILOR : https://waxtailor.fanlink.to/TSOTS
    • Photos : Carolyn Caro
    • Relecture : Jacky G.

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