Menu

INTERVIEW #187 – PATRICE @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW PATRICE PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

PATRICE BART-WILLIAMS est un artiste Allemand/Sierra-Léonais dont la carrière a commencé en 1999 avec son premier maxi « Lions ». Son métissage et sa voix singulière font de lui un acteur majeur du « sweggae », genre musical qu’il a inventé pour définir ses créations. Lors de son passage au Krakatoa pour présenter l’album « Super » récemment publié, PATRICE a accepté de répondre aux questions de Diego pour Musiques En Live. Les photos sont de Denis Darotcheche. 

DIEGO : Pourquoi te surnomme t’on « Babatunde » ?

PATRICE : C’est aussi vieux que moi ! « Babatunde » qui signifie « retour du vieux » est un surnom qui m’a été donné car je suis né le jour où mon grand-père est mort. Un peu comme si j’étais sa réincarnation et cela a été difficile pour mon père qui vivait deux émotions intenses le même jour, ce 9 juillet 1979. J’y pense souvent comme un fil conducteur. Mon premier album qui est sorti en 2000 s’appelle « Ancient Spirit » en référence à cet évènement. Un esprit revenu.

 

DIEGO : D’ailleurs tu es tellement atypique que tu as inventé un style musical, le « sweaggae music » ?

PATRICE : Au départ il s’agissait d’une blague. C’est un mélange de reggae et de swing dont le terme vient du journal Le Monde à l’issue d’un concert. Le journaliste avait rédigé un article sur mon show en mentionnant sweggae et c’est resté. 

 

DIEGO : Donc le sweggae est la musique de PATRICE ! Quel est le concept de ton dernier album « Super » ?

PATRICE : Le concept de « Super » est de créer un super groupe avec des musiciens en reprenant certaines de mes chansons. Un principe de best-of revisité. Volontairement j’ai réinventé les titres car il est inutile de sortir un best-of officiel compte tenu du nombre important de plateformes de streaming qui proposent des compilations. Chacun de mes albums rappellent une époque différente avec des sons appartenant aux années s’y rapportant. J’ai voulu enregistrer un disque homogène avec des chansons publiées durant 20 ans. Il a été réalisé à la maison de ma mère en Allemagne sachant que la décoration de ma chambre n’a quasiment pas changée depuis mon enfance !

DIEGO : Est-il difficile de choisir les chansons sur tes 10 albums publiés ?

PATRICE : Oui. C’est le plus difficile et je pense sincèrement qu’il y aura un volume 2 ! 

 

DIEGO : Parfait ! Certains titres restent dans l’esprit de l’original alors que d’autres sont épurés. C’est le cas de « Burning Bridges » ?

PATRICE : J’ai essayé de prendre des éléments dans le temps et ce titre était tendance lorsqu’il est sorti en 2016. J’ai voulu le revisiter avec des instruments classiques sans synthétiseur. 

 

DIEGO : « Lions » et « Soul Storm » sont proches des originaux ?

PATRICE : C’est vrai. « Soul Storm » bénéficie d’un petit clip/documentaire dans lequel on me voit dans ma chambre afin de montrer aux spectateurs l’endroit où j’ai vécu. 

 

DIEGO : Tu es humaniste dans tes chansons, l’âme de l’homme est-elle plus importante que le physique ?

PATRICE : Complètement. On ne sait pas d’où on vient et où nous allons. Nous avons tous l’espoir qu’il y ait quelque chose après ! Et peut-être avant… c’est Babatunde qui vous le dit !

 

DIEGO : Quel message passes-tu dans le titre « Ain’t Got No » ?

PATRICE : Il faut vivre ! Nous nous sommes levés ce matin et c’est une chance, il ne faut pas se comparer avec les autres mais plutôt chercher le sourire, la vie et utiliser ses capacités à bon escient. 

DIEGO : Dans l’album « Super » il y a une très belle reprise originale, « Good Vibrations » des BEACH BOYS. Pourquoi ce titre ?

PATRICE : Cette chanson fut expérimentale. C’est un sample qui m’est venu dans ma chambre et je ne sais pas pourquoi… il y a également une boucle de MOBB DEEP mélangée aux BEACH BOYS et j’aime cette mixité. En fait les BEACH BOYS représentent le soleil alors que MOBB DEEP est très sinistre, je trouve le résultat convaincant. Initialement je ne voulais pas le mettre sur le disque mais mes proches ont insisté. Je trouvais le résultat hasardeux, la mélancolie qui ressort de cette chanson enregistrée en pleine pandémie est dominante.

 

DIEGO : L’original donne le smile tout comme ta version reggae. Tu as sorti un autre concept original : le super billet d’or. C’est quoi ?

PATRICE : Il s’agit d’une loterie comme dans le film « Charlie et La Chocolaterie ». Cela concerne les concerts actuels et permet de gagner un show de PATRICE n’importe où à la fin de la tournée. Il suffit de remplir un papier fourni avec une graine en mentionnant son adresse mail et nous allons tirer au sort un gagnant. A l’issue, un spectateur aura un concert gratuit et les graines seront plantées dans un endroit particulier. Une expérience différente avec un but écologique.

 

DIEGO : Dans ta tournée actuelle, tu adoptes une démarche « économique » ?

PATRICE : Oui, nous utilisons des véhicules électriques depuis notre départ d’Allemagne. À de rares exceptions, nous utilisons le matériel local et pouvons baisser notre impact carbone de 85% d’après nos calculs. C’est un challenge et nous sommes précurseurs. Excepté pour le logement, la méthode coute moins chère. Le seul problème est le camion que nous avons apporté d’Allemagne qui a du être rechargé de nombreuses fois. Sur les grandes distances c’est difficile… il faut que la « map-road » soit bien calculée afin que les concerts soient proches les uns des autres. 

DIEGO : COLDPLAY voulait parler écologie pour des tournées à grande échelle mais c’est impossible !

PATRICE : C’est clair ! Nous tournons autant que dans les années 80 avec les mêmes moyens. Les instruments ont peu changé excepté l’informatique. Les promoteurs adoptent les idées de réductions de coût, c’est bien normal et ils nous aident dans cette démarche. 

 

DIEGO : Préfères-tu jouer seul ou en groupe ?

PATRICE : En groupe. J’ai joué longtemps mes concerts baptisés « lever du soleil » et n’ai pas tourné en groupe depuis 7 ans. Après mes performances seules et matinales, il y a eu le Brexit puis la pandémie. Actuellement j’ai réuni mes musiciens préférés et prends mon pied.

 

DIEGO : Tu as travaillé avec ALICIA KEYS, KEZIAH JONES et BLACK EYED PEAS. Quels souvenirs en gardes-tu ? Cela a t’il été facile ?

PATRICE : Avec les artistes cela n’est jamais facile ! (rires) Me concernant je suis ouvert ! Lorsque je dis quelque chose, je tiens parole. Concernant ALICIA KEYS et BLACK EYED PEAS, nous avons fait des concerts ensemble mais je n’ai pas collaboré en studio avec eux. KEZIAH c’est différent et il apparait dans mon album « Nile » enregistré en 2005. J’aime lorsque les choses viennent du coeur. 

 

DIEGO : Comment est le public Français ?

PATRICE : Super avec moi ! Je ne peux pas comparer avec le public Allemand mais j’ai une reconnaissance en France à laquelle je tiens beaucoup, merci au public. 

 

DIEGO : Tu es un grand voyageur, lequel t’a marqué plus qu’un autre ?

PATRICE : Je pense au « Festival au Désert » près de Tombouctou au Mali. C’est un endroit incroyable, j’ai joué avec MANU CHAO, ai vu ROBERT PLANT et ALI FARKA TOURÉ dans ce festival de Touaregs. Le ciel est d’une couleur folle, le son est particulier à cause de la réverbération sur le sable. Une ambiance unique.

DIEGO : Il parait que l’ambiance sonore est la même dans la neige. 

PATRICE : J’ai joué à Træna en Norvège pas loin du cercle polaire. C’est une île de pêcheurs et à minuit il y avait du soleil ! Incroyable.

 

DIEGO : Quels sont les meilleurs concerts que tu as vus en tant que spectateur ?

PATRICE : Mon premier concert est le bluesman CHAMPION JACK DUPREE. J’étais très jeune et apportais les bières aux musiciens car c’était un ami de mon père. Il m’a dédicacé un vinyle, j’étais fier. J’ai vu MICHAEL JACKSON pour la tournée « Dangerous ». Après en festival, j’ai beaucoup aimé ALPHA BLONDY. J’ai souvenir d’avoir joué après le groupe de hip-hop SAÏAN SUPA CREW et c’était difficile pour moi car ils avaient été très bons sur scène ! Je garde également un grand souvenir du groupe de reggae Jamaïcain THE ITALS avec ma mère.

 

DIEGO : Merci PATRICE et tiens-nous au courant si le vainqueur du Super Billet d’Or est Bordelais ! 

PATRICE : Pas de problème, merci ! 

 

  • Remerciements : Krakatoa / Marie / Barbara
  • Photos : Denis Darotcheche
  • Relecture : Jacky G.

Concerts Culture Caribéenne En tournée Funk Interview Les Interviews de MeL Musiques du Monde Reggae Soul Webzine - Musiques en Live , , , , ,

Return to Top ▲Return to Top ▲