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INTERVIEW #180 – IBRAHIM MAALOUF @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW IBRAHIM MAALOUF PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

A 41 ans, le trompettiste Franco-Libanais est devenu une référence dans la composition musicale et dans les collaborations qu’il enchaine à un rythme effréné. A l’occasion de la sortie de son 15ème album baptisé « Capacity To Love », l’artiste a accepté l’interview de Diego pour Musiques En Live afin de parler d’une tournée qui l’amènera au Théatre Fémina de Bordeaux et à l’Arkea Arena de Floirac courant 2023.

Remerciements particuliers à Sabrine, Peel Productions et Marie du Krakatoa.

DIEGO : Pour ce nouvel album, comment est venue l’idée de mélanger un style musical urbain avec des collaborations décalées comme la voix de Charlie Chaplin ?

IBRAHIM MAALOUF : C’est un album que j’avais programmé depuis longtemps car je souhaitais me plonger dans ce monde urbain et populaire. Précédemment, j’ai eu ce genre d’influence mais il fallait que j’aille plus loin afin de sortir de ma zone de confort. Plutôt familier avec la musique classique et arabe, l’album « Capacity To Love » est un challenge de production car cela n’a rien à voir avec mes travaux habituels. J’ai trouvé la bonne équipe, à savoir le Lyonnais NuTone et le Californien Henry Was. Nous avons travaillé main dans la main et produit cet album à trois.

 

DIEGO : En quoi s’agit-il d’un disque d’amour ?

IBRAHIM MAALOUF : Parce que notre capacité à aimer est notre capacité à apprécier l’autre. Il faut s’accepter soi-même pour accepter la différence, ce monde est rude, empreint d’adversité qui multiplie les différences. Il peut-être inquiétant de se distinguer et j’avoue ne pas être serein pour mes enfants et la génération à venir. J’ai envie que ma musique véhicule des messages qui ne soient pas des clichés. L’acceptation en aimant les gens est importante et permet de s’aimer soi-même. La stigmatisation amène l’adversité.

 

DIEGO : Dans cet album qui comporte 14 pistes, y’a t’il eu un morceau plus difficile à composer qu’un autre ?

IBRAHIM MAALOUF : Non, le travail d’équipe a porté ses fruits même s’il a été plus ou moins difficile d’obtenir certains featurings. Dans l’ensemble, la production a été fluide. La plupart des collaborations sont des artistes que j’ai sollicités, souvent parce que j’aime leurs travaux, parfois parce que NuTone et Henry Was m’ont fait découvrir leurs univers méconnus.

DIEGO : J’aime beaucoup le titre « Money » qui mélange rap, trompette et sons arabisants !

IBRAHIM MAALOUF : C’est une collaboration avec Erick The Architect qui vient d’un thème que je souhaitais traiter avec la production. Je voulais donner une couleur à chaque titre, un peu comme pour modeler une sculpture afin d’atteindre le but final. Les idées étaient logiques pour que  le résultat soit fluide. « Money » est un très bon exemple et je reste persuadé que les auditeurs ont tous un avis différent sur leur « chanson » préférée de l’album.

 

DIEGO : Quelle différence y’a t’il entre composer un titre pour un de vos albums et en composer un pour une bande originale de film ? 

IBRAHIM MAALOUF : Le travail est différent mais le processus de création initial reste le même. L’inspiration et la lecture de la musique sont guidées par l’émotion. Ensuite le développement est différent et lorsqu’il s’agit de mes albums, je n’ai aucun compte à rendre. Ma satisfaction se suffit à elle-même !

Lorsque je travaille pour le cinéma, le réalisateur, les producteurs et les acteurs ont leur mot à dire et la musique doit servir une image et une histoire, pas un album. De plus, il n’y a pas d’adaptation scénique prévue. 

 

DIEGO : Pour nos lecteurs, quelles différences y’a t’il entre une trompette à 4 pistons (comme vous utilisez) et une trompette classique ?

IBRAHIM MAALOUF : Une trompette classique comporte 3 pistons et permet de  jouer les demi-tons, à savoir les mêmes gammes que sur un piano (touches blanches et noires). Sur la trompette à 4 pistons dit « micro-tonale », on peut jouer les quarts de tons et il est possible de diviser les quarts par deux. Au final, on passe de 12 demi-tons à 24 demi-tons. Soit deux fois plus de notes.

DIEGO : Côté scène, n’est-il pas incroyable pour un trompettiste de remplir Bercy ? Est-ce un aboutissement ?

IBRAHIM MAALOUF : Je vois ce que vous voulez dire mais je ne le vis absolument pas comme ça. C’est une victoire et pas un aboutissement sinon cela serait synonyme d’arrêt, de but atteint. On m’a toujours dit que la musique instrumentale resterait dans les cartons car il ne s’agit pas de « chansons »… j’ai toujours défendu une idée contraire notamment devant des grosses majors de l’industrie musicale. Vendre des disques que les gens apprécient et remplir des salles initialement réservées aux musiques populaires est une victoire. Je ne pense pas que ma musique soit devenue commerciale mais plutôt que le public est éduqué à entendre un nouveau son. Mon objectif est de montrer que la bonne musique est aussi populaire !

 

DIEGO : Grâce à vous, la trompette est démocratisée !

IBRAHIM MAALOUF : Souvent après les concerts, je croise des parents qui me disent que leurs enfants sont inscrits au conservatoire grâce à ma musique, c’est très plaisant. Je crois surtout que le public est capable de s’intéresser à une musique différente, non commerciale. Un spectateur qui me dit que tel morceau que j’ai composé a été utilisé lors d’un événement particulier comme un mariage, me touche énormément. Une influenceuse connue et une voltigeuse (Dorine Bourneton) parlent régulièrement de ma musique comme salvatrice, c’est gratifiant. 

 

DIEGO : J’ai vu que vous étiez au Liban lorsqu’il y a eu l’accident portuaire en août 2020. Comment l’avez-vous vécu ?

IBRAHIM MAALOUF : Nous étions à une quinzaine de kilomètres de la déflagration mais nous avons eu la sensation d’y assister. La situation sur place est difficile, le drame actuel est terrible car ce pays ne mérite pas de tels malheurs. Le Liban pourrait maitriser son économie mais on ne le laisse pas faire, il y a trop d’intérêts régionaux et mondiaux autour, que ce soit avec l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Le Liban subit les agressions et le peuple est pris en otage par des pouvoirs voisins.

 

DIEGO : Côte drame, vous aviez également participé au concert de réouverture du Bataclan en 2016 après les agressions terroristes ?

IBRAHIM MAALOUF : Un moment fou et terrible à la fois. Initialement je ne savais pas si les familles étaient d’accord pour « célébrer » la réouverture de ce lieu d’effroi. J’en étais dérangé. Connaissant Sting, il m’a contacté et j’ai accepté. C’est probablement le seul qui pouvait faire ça aussi bien, j’étais heureux d’être avec lui dans cet instant de deuil synonyme de continuité dans la musique malgré les évènements. La culture devait continuer, sans peur. Avec le recul, je me suis senti honoré d’avoir participé à ce concert historique mais avec une boule dans le ventre.

DIEGO : Le choix de Sting était très judicieux !

IBRAHIM MAALOUF : Complètement. Il sait communiquer simplement des choses compliquées. Son message est sans artifice. Issu d’une famille modeste, il est devenu une star mondiale grâce à son talent. Un homme de valeurs. 

 

DIEGO : Pour finir sur des notes plus enthousiastes, avez-vous un rituel avant d’entrer sur scène ?

IBRAHIM MAALOUF : Ce n’est pas un rituel mais j’aime être entouré ! Hors de question pour moi de rester seul en loges. J’aime papoter avec les musiciens et m’entourer des gens avec qui je travaille. 

 

DIEGO : D’ailleurs comment sera la tournée « Capacity To Love » en 2023 ?

IBRAHIM MAALOUF : Festive ! J’espère sortir de ma zone de confort et être suivi par le public dans cette nouvelle aventure.

 

DIEGO : Enfin, quels sont les plus beaux concerts que vous avez vus en tant que spectateur ?

IBRAHIM MAALOUF : J’ai vu beaucoup de concerts mais sans hésiter : Michael Jackson en 1997 au Parc des Princes à Paris. C’était mon idole et j’ai pris une grosse claque. J’ai eu la chance de collaborer avec Quincy Jones après 2017, un grand souvenir depuis Montreux !

 

DIEGO : Effectivement, Michael Jackson était un artiste incomparable ! Merci Ibrahim et belle tournée en 2023 !

IBRAHIM MAALOUF : Merci Diego.


 

  • Remerciements : Sabrine de misterproductions et Peel Productions (Bordeaux). 
  • Photos : Site de l’artiste.
  • Relecture : Jacky G.

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