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INTERVIEW #156 – LISSOM (Julien MARCHAL) @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW LISSOM PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

LISSOM est l’association du pianiste, compositeur et producteur Français Julien MARCHAL avec l’auteur, compositeur, producteur-chanteur Anglais Ed TULLETT. De cette collaboration sont nés deux albums, l’un paru en 2018 et le deuxième baptisé « Eclipses » en mai 2022 chez WHALES RECORDS dont Julien est le directeur du label. 

Julien a accepté de recevoir Diego dans son studio pour parler de ses premières publications, du duo improbable LISSOM et de son travail de pianiste l’ayant mené à se produire aux Etats-Unis et en Russie.

DIEGO : Première question pratique pour nos lecteurs, qu’est-ce qu’un pianiste néo-classique ?

JULIEN MARCHAL : C’est une définition de genre musical. A l’étranger les spécialistes utiliseront le terme « classique moderne » (modern classical) alors que néo-classique représente un courant des années 1840/1850 n’ayant rien à voir avec le courant moderne. En France, on utilisera plutôt le terme « musique cinématographique ». Quant à l’inspiration musicale, elle provient du classique.

 

DIEGO : Comment es-tu devenu pianiste ?

JULIEN MARCHAL : J’ai commencé tôt car mon père jouait de la guitare et de l’épinette des Vosges. A 4 ans, il a constaté que cet éveil musical me plaisait et il m’a inscrit à des cours de guitare classique durant 6/7 ans. Ayant mal aux doigts, je prenais peu de plaisir à la guitare et ai profité du clavier de ma soeur pour me familiariser avec le piano. C’est ainsi que ma passion est née, vers 14 ans.

Ma formation musicale a commencé dans des associations puis à l’adolescence, je me suis orienté vers le métal et le hard-core. Bossant en intérim, j’ai repris les études pour passer un bac littéraire tout en continuant la musique à titre personnel. Ma mère qui travaillait au CROUS de Bordeaux m’a donné l’idée de m’y inscrire et je suis entré en FAC de musique. Vers 23 ans, j’intègre le conservatoire en me spécialisant jazz/musiques actuelles.

 

DIEGO : Quelles sont tes références musicales au piano ?

JULIEN MARCHAL : J’ai commencé avec le classique afin d’avoir des exercices techniques. Les références usuelles sont CHOPIN et tous les pianistes romantiques du XIXème siècle. Avec l’âge, je me suis tourné vers le baroque. Pour les autres influences, j’aime le rap, le métal, les musiques électroniques… la musique c’est la musique avec tous les styles qu’elle comprend !

 

DIEGO : Des pianistes comme Sofiane PAMART permettent-ils de découvrir votre univers ?

JULIEN MARCHAL : Oui et non. Sofiane bénéficie d’un marketing qui à mon goût, est mal agencé. Passer de la banlieue-cité à la musique classique pour donner un exemple médiatique (politique) ne me plait absolument pas. Sa musique est très bonne et Sofiane est très bien accompagné. Il n’a pas besoin de toutes ces histoires pour s’accomplir. 

 

DIEGO : Comment passe t’on du stade de pianiste confirmé à celui de pianiste reconnu ?

JULIEN MARCHAL : Beaucoup d’acteurs peuvent se greffer à ton univers. Au départ, nous vivons dans un système auquel on adhère ou pas, celui-ci sera accompagné de différentes personnes. J’ai joué à Indianapolis, Los Angeles, Saint Petersbourg, Berlin… mais pas en France ! Je suis beaucoup plus écouté au Japon et en Russie que dans l’hexagone. Ces étapes nécessitent un entourage et les acteurs qui t’accompagnent sont importants. Il faut trouver l’agent et le manager qui ne sont pas là que pour l’argent tout en assurant une visibilité minimale médiatique. 

Ensuite il est difficile d’espérer de bons contrats avec les gros labels. J’ai préféré me tourner vers NAÏVE qui à mon gout prévilégie l’humain. Ensuite j’ai créé WHALES RECORDS. A titre d’exemple, des gros labels vont prendre des pourcentages ultra-élevés sur ton travail… J’ai découvert ce monde et ai pris des claques…

DIEGO : Quelle fût ton inspiration pour composer 4 volumes et 43 titres de « Insight » ?

JULIEN MARCHAL : Au début j’ai créé des pièces qui ressemblaient à des cartes postales sans idée d’album. Plutôt un agencement de morceaux pouvant répertorier un panel de possibilités. Suite à un retour positif d’un public Russe, Américain et Allemand, je me suis pris au jeu de la composition et de la demande. Tout est né avec Facebook il y a 6 ans. 

L’inspiration vient d’exercices. Je cherche, j’explore. Cette « petite » reconnaissance m’a permis de me consacrer à la composition en laissant de côté mon boulot de prof de piano. Ils sont numérotés de I à IV afin de ne pas diriger l’écoute de l’auditeur. Les titres sont également numérotés afin d’éviter la projection picturale… Je ne veux pas qu’un morceau se raccroche à l’image des mots. Il n’y a aucune logique de numérotation même si tous les débuts d’albums commencent avec la même mélodie tout en changeant l’harmonie. Il y aura un nouveau volume prochainement…

 

DIEGO : Pour revenir à LISSOM, comment as-tu rencontré Ed TULLETT ?

JULIEN MARCHAL : Par un pote de Indie Music qui connaissait son groupe NOVA AMOR. Je l’ai contacté par Facebook et ai senti que sa voix collerait avec mon piano. En insistant, j’ai écrit une dizaine de morceaux et nous avons testé ceux-ci. Le plus drôle est que nous ne nous sommes rencontrés qu’une seule fois brièvement en 2019 à Bristol ! 1 an après le premier album… tout a été fait par internet.

DIEGO : Impressionnant de penser que le côté artistique peut te rapprocher sans connaitre l’humain qui pourrait t’éloigner !

JULIEN MARCHAL : Nous sommes différents et avons des tempéraments opposés. Effectivement c’est marrant de bosser sans s’être rencontrés !

pochette

DIEGO : LISSOM doit-il son succès aux plateformes de streaming ? je pense notamment aux séries TV !

JULIEN MARCHAL : Oui la série TV « Blacklist » a permis énormément de streaming de nos titres et Billie EILISH a parlé de nous. Nous n’avions que 200 followers et Billie a déclaré nous écouter, cela a boosté nos écoutes. De plus, NAÏVE a une façon de travailler permettant d’élargir notre réseau qui a été efficace sur « Eclipses ».

 

DIEGO : Les titres de LISSOM sont calés pour être imagés ! Y’a t’il un aspect cristallin et court volontaire dont les clips « One And The Same » et « Trouble » sont très représentatifs ?

JULIEN MARCHAL : Tout à fait. Un troisième clip va prochainement être partagé et ces trois vidéos ont une cohérence. Le réalisateur est Andrei BULATCHIK et nous aimons la présence de l’eau et des images ralenties pour représenter notre musique. L’ambiance finale se rapproche de certaines séries TV.

 

DIEGO : J’espère que ce sera « Suns » que je trouve superbe ! Ce titre représente t’il la mort de l’être aimé ?

JULIEN MARCHAL : C’est Ed qui fait les textes mais je pense plutôt à une transposition poétique. Les paroles ne représentent pas nécessairement un humain. Je lui laisse carte blanche pour les textes car il s’agit de son univers.

 

DIEGO : A ce jour, vous n’avez pas joué ensemble devant un public ?

JULIEN MARCHAL : Non jamais. J’attends que ça mais avec nos emplois du temps respectifs c’est très compliqué à mettre en place. Dans tous les cas si je dois jouer du LISSOM, ça sera avec lui !

LISSOM 2 scaled

DIEGO : Dans LISSOM c’est le piano qui ouvre la voie musicale ou Ed qui introduit le piano ?

JULIEN MARCHAL : Je compose les musiques et Ed adapte ses textes en fonction. Je travaille comme sur mes albums « Insight » excepté le fait de prendre soin de laisser une place pour les couches vocales. Il faut que le texte soit intelligible et le piano est un matelas pour la voix. Lorsque la mélodie et le texte sont complexes, c’est moins évident.

Par le passé, je me suis déjà adapté à la voix d’un chanteur notamment dans des remix. J’ai aussi écrit pour un orchestre, également de l’électro pour Steve AOKI, un grand DJ-producteur Américain d’origine Japonaise. J’ai glissé du JS BACH sans qu’il s’en rende compte dans ses mixages…

 

DIEGO : Excellent ! Dans LISSOM aucune chanson ne commence a cappella ?

JULIEN MARCHAL : Non. Cela aurait pu être le cas mais le processus créatif me parait plus probant en commençant par la musique même si cela apporte un côté mécanique dans la production. Dans les instruments additionnels, on retrouve du violon, du violoncelle, du trombone et de la trompette. « Le but de la musique est d’apporter une valeur ajoutée » comme dirait Michel CHION, compositeur et critique cinématographique. Lorsqu’on entend une voix, on se focalise dessus, cela s’appelle le voco-centrisme. Après si la personne parle la même langue que toi il s’agit du verbo-centrisme. Comme des échelons traités par ton cerveau.

 

DIEGO : Parfois on redécouvre des sons même si on connait les chansons par coeur ! Une tournée LISSOM est envisageable ?

JULIEN MARCHAL : J’aimerais et vais tout faire pour mais il faut organiser cela correctement et ça prend du temps (ce que nous n’avons pas forcément tous les deux) avec nos groupes respectifs…

 

DIEGO : Dernière question, quels sont tes plus beaux concerts vécus en temps que musicien puis spectateur ?

JULIEN MARCHAL : La claque imprévue ! Ma compagne et moi étions étudiants et sommes allés voir Yaron HERMAN par hasard à Saint Emilion. Le concert était dans l’église et nous ne savions pas qu’il jouait ! Un week-end pluvieux devenu mémorable avec l’une de mes idoles. Également le groupe ANGE il y a une dizaine d’années dans un bar de Duras.

En tant que musicien, le conservatoire de Moscou est un souvenir incroyable. Nous étions deux pianistes (avec un Australien) et les gens étaient très respectueux. J’avoue avoir imaginé un pays plus rude et le public était très accueillant. Un mec avait fait 400 kilomètres pour nous voir et cela m’avait personnellement touché. J’ai également un souvenir particulier d’un concert à Los Angeles où l’actrice Devon AOKI voulait absolument me voir… ça fait bizarre cette reconnaissance.

 

DIEGO : Merci Julien pour cette interview musicale ! En espérant voir LISSOM prochainement en France et ta musique reconnue partout dans le monde !

JULIEN MARCHAL : Merci Diego.

  • Remerciements : Nolwenn MIGAUD de hyaku.org
  • Photos : Diego
  • Relecture : Jacky G.

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