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INTERVIEW #152 – INVADERS « MOONWALK ONE » @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW D’INVADERS « MOONWALK ONE » PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Après « Carnival Of Sounds », le groupe INVADERS composé de Nico COURRET (batteur d’EIFFEL) et David EUVERTE (synthétiseur) s’est renforcé de Nikko BONNIERE (guitariste d’EIFFEL) pour une création originale sur le documentaire de Théo KAMECKE, « Moonwalk One ». Le but étant de mettre en musique (voir teaser ci-dessous) le programme APOLLO XI et les premiers pas de l’homme sur la lune en revisitant un documentaire datant de 1970 (vidéo YouTube d’origine en bas de cet article SANS la création proposée par INVADERS).

A cet effet, Nico COURRET qui est passionné par la conquête spatiale a proposé à Diego une interview croisée avec deux scientifiques de son entourage proche et fan du groupe EIFFEL : Pierre-François MOURAIX est journaliste à Air & Cosmos et Pierre-Emmanuel PAULIS travaille à l’Eurospace Center de Belgique. INVADERS se produira le 21 juin en Roumanie au festival international du film de Transylvanie et certaines dates seront prochainement annoncées pour le deuxième semestre en France.

 

 

DIEGO : Même si vous ne l’avez (probablement) pas vécu en direct, qu’est-ce que les premiers pas de l’homme sur la lune ont changé dans la conquête spatiale ?

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : [Moi je l’ai vécu en direct ! M’enfin, j’avais trois mois…] La réponse peut faire l’objet d’un livre… de plusieurs tomes ! En quelques mots, les premiers pas sur la Lune ont marqué la victoire par KO des Etats-Unis sur leur rival soviétique dans la course à l’espace engagée 12 ans plus tôt, mais aussi la fin du gigantisme des années 60 aux Etats-Unis, bientôt rattrapés par la crise pétrolière, la guerre du Vietnam, les contestations internes… Dès la fin de la mission Apollo XI , la NASA a vu son budget baisser drastiquement et ses ambitions sévèrement revues à la baisse : exit l’objectif Mars, place aux stations orbitales permanentes en « banlieue » terrestre et aux navettes spatiales « économiques ».

NICOLAS COURRET : Effectivement je suis né après cet évènement mais je l’ai vu tellement de fois que j’ai l’impression de l’avoir vécu. Dans mon imaginaire d’enfant ces images se mélangeaient aux films et lectures de science-fiction dont j’étais fan ! Je ne sais pas précisément et techniquement ce que la mission Apollo XI a changé dans la conquête spatiale mais je sais ce qu’elle a changé dans l’inconscient collectif de toute l’humanité : Aussi incroyable que cela puisse paraitre, des hommes ont marché sur cet astre qui contemple la terre et qui alimente tous les rêves, croyances, religions depuis la nuit des temps… Balèze ! 

AFFICHEsans date

PIERRE EMMANUEL PAULIS : J’avais 5 ans et cet événement a déclenché ma passion pour l’Espace et plus particulièrement pour la mission Apollo XI dont je suis devenu un spécialiste. A 17 ans j’ai rencontré Buzz ALDRIN ce qui a stimulé ma passion qui n’a fait qu’amplifier jusqu’à maintenant. Le monde ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui si on n’avait pas marché sur la Lune. Tout ce qu’on connait et utilise aujourd’hui découle de là ; tant au niveau technologique qu’organisationnel dans les sociétés et multinationales. Notre vision de la Terre également ; les premiers mouvements écologiques sont nés de la vision extraordinaire de la Terre vue de la Lune.

Au niveau spatial proprement parlé, le programme lunaire a permis toutes les mises au point technologiques : informatique, miniaturisation …. qui font ce que le spatial est aujourd’hui ! Apollo a fait faire des bons de géants à l’avancement technologique.

 

DIEGO : Que ressentez-vous en voyant ces images d’époque ?

PIERRE EMMANUEL PAULIS : Une émotion sans pareil. Et l’incrédulité de savoir que ça s’est passé il y a 50 ans ! J’ai eu la chance de rencontrer 11 des 12 hommes qui ont marché sur la Lune (le seul que je n’ai jamais rencontré est J. IRWIN d’Apollo XV), certains plusieurs fois, certains que j’ai interviewés, certains avec qui j’ai passé des soirées sympas … l’émotion est indescriptible. Je ne me lasse pas de regarder ces personnes dans les yeux, me disant que ces yeux là ont vu la Lune ! Ont vu la Terre depuis là-bas ! 

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : Malgré leur piètre qualité – mais on parle d’images réalisées il y a 50 ans et diffusées en direct à travers le monde alors que la télévision était encore un produit de luxe –, je reste personnellement très sensible à ces documents : je les trouve extrêmement fortes d’un point de vue historique, presque surréalistes d’un point de vue esthétique, avec leur aspect fantomatique et finalement poétiques. Je suis capable de regarder ces passages en boucle, ils ont un côté hypnotique…

NICOLAS COURRET : Une grande émotion et toujours le même émerveillement !

 

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DIEGO : Qu’apporte le film « Moonwalk One » de Théo KAMECKE vis à vis de cet évènement ? Avez-vous des précisions sur les conditions dont les images ont été obtenues ?

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : Le film de Théo KAMECKE est, je crois, le premier documentaire entièrement tourné en couleur sur une mission Apollo, et ses rushes ont servi et continuent de servir à quantité d’autres documentaires sur le sujet, qui parfois conservent même sa musique originale !

NICOLAS COURRET : Theo KAMECKE était payé par la NASA pour réaliser un film d’une heure montrant les préparatifs, le déroulement de la mission et l’impact qu’elle aurait sur l’Amérique et le monde. Il a eu ainsi accès à toutes les images de la NASA et en a filmé lui-même avec son équipe. Mais il ne s’est pas arrêté là : un an auparavant était sorti au cinéma « 2001 Odyssée de l’espace » de Stanley KUBRICK, et KAMECKE voulait donner un souffle épique, une dimension poétique et philosophique à son film. C’est précisément ce qui le rend magnifique : loin d’être un simple reportage, il interroge la portée symbolique de cet évènement et se permet au passage une mise en garde quant à ce que l’homme fait subir à sa propre planète (euh… Il y a 50 ans !) 

 

 

DIEGO : Pourquoi existe t’il plusieurs versions filmées (durées différentes) de ce film ?

NICOLAS COURRET : La version sortie en salles à l’époque durait environ 1h25 (la NASA – qui produisait le film – avait enlevé environ 15 minutes au montage initial de Théo KAMECKE le jugeant trop long et n’étant pas spécialement sensible à certaines envolées poétiques…)

La version sur laquelle nous travaillons est sortie en 2009, après un travail de restauration et dure 1h48 : le montage initial assorti d’autres séquences inédites. Ce n’est pas KAMECKE qui a supervisé ce travail mais il a été fait dans le sens souhaité par celui-ci : tout est bien qui finit bien !

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : Il me semble qu’il existe une version « courte » retaillée par la NASA mais qui n’a pas plu du tout au réalisateur (qui a laissé tomber la réalisation pour la sculpture !) et le « director’s cut » a été retrouvé miraculeusement à l’occasion de la préparation de l’excellent « In The Shadow of the Moon » de David SINGTON (2007). Néanmoins tout ceci reste à vérifier…

 

NICO 1

 

DIEGO : Sur la version originale de 1970, il y a peu de musique et beaucoup de commentaires du narrateur et des protagonistes. Comment adapte t’on musicalement ce genre de film ?

NICOLAS COURRET : Je suis parti de ma propre vision de cet évènement. Comme je le dis plus haut, la mission Apollo XI est dans mon imaginaire indissociable de tous les films et de la littérature SF que j’ai pu ingurgiter étant plus jeune. Je voulais donc « transformer » ce documentaire en Space Opéra, insuffler un peu de l’esprit de STAR TREK ou de FLASH GORDON dans cet évènement bien réel (si, si !) devenu mythique.

Par ailleurs, l’esthétique musicale que j’ai voulu développer est influencée par des groupes comme NEU, PINK FLOYD, AMON DÜÜL et toute la scène « Space Rock » ou « Kraut Rock » des années 70-80, groupes qui ont été eux-mêmes fortement inspirés par cet évènement et par la conquête spatiale de manière générale. J’aime cette idée de « ping-pong » esthétique.

Pour ce qui est de la voix off, elle est omniprésente dans la version originale du film, il aurait été compliqué (et pas forcément toujours intéressant) de tout garder mais je voulais en utiliser une partie, afin de conserver une trame narrative, explicative par moments ou plus lyrique et émouvante à d’autres moments. Je voulais une voix (et surtout pas de sous-titres qui auraient fait sortir le public de l’immersion souhaitée). Il me fallait pour cela traduire certains passages en Français et enregistrer « notre » narrateur : C’est Daniel PABOEUF (musicien avec qui David et moi jouons par ailleurs et qui a également produit notre premier album « Carnival Of Sounds« ) qui s’y est collé. A la base j’avais rêvé de la voix de Jean TOPART, malheureusement décédé depuis quelques années… Daniel – qui n’est pas comédien – a fait ça avec brio!

 

 

DIEGO : Qu’apporte une réorchestration musicale de ces images ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Avez-vous « carte blanche » ?

NICOLAS COURRET : Carte blanche absolue dans la mesure où ce n’est pas une commande : j’ai choisi le film et composé la bande son. Les seules restrictions que je me suis imposé étaient d’ordre stylistique, l’idée étant de trouver un « cadre » musical, une unité, d’emmener le film (et les spectateurs) à un endroit, celui dont je parle dans la réponse précédente. Quant à ce que peut apporter une ré-interprétation (même si ce serait plutôt aux spectateurs d’en parler), pour ma part c’est ce que je recherche en faisant ce travail : offrir un nouvel angle, une nouvelle perspective à un film. C’est ce que j’avais déjà fait sur le premier ciné-concert d’INVADERS sur le film « Carnival of Souls » : transporter un film des années 60 dans les années 80, en m’inspirant des musiques de John CARPENTER ou Angelo BADALAMENTI  (LYNCH et CARPENTER ayant été eux-mêmes fortement marqués par ce film… Il s’agit là encore de « ping-pong » esthétique !) Les ciné-concerts qui n’offrent pas de relecture et qui cherchent à « coller » à l’univers musical initial d’un film (voire carrément rejouer la BO originale) ne m’intéressent pas.

PIERRE EMMANUEL PAULIS : J’ai assisté en petit comité et donc en « intimité » à une présentation des INVADERS sur « Moonwalk One » et cette heure 40 m’a complètement extrait de la Terre pour m’emmener dans un autre monde qui m’a énormément ému. La symbiose entre la musique et les images ont emmené le double passionné que je suis (le rock et Apollo XI) dans une espèce de transe et d’émotion que j’avais peu ressenties auparavant. D’autant plus qu’il y a dans le film des images et séquences peu connues qui intéressent plus particulièrement les passionnés d’Apollo.
 
 
DIEGO : Lors d’un ciné-concert, les musiciens sont « acteurs » ou « spectateurs » ?
NICOLAS COURRET : Bonne question ! Sûrement un peu des deux. En tout cas, il ne faut surtout pas se laisser happer par le film et devenir totalement spectateur sinon c’est foutu… De mon point de vue, le film aurait plutôt un rôle de chef d’orchestre, nous devons quant à nous être très réactifs !
PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : Moi, en tant que spectateur, je trouve évidemment que les musiciens sont pleinement acteurs du film !
PIERRE EMMANUEL PAULIS : Bien sûr acteurs ! C’est la grande force du spectacle évidemment. Voir les musiciens jouer en direct en regardant les images, tournant donc quasi le dos aux spectateurs, se synchroniser entre eux et sur les images. Ce ne serait pas pareil si on regardait le film avec la musique uniquement diffusée.
 
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DIEGO : A ce jour, APOLLO XI est-il le programme spatial le plus ambitieux jamais réussi ?

NICOLAS COURRET : Je pense que oui, clairement, et quand on se penche un peu sur la façon dont tout cela a été fait, c’est proprement hallucinant : N’oublions pas que les ordinateurs qui ont servi pour cette mission étaient aussi puissants qu’une calculatrice actuelle !

PIERRE EMMANUEL PAULIS : Certainement. Il a fallu en peu de temps organiser un programme à partir de quasi rien, organiser le travail de 400 000 personnes, développer les technologies, les procédures, les installations … il n’y avait aucun précédent. 

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : Au vu des sommes englouties (l’équivalent de 100 milliards de dollars actuels), de l’effort industriel consacré, du délai incroyable de réalisation (le défi de Kennedy remonte à mai 1961, alors qu’aucun Américain n’avait encore jamais fait le tour de la Terre) et de la réelle difficulté technique du projet, la mission Apollo XI (et les suivantes) peut paraître inégalée aujourd’hui. Mais il y a plein d’autres programmes spatiaux incroyables qui ont également réussi, à commencer par celui de la station spatiale internationale, qui regroupe pas moins de 16 nations et permet une occupation permanente de l’orbite terrestre et des recherches de premier ordre en micropesanteur depuis bientôt 20 ans sans interruption. Je pense également aux programmes de positionnement par satellite (GPS aux Etats-Unis, Glonass en Chine, Beidou en Chine ou Galileo en Europe), sans qui tout une partie de notre économie ne pourrait pas fonctionner aujourd’hui !

 

 

DIEGO : Pourquoi l’homme n’est-il pas retourné sur la lune depuis décembre 1972 ? Les Chinois iront-ils un jour ?

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : Crises économiques, sociétales, guerre du Vietnam… L’argent, le nerf de la guerre, a fini par manquer et les priorités américaines ont radicalement changé une fois la course à la Lune remportée.

Oui, les Chinois prévoient de débarquer à leur tour sur la Lune d’ici 10 à 15 ans, ce qui a motivé probablement l’ancien président Donald TRUMP à y retourner rapidement. Mais, faute de réels budgets pour le mener à bien, l’actuel plan de la NASA pourrait faire « pschitt » d’ici quelques mois. En revanche, la Chine devrait aller au bout de ses grandes ambitions, en prenant son temps.

PIERRE EMMANUEL PAULIS : L’arrivée de l’Homme sur la Lune est le résultat d’une folle course technologique entre les Russes et les Américains dans le cadre de la guerre froide. Le contexte historique a changé ; les Américains avaient d’autres soucis et le programme Apollo coutait fort cher. C’est bien pour cela que les Américains veulent y retourner les premiers, afin de prendre les Chinois de court. Les Chinois y arriveront ils ? Les progrès sont lents mais ils avancent pas à pas …

NICOLAS COURRET : Peut-être pour des raisons budgétaires (liées aux différents chocs pétroliers) ! Ci-dessus Pierre-Emmanuel comme Pierre-François sont plus explicites… Concernant les Chinois : Aucune idée… Mais si c’est dans les tuyaux j’imagine qu’ils vont bien finir par y aller !

DAVID

 

DIEGO : La conquête de Mars, est-ce un avenir proche ou une utopie ?

NICOLAS COURRET : Je ne sais pas. J’ai tellement vu de films de SF dans lesquels l’homme colonisait Mars (ou l’inverse…) que j’ai l’impression que nous y sommes déjà allés, mais dans la réalité ça a l’air d’être bien compliqué… Je laisse la réponse aux spécialistes !

PIERRE EMMANUEL PAULIS : Un peu reporté à mon avis vu que les Américains ont choisi de prendre la Lune comme nouvel objectif prioritaire… mais il est clair que les sociétés spatiales privées telles Space X ou Blue Origin font la course pour l’atteindre au plus vite. Je pense que le privé arrivera sur Mars avant les agences spatiales gouvernementales.

PIERRE FRANÇOIS MOURIAUX : A mon sens – hélas ! –, l’homme sur Mars reste et restera encore TRÈS longtemps une belle utopie. D’une part, une telle entreprise va nécessiter des moyens financiers colossaux qu’aucune nation ne peut s’offrir seule, obligeant une large coopération internationale bien difficile à mettre en place et des temps de préparation nécessaires bien plus longs que la plupart des mandats électoraux des politiques concernés, probablement plus accaparés par les enjeux « terrestres » actuels, sociaux et climatiques… Le voyage vers Mars va ensuite poser des problèmes d’ordre technique encore jamais rencontrés : comment assurer la survie d’un équipage loin de la Terre durant deux ou trois ans ? Comment aménager et faire fonctionner une base martienne ? Rien ne se créée, rien ne se perd, tout se transforme, alors comment fait-on une fois arrivés sur place ? Evidemment, rien n’est insurmontable dans l’absolu mais à quel coût objectivement ?

 

DIEGO : Pour finir Nicolas, les membres d’EIFFEL ont-ils d’autres projets d’adaptation en ciné-concert ?

NICOLAS COURRET : J’ai d’autres idées en tête, bien sûr, mais INVADERS est un projet dédié à la musique à l’image au sens large, pas seulement au ciné-concert. Je pense à un BD-concert autour du travail de Jim WOODRING, un auteur que j’adore. INVADERS étant un groupe « à géométrie variable », je ne sais pas si Nikko sera des nôtres sur la prochaine création. L’univers musical développé étant directement lié à l’univers visuel, donc à chaque fois différent, tout reste ouvert. Ce principe offre une grande liberté, c’est ce que je recherche à travers ce projet.

DIEGO : Merci Messieurs pour cette vision très humaine et professionnelle des envahisseurs, de la Lune et de Mars. (rires)

  • Remerciements : Nico COURRET pour ta patience !
  • Photos : Diego 

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