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INTERVIEW #149 – BENABAR @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW BENABAR PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Bruno NICOLINI dit BENABAR est un artiste d’exception dans le paysage musical actuel Français. A 52 ans, le banlieusard s’est forgé une solide réputation scénique tant par ses interprétations parfois hilarantes qu’aux travers de textes recherchés relatant la vie quotidienne.
 
Populaire, l’auteur-compositeur-interprète n’oublie pas de rester sympathique et abordable comme a pu le constater Diego lors d’une récente interview au Pin Galant de Mérignac durant sa courte tournée « Les Indociles Heureux ».
 
Les photos sont de Loïc Cousin pour Musiques En Live.
 

DIEGO : Tout d’abord Bruno, tu as le bonjour de CALI et MIOSSEC qui sont des artistes de ton entourage proche que j’ai rencontrés il y a peu !
BENABAR : Merci, j’aime beaucoup Christophe (MIOSSEC) et je considère Bruno (CALI) comme un frangin !
 
DIEGO : Exactement ce qu’il m’a dit ! Le monde artistique a été à l’arrêt durant 2 années. « On Lâche Pas l’Affaire » titre de ton dernier album publié fin 2021 est-il le mot d’ordre actuel ?
BENABAR : Complètement ! J’ai l’impression que ce mot d’ordre fait écho chez les gens qui n’ont pas envie de se laisser aller. A chaque fois que tu regardes le journal, il y a une raison d’être encore plus triste ou malheureux et il ne faut pas lâcher l’affaire, aller de l’avant sans forcément être complaisant ou naïf.
Il faut être lucide sur l’état du monde et la mission d’un musicien est d’apporter du divertissement et de la poésie.
 
DIEGO : Tu es jovial, humaniste, conteur d’histoires, tu pratiques l’auto-dérision… comme dans ton titre « William & Jack » qui représente ces 4 qualités ?
BENABAR : Merci pour tes éloges ! Cette chanson compte beaucoup pour moi car les tempos sont variés et le texte rappelle la classe moyenne abordée sous un angle différent. Je me méfie des pseudos « chansons-engagées » qui doivent être bien faites visant un juste milieu qui n’est pas qualitatif. Tu peux avoir une chanson d’amour dite « moyenne » mais une chanson « engagée » doit être réussie sous peine d’avoir l’impression de donner des leçons.
« William & Jack » représente ce que je considère comme la classe moyenne et les deux Dalton du milieu dont on ne se rappelle jamais les prénoms sont une belle image. En sondant, j’ai constaté que généralement tout le monde connaissait Joe et Averell mais peu se souviennent de William et Jack.
 
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DIEGO : Je t’ai vu plusieurs fois en concert et me suis souvent fait cette remarque : N’es-tu pas un artiste à découvrir sur scène plutôt que sur disque ? Ma réflexion concerne le contenu de tes chansons qui se dévoilent en direct !
BENABAR : Ta réflexion me touche beaucoup car ce sont deux boulots parallèles mais différents. Lorsqu’on monte un concert avec les copains, l’objectif est de découvrir BENABAR en deux heures dans l’éventualité où un spectateur ne me connaitrait pas.
C’est le but principal d’un concert qui n’est pas toujours lié à un album et pas nécessairement la projection de celui-ci. Les deux sont indépendants car je considère un disque comme une recherche, un laboratoire intime qui mérite un maximum de précision. La scène est synonyme d’échanges, d’énergie.
 
DIEGO : Et tu as été productif car tu as sorti deux albums en moins d’un an ? Merci la COVID ?
BENABAR : Non on a bâclé ! (rires)
DIEGO : Je n’ai pas l’impression que tu as bâclé car ces deux disques vont ensemble et j’ai même une préférence pour « On Lâche Pas l’Affaire » par rapport à « Indocile Heureux ». Comme une suite logique qui aurait pu figurer sur un double album !
BENABAR : Merci. Il n’y avait pas de stratégie d’un double album et je ne pensais jamais avoir l’occasion d’enchainer deux disques en studio. En fait, l’ambiance avec Johan DALGAARD, Pierre-Yves LEBERT et Bertrand LAMBLOT était tellement bonne que j’ai proposé de repartir à zéro pour un nouveau disque, exceptée « Une Ame De Poète ». En aucun cas, le deuxième album sorti en 2021 comprend les « déchets » du premier ! J’en suis très heureux car sans cette pandémie, je n’en aurais pas eu l’occasion.
 
DIEGO : « Une Ame De Poète » est géniale ! Un titre hilarant et la touche de clavecin est très sympathique dans la version revisitée. L’enfance dans tes chansons est-elle un sujet récurrent ? 
BENABAR : C’est vrai que le sujet m’intéresse beaucoup d’autant plus que maintenant je parle de mes gosses ! Sous forme de chronique et sans nombrilisme, les enfants prennent une grande place dans la vie et en parlant d’eux, on parle de nous.
On sort des chansons d’amour pour s’empreindre de nostalgie et d’émotion. J’exploite éhontément mes gosses qui vivent largement sur ma SACEM depuis longtemps ! (rires)
 
DIEGO : Un juste retour des choses… changement de sujet dans tes textes avec un titre comme « Reviens Me Quitter » qui exprime le manque de courage dans un couple ?
BENABAR : Il y a deux parties : La première de Pierre-Yves LEBERT relatant le fait de ne pas quitter quelqu’un qui est malheureux. J’ai trouvé une deuxième partie influencée par BREL période « Ne Me Quitte Pas » complètement improvisée en studio. Avec Johaan au piano, les mots sont répétés et j’ai préféré relater la perte de contrôle d’une personne qui constate que l’amour qu’il porte n’est plus réciproque. C’est foireux et voué à l’échec…
 
DIEGO : On arrive aux funérailles relatées dans « Au Nom Du Temps Perdu » où tu es spectateur des obsèques d’un rival !
BENABAR : Oui. Cette chanson a plus de vingt ans ! Ce texte était pour Johnny et la chanson n’avait pas été retenue. J’avais imaginé le chanteur dans un style « western et viril » comme il l’était. J’en avais également parlé à Michel DELPECH qui faillit la chanter et le projet n’a pas abouti. J’hésitais à la ressortir car le profil « John WAYNE » ne me correspond pas naturellement mais Bertrand LAMBLOT m’a convaincu. Comme on dit souvent, il faut avoir l’âge du rôle… 20 ans après peut-être que j’incarne mieux ce personnage qui assiste à l’enterrement du mec qui lui a piqué sa femme !
 
DIEGO : Et une chanson comme « Les Filles De 40 ans » ne pourrait-elle pas être une réponse aux déclarations de Yann MOIX qui préfère les femmes jeunes… (rires)
BENABAR : Cette déclaration de Yann MOIX n’a pas assez d’importance pour moi ! Les femmes de plus de 40 ans pensent que les hommes sont plus attirés par des jeunes… peut-être vrai pour certains mais sûrement pas une généralité. Les femmes de 50 ans sont aussi sexy que celles de 25. Une société trop médiatisée créé ces raisonnements tronqués. Néanmoins, je comprends le parallèle que tu fais entre les déclarations de Yann MOIX et ma chanson même si l’une n’est pas une réponse à l’autre.
 

 
DIEGO : Tu as déjà repris des chansons de RENAUD comme « La Pêche à La Ligne ». Comment est née cette collaboration pour chanter en duo « Chez Les Corses » ?
BENABAR : RENAUD est un modèle incontournable pour nous tous ! Le hasard fait que nous nous voyons souvent car nous sommes voisins dans le Luberon. Il m’a présenté à ses copains Corses Philippe et Martial et nous relatons nos échanges avec eux dans cette chanson. Tout est autobiographique ! 
 
DIEGO : Une vie paisible et sympathique ! Autre sujet tellement réaliste dans une critique du monde médiatique : « C’était Quoi L’Info ». Cette chanson existait avant la COVID ?
BENABAR : Non c’est un titre COVID et je fais parti de ceux qui ont bouffé des infos du matin au soir durant la pandémie. Dans ce titre, je reconnais être coupable moi-même car rien ne m’oblige à regarder cette TV. Un rythme imposé par les chaines infos qui semble inhumain et probablement pas intelligent journalistiquement parlant.
 
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DIEGO : Tu as une formation initiale en qualité de scénariste, comment considères-tu qu’une chanson est achevée ?
Un scénariste cherche toujours à faire mieux et revois plusieurs fois sa copie… 
BENABAR : Exactement ! Sur le dernier album je suis retourné en studio après l’enregistrement pour changer deux mots sur une chanson. Jusqu’au bout on essaie d’être le plus précis possible. Lorsque j’enregistre les voix, il y a des bouts de textes partout et je corrige en permanence et retravaille mes titres. J’affine dans un but d’efficacité, c’est une notion que j’aime notamment dans un monde artistique. Je m’inspire des écrivains réalistes du XIXème siècle qui racontent pour transmettre une émotion dans un but précis. 
 
DIEGO : Retour en 2001 : Quels souvenirs conserves-tu des premières parties d’Henri SALVADOR ?
BENABAR : Des souvenirs émus… Henri a été un accélérateur de carrière dans le sens commercial et il m’a permis de me professionnaliser après m’être produit uniquement dans des bistrots. A cette époque j’étais encore indécis sur mon avenir qui ballotait entre la musique et l’écriture de scénarios. En toute modestie, j’ai eu le sentiment d’un passage de flambeau « me donnant l’autorisation » de monter sur scène alors que j’étais issu d’une classe moyenne sans connaissance particulière du monde musical. Il a été comme un cap à passer sans frustration ni complexe. On peut retrouver ce sentiment dans les lecteurs qui n’osent pas s’aventurer dans des classiques littéraires pensant que l’auteur sera trop compliqué pour eux… BALZAC, DUMAS, MAUPASSANT sont à la portée de tous ! Ne pas croire les gens qui vous font passer pour des cons ! Ce n’est pas réservé aux bobos comme les sushis ne sont pas interdits aux paysans ! (rires)
Henri SALVADOR a débloqué ce complexe en moi.
 

 
DIEGO : Tu as enregistré pas mal de reprises souvent pour la télé mais n’as jamais publié d’album dédié ?
BENABAR : Non, on m’avait proposé plusieurs trucs et je n’ai pas accroché. Il y a eu une mode et tous les artistes reprenaient tout et n’importe quoi ! Le seul valable est CALI qui a repris FERRÉ ! Tout ce que fait Bruno est forcément bien !
 
DIEGO : Album sorti en 2018 et très réussi ! 
BENABAR : Il était très investi et n’a pas été sollicité par une maison de disques !
DIEGO : Maintenant il est déguisé en cowboy pour sa nouvelle tournée ! Quelles sont tes références pop années 80 ?
BENABAR : On peut entendre une influence THE CURE sur le titre « Les Belles Histoires » émanant de Régis CECCARELLI qui l’a réalisé. J’adore le ABBA des années 70 avec beaucoup de choeurs, comme toute cette variété abondante de l’époque.
Pour revenir à ta question, j’adorais CROWDED HOUSE !
DIEGO : Superbe ! « Fall At Your Feet », « Instinct » et « Don’t Dream It’s Over » repris par Paul YOUNG ! Le groupe des frères FINN !
BENABAR : Un groupe Australien dénigré… je suis également un admirateur de Robert PALMER, Etienne DAHO et LES NEGRESSES VERTES qui me savent fan.
 
DIEGO : Le hasard fait que j’ai eu récemment Stéphane MELINO des NEGRESSES VERTES pour leur nouvelle tournée et une future interview programmée ! Dernière question et habituelle, quels sont tes meilleurs souvenirs de concerts en temps que spectateur ?
BENABAR : J’ai un souvenir ému de TOM WAITS au Grand Rex de Paris il y a quelques années. Autre concert d’une artiste que j’estime, LA GRANDE SOPHIE au Bataclan. Je suis un grand fan et elle m’avait touchée en mélangeant sa féminité, son rock, ses références, sa timidité et son indépendance. Probablement le concert le plus singulier auquel j’ai assisté.
 
DIEGO : Deux beaux artistes totalement différents. Merci beaucoup Bruno pour cet instant.
BENABAR : Merci Diego
 
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  • Remerciements : Mathilde RETAILLEAU / l’équipe du Pin Galant
  • Photos : Loïc Cousin
  • Relecture : Jacky G.

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