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INTERVIEW MANUSCRITE #65 – VLADIMIR COSMA @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW DE VLADIMIR COSMA PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

Vladimir Cosma est l’un des plus grands compositeurs de musiques de films Français. « Les Aventures De Rabbi Jacob », « La Boum », « Diva », « Le Grand Blond Avec Une Chaussure Noire » et « L’Aile Ou La Cuisse » sont une infime partie des bandes originales que l’artiste d’origine Roumaine a écrit pour le cinéma depuis 1968 lorsqu’ Yves Robert le contacta pour « Alexandre Le Bienheureux » en remplacement de Michel Legrand. Vladimir Cosma qui se produira au Grand Rex Parisien du 4 au 6 septembre 2020 a accepté de répondre aux questions de Diego pour Musiques En Live. Ce dernier remercie chaleureusement Madame Menant pour sa sympathie et l’accès possible avec l’artiste.

DIEGO*ON*THE*ROCKS : M.Cosma, quelle incidence a l’infection sanitaire actuelle sur le monde artistique et les intermittents du spectacle ?

VLADIMIR COSMA : En dehors des problèmes sanitaires qui concernent tout le monde, il est difficile d’évaluer quelles catégories de métiers sont le plus touchées par ce virus. La conséquence directe sur le travail concerne les concerts, le théâtre et les festivals qui sont suspendus et annulés. C’est inattendu et embêtant pour tous les acteurs qui gravitent autour du monde du spectacle.  

DIEGO*ON*THE*ROCKS: Après vos concerts au Grand Rex de 2005, 2014 et 2019, vous deviez vous produire courant avril 2020. Qu’en est-il ?

VLADIMIR COSMA: Les 3 concerts prévus fin avril sont reportés du 4 au 6 septembre 2020 à Paris. Je réserve à mon public un programme différent des années précédentes incluant de nouveaux solistes. Je vous annonce qu’il y aura les Kids United qui interpréteront « Les Mondes Engloutis » (de 1985) qu’ils ont sorti dans leur dernier album ainsi que le duo féminin Brigitte qui chantera une pièce de « La Boum » (de 1980) inédite en concert. J’ai également d’autres surprises et invités prévus que le public découvrira en septembre.

DIEGO*ON*THE*ROCKS: Dans votre immense discographie, n’est-il pas trop difficile de choisir les titres que vous allez jouer en public ?

VLADIMIR COSMA : C’est facile et difficile. Facile car beaucoup de musiques sont très connues et attendues par le public, malheureusement je ne peux pas faire des concerts de plus de deux heures sachant que les gens doivent rentrer chez eux! Je ne peux prolonger à l’infini un concert sachant que je me prête au jeu des dédicaces. C’est difficile car je suis obligé de jouer certaines pièces. « La Boum », « Le Grand Blond » et « Rabbi Jacob » sont attendues par les spectateurs, je ne peux pas tromper les gens. Il faut inclure des titres connus tout en apportant des différences, que ce soit par l’apport de solistes mais également par des arrangements différents. Par exemple pour « Le Grand Blond Avec Une Chaussure Noire », je l’ai jouée avec un groupe de DJ apportant une couleur différente sans perdre celle d’origine. Ce renouveau contribue aux variétés actuelles. Néanmoins, j’essaie de varier dans ces nouveaux concerts les pièces qui ont été moins mises en avant que les autres ou jamais interprétées. C’est le cas de « La Gloire De Mon Père » que je n’ai pas joué depuis très longtemps contrairement à « La Valse d’Augustine » que l’on retrouve dans « Le Château De Ma Mère ». J’arrive à effectuer un renouvellement même avec des choses connues.

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Un compositeur de bande originale est une personne qui travaille dans l’ombre. N’est-ce pas une récompense ultime de pouvoir interpréter vos musiques devant votre public ?

VLADIMIR COSMA : C’est une forme de récompense. Certains compositeurs sont contents de ne pas paraître et d’être joués sans êtes reconnus! Personnellement, au début de ma carrière je ne paraissais ni en télévision ni en radio et ne faisais pas d’interview. Au fil du temps, le public demandait ma présence pour diriger des pièces. J’avais peur et ai commencé à réécrire mes musiques pour des versions concerts car l’interprétation change. La durée et les textes font la différence. Après vous êtes seul avec votre musique devant le public. J’ai aimé réécrire mes musiques qui durent initialement moins d’une minute dans le film et qui doivent devenir des pièces de 4 à 9 minutes en concert. Cette construction est intéressante et importante. Il s’agit d’une expression différente uniquement possible en concert. Les organisateurs et le public m’ont encouragé à le faire. Peu de compositeurs de B.O. sont visibles et s’exposent en live. Des artistes comme Ennio Morricone et Michel Legrand ont commencé à se produire sur scène et sont devenus les premiers.

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Est-il difficile d’arranger vos musiques compte tenu du nombre importants de musiciens, choristes et solistes qui vous accompagnent ?

VLADIMIR COSMA : C’est la contrainte primordiale du concert. J’ai pris le parti d’avoir une richesse d’expression scénique et 180 artistes m’accompagnent dans cette aventure. A ce jour, les musiciens sont souvent seuls en studio et se produire devant un public est une vraie expérience. Nous n’avons pas de protection et toute fausse note est décelée! La musique est un art difficile!

Le chef d’orchestre VLADIMIR COSMA au théatre du Chatelet à Paris le 2/02/10 Photo Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro

DIEGO*ON*THE*ROCKS : D’autant plus que vous faites partie de ce que l’on appelle « l’ancienne école », celle des pianos et violons et non pas des ordinateurs!

 VLADIMIR COSMA : Voilà! Ceci dit j’inclus les instruments électroniques dans mes compositions. Je suis dans les premiers à avoir intégré des synthétiseurs en France dans « Rabbi Jacob ». Le thème principal est constitué de deux trompettes qui sont en doublon avec un synthétiseur au service de la musique. On ne les entend pas précisément mais ils sont là! Les scènes de Louis De Funès dans l’usine de chewing-gum sont faites musicalement à base de synthétiseur. 

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Lorsque vous composez des musiques de films, vous allez sur les lieux du tournage pour vous imprégner du scénario ?

VLADIMIR COSMA : Ce n’est pas indispensable. Beaucoup de mes musiques sont écrites avant le tournage. Pour revenir à « Rabbi Jacob », la danse Juive de De Funès a été écrite bien avant le tournage du film car la musique était indispensable à cette scène. Je ne pouvais donc pas m’inspirer des lieux! Pareil pour les scènes d’opéra dans « Diva », idem pour « La Boum ». Parfois c’est le réalisateur qui s’adapte à ma musique. 

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Certains films ont été plus difficiles à mettre en musique que d’autres ?

 VLADIMIR COSMA: Par exemple « La Gloire De Mon Père » a été rude à écrire. Le sujet racontait l’enfance de Pagnol et je voulais éviter deux pièges primordiaux : Le premier de ne pas faire de musique enfantine en rapport avec le scénario. Le deuxième de ne pas faire une musique typique Marseillaise avec fifres et tambours. J’ai eu beaucoup de mal à trouver une direction pour composer une musique qui représentait la Provence en évitant les clichés. L’action se passant dans les années 1920-1930, la musique la plus logique était le folklore Espagnol, Méditerranéen. Voire même Ravel avec le « Boléro », Chabrier avec « España » ou Debussy! Cette musique était très riche. Petit à petit, j’ai voulu m’inspirer de cette ambiance en composant un habanera, une danse Espagnole prisée à l’époque. Pour la moderniser car les acteurs étaient en costumes, j’ai injecté des bruits de cigales pour la rythmique et les percussions. J’ai enregistré moi-même ces cigales vers Aubagne et samplé leurs chants. Cela donne une couleur originale à la musique et pour revenir à votre question, j’ai eu beaucoup de mal à trouver cette idée car il m’a fallu deux ou trois mois pour la concrétiser. 

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Certains réalisateurs sont plus dociles que d’autres ?

 VLADIMIR COSMA : Les plus dérangeants sont ceux qui croient connaitre la musique en ayant des goûts particuliers et pensent « savoir ». Ils ne sont pas compositeurs et leurs idées vous empêchent d’exprimer votre propre personnalité. Ils viennent avec leurs exemples et si vous les suivez, vous réalisez une copie améliorée des modèles proposés! Ce n’est pas de la composition et parfois il est difficile de leur faire comprendre! 

DIEGO*ON*THE*ROCKS : J’imagine! Vous côtoyez encore vos homologues réalisateurs ?

 VLADIMIR COSMA: Oui mais souvent par l’esprit car beaucoup ne sont plus vivants! Claude Pinoteau et Gérard Oury par exemple! Francis Weber vit à Los Angeles et je n’ai pas souvent l’occasion de le voir. Je croise plutôt les jeunes réalisateurs.

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Je vous demande une faveur mais auriez-vous un souvenir particulier à me raconter sur Coluche ?

VLADIMIR COSMA : Concernant Coluche, j’ai fait la musique de son premier film bien avant « Banzaï » et « Inspecteur La Bavure ». Il s’agit de son unique réalisation en 1979 et cela s’appelait « Vous N’Aurez Pas l’Alsace Et La Lorraine ». Pour ce film, c’est Serge Gainsbourg qui devait écrire la bande originale mais j’ai été appelé en urgence pour le remplacer car Gainsbourg avait décidé d’accompagner Jane Birkin en Egypte sur le tournage du film « Mort Sur Le Nil ». Il s’est décommandé au dernier moment et a conseillé à la production de me demander de composer car j’étais « rapide ». Ce dépannage d’urgence s’est fait en une semaine et j’ai rencontré Coluche à ce moment. Lorsqu’on s’est revus sur les tournages de Claude Zidi, nous allions voir les rushes des films et Coluche faisait tout le temps des commentaires comiques sur les images tournées la veille qui étaient hilarants! C’était un personnage extraordinaire. 

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Outre vos prochains concerts au Grand Rex Parisien en septembre, avez-vous une autre actualité ?

VLADIMIR COSMA : Actuellement tout est reporté de quelques mois alors que j’avais des enregistrements prévus. Sinon je prépare un nouveau coffret concernant mes bandes originales de films. Trois ont été précédemment publiés dans le commerce comprenant chacun 40 ou 50 films, je travaille sur le 4ème volume durant ce confinement. L’idéal aurait été qu’il soit disponible fin avril pour les dates initiales de concerts prévus à Paris. Si je travaille bien, il sera prêt pour septembre! (rires)

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DIEGO*ON*THE*ROCKS: M.Cosma, avez-vous des regrets dans votre carrière musicale ?

VLADIMIR COSMA : Bien entendu. J’ai raté deux opportunités durant ma carrière. La première concernant les films de Robert Lamoureux sur la trilogie de la « 7ème Compagnie ». On me l’a proposé et je travaillais pour Gérard Oury en étant catalogué « musiques populaires Françaises ». Les films concernant la « 7ème Compagnie » étaient un peu plus légers, moins grand spectacle que ceux de Zidi, Oury ou Pierre Richard. On m’a déconseillé de les faire et j’ai eu tort d’écouter ces gens et de ne pas travailler sur « Mais Où Est Donc Passée La 7ème Compagnie ? ». Je le regrette.

Mon deuxième regret concerne la série de films « Conan Le Barbare » avec Arnold Schwarzenegger. Le producteur Dino De Laurentiis m’a proposé en 1982 de composer la musique, j’avais signé le contrat et préparé mes valises mais j’ai une peur terrible de prendre l’avion. Encore plus peur de l’avion que du Coronavirus! (rires) Au dernier moment je n’ai pas eu le courage et ai annulé. J’ai renoncé à m’établir en Amérique.

DIEGO*ON*THE*ROCKS : Effectivement votre carrière aurait été bien différente!

VLADIMIR COSMA : Certes mais ayant déjà immigré de Roumanie en France, ce n’est pas grave. Je ne voulais pas nécessairement quitter la France qui est un pays que j’aime, même pour une carrière différente. Et cela vous évite de m’appeler à Los Angeles! (rires)

DIEGO*ON*THE*ROCKS: Exactement! D’ailleurs vous avez déjà rencontré vos homologues étrangers qui composent des bandes originales de films ? Je pense à l’ancienne génération.

 VLADIMIR COSMA : J’ai rencontré John Barry dans un festival de musique de films en Pologne. Également Ennio Morricone, nous nous sommes croisés plusieurs fois et avons encore passé une soirée ensemble l’an dernier. Oui il m’arrive de passer du temps avec quelques-uns de mes homologues, souvent lors de festivals. Les programmations font que l’on se croise, comme avec l’Argentin Lalo Schifrin, tantôt c’est lui qui commence les festivités et moi qui clôture, tantôt c’est le contraire!

DIEGO*ON*THE*ROCKS : M.Cosma, merci infiniment d’avoir accordé votre temps précieux à Musiques En Live pour cette interview. Prenez soin de vous durant ce confinement!

 VLADIMIR COSMA : Merci, vous aussi! Je compte sur Dieu qui nous protège. Au revoir.

Remerciements : Patricia Menant.

Relecture : Florence R.

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