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Fabrice Luchini lit les fables de La Fontaine @Franck Hercent

Confiné aux confins du fin 

Affable Luchini. Pour notre plus grand plaisir, Fabrice Luchini lit pendant cette période de confinement Les Fables de La Fontaine. Et ce que l’on aime chez lui, c’est qu’à chaque fois qu’il les lit c’est l’hallu…

fullsizeoutput b35Mais évidemment l’énigme luchinienne tient bien dans un au-delà du lu. Tous ceux qui l’on vu sur scène le savent. Et c’est là qu’il faut le voir car il aime murmurer à l’oreille. La lecture est un point de départ. Une référence ; une révérence. Mais, bien vite, la bête de scène prend le dessus. La citation génère le génie de l’improvisation. Et ce terme est bien trop usité d’ailleurs -galvaudé. L’improvisation, rappelons-le, ne consiste en rien à dire de l’à-peu-près. Encore moins en d’hasardeuses platitudes. Rien à voir non plus avec le divertissement pascalien. L’improvisation s’atteint au terme d’une ascension préalable. L’aphorisme est son sommet. L’improvisation, c’est la capacité à créer un scénario une fois que tous les autres sont connus… C’est parler d’où personne ne parle. C’est faire jaillir du particulier l’universel. C’est créer du « nouveau » pour citer Baudelaire dont quelques chefs-d’oeuvre incontournables concluent le magnifique ouvrage CD que tout un chacun devrait avoir dans sa bibliothèque : « Variations ». Improviser, c’est inventer un verbe poétique.

Variations.« C’est fin La Fontaine, c’est fin, c’est ça, puis c’est tout. C’est final. » prévient l’épigraphe de l’ouvrage. Luchini aime par dessus-tout la musicalité de la phrase flaubertienne, proustienne, hugolienne, rimbaldienne… Explique Valéry : « La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie ». Fait passer la phrase du subsonique au transsonique. « C’est énorme…! » Parle de Deleuze, de Girard, de Marcuse, de Brassens, de Barthes. Blague, provoque l’hilarité. Il joue Molière. Monte à cheval sur scène, danse et chante en alexandrin tel le candide Perceval du Moyen-Age. Mais le paradoxe du paradoxe luchinien, c’est qu’il n’est pas comédien. Il a lu pour être lui. « On ne peut aller à l’Autre que quand on se connaît…» rappelle-t-il. « Le grand acteur est comme le poète : il va sans cesse puiser dans le fond inépuisable de la nature » disait déjà Diderot.

Pour autant, ça n’a pas été facile. La poésie ne fait pas recette ; elle mène aux Dieux mais rarement aux hommes, c’est bien connu ! Passage obligé sur son parcours, son passé d’apprenti coiffeur dans lequel on voudrait le fixer… Il suffit de lire les critiques pour se convaincre de ce qu’ils disaient à l’époque… Le Zoïle est toujours prêt à sonner l’hallali… Prononçant ses oukases névrotiques. Le Zoïle est bien plus Thénardier que Jean Valjean. Un filousophe. C’est l’homme du ressentiment chez Nietzsche. Comment ce Luchini peut-il mieux parler de poésie qu’un universitaire ? Et toujours sur scène cette magie. Cette volonté de transmettre l’élévation poétique : la fulgurance des lettres : le poids de la plume. Des milliers d’heures en solo. Un coeur swing. Paris Match titre « Luchini : le prof des français ». Luchini au festival de Cannes… Luchini à Avignon… Luchini à l’Académie française… Luchini aux césars… Luchini anthropologue sur la plage… Luchini fait de l’Ekphrasis au Louvre, cet art de décrire les oeuvres… 

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Nous étions, le vendredi 1° novembre, confinés dans le théâtre Fémina à Bordeaux pour écouter son nouveau spectacle « Les écrivains parlent d’argent ». Mr Luchini réveillant la Belle endormie au son de la Poésie… Soirée mémorable. Il nous contenait tous… Celle de son anniversaire qui plus est. Standing ovation. Sans conteste, une des meilleures de l’année. Freud, Peguy, Zola, Marx, les économistes et cet avertissement sur la crise probable… Tout y passa. Foi d’animal. Intérêt et principal. Les bons mots sur le mal vrai… Il  s’agissait moins de jouer les Cassandre que de dire la vérité d’un monde au bord de la crise financière, écologique et sanitaire. La fin d’un monde immonde. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Nie qui l’eût lu…

Le vent, c’est de l’argent 1420479143 photo hd 22420

C’est de l’or, mieux… de l’air !

C’est le plus exigeant

Des arts élémentaires.

*

Il est à la fois par… 

Tout et insaisissable…

Tout en étant nulle part…

– Par trop indispensable….





LuchiniEn cette période, Fabrice a gardé l’esprit de finesse et n’a pas les idées confinées. Il nous tient compagnie avec le fabuleux fabuliste. La définition d’une bonne histoire pour lui c’est comme une bonne partition : « drôlerie, gravité et comique ». Ce mélomane n’aime pas tant les mots que leur « agencement ».  La concaténation comme on dit en sciences de l’éducation. La Fontaine, pour Fabrice, c’est « l’éblouissement de la contrainte et de la liberté. » Une sonorité. Rythme, prosodie, souffle.

Franck Hercent

              Retrouvez les livres de Franck Hercent « oflo » aux éditions Edilivre et sur franckoflo.com

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