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INTERVIEW MANUSCRITE #42 – LORAN de BERURIER NOIR @ DIEGO ON THE ROCKS

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INTERVIEW DE LORAN – BÉRURIER NOIR – PAR DIEGO*ON*THE*ROCKS

BÉRURIER NOIR est le groupe punk majeur Français des années 80. Composé de LORAN et FANFAN, le duo qui s’entourait d’une boite à rythmes et de nombreux danseurs sur scène a composé 4 albums entre 1983 et 1989 (+1 lors d’une réformation dans les années 2000). L’apogée de leur carrière auto-destructrice fut 3 soirées à l’Olympia les 9, 10 et 11 novembre 1989 permettant de saborder l’ovni musical que ces jeunes avaient involontairement créé pour le plus grand plaisir des rebelles Parisiens et autochtones. « Viva Bertaga » est le disque qui rend hommage à ces derniers concerts synonymes de feu et nuits noires. LORAN a accepté de répondre aux questions de DIEGO et a généreusement fourni deux photos de sa collection personnelle, dont celle avec SHULTZ de PARABELLUM malheureusement disparu en 2014. Le guitariste de BxN mais aussi des RAMONEURS DE MENHIRS revient sur ses années 80’s et certaines chansons qui ont marqué le paysage rock Français.


DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Pour nos jeunes lecteurs, peux tu expliquer comment tu as connu François dit FANFAN pour former BERURIER NOIR ?
LORAN BÉRU : On se connait depuis très longtemps! Avant BERURIER NOIR tu as eu BERURIER et nous jouions en banlieue-est vers Nogent Sur Marne du punk rock. Avant à 16 ans nous avions fondé AEP qui signifiait ACTE ENERGIE PERDUE. On appelait cela de l’action directe et artistique, nous faisions des interventions dans le métro et la rue. Le thème était : « La viande hurle dans ma mémoire ». J’étais déjà dans le vrai car je suis végétarien depuis 30 ans! Je pense qu’on se posait déjà les bonnes questions à l’époque. Donc avec François nous nous sommes connus avant de jouer de la musique. Dans les années 70, nous nous sommes croisés vers le Palace à Paris où les punks se retrouvaient. C’est une très longue histoire d’amitié.

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Et BERURIER NOIR s’est formé sur une séparation ?
LORAN BÉRU : C’est ça! J’avais un groupe qui s’appelait GUERNICA. J’ai été amené à remplacer un guitariste qui avait des problèmes d’alcool et qui a été interné en HP. Nous avions une petite boutique dans le 13ème arrondissement qui s’appelait « L’abattoir ». Je faisais partie d’une génération punk qui n’était pas que musicale. Il y avait des graphistes, nous faisions des pochoirs et écoutions OBERKAMPFT qui chantait « Couleur Sur Paris ». La fin des années 70 marquait un mécontentement contre l’état avec LA BANDE A BAADER et la ROTE ARMEE FRAKTION en Allemagne, les BRIGADES ROUGES en Italie (BRIGADE ROSSE) et ACTION DIRECTE en France. Le punk rock était ultra politisé avec un côté artistique qui marque la continuité de la mouvance DADA (NdA : négativisme émanant de Suisse en 1916).

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : D’ailleurs il me semble que tu as été viré de ton bahut suite à l’assassinat de MESRINE ?
LORAN BÉRU : C’est ça! J’ai fais un appel à la grève suite au massacre de MESRINE. J’avais fait un appel à la TV et me suis fait viré de mon école. Par la suite j’ai du aller bosser à l’usine, j’avais 16 ans. Je me suis émancipé, j’ai eu un peu de thunes et ai pu acheter un ampli, une guitare et c’était parti!

BERURIER NOIR MANIFESTE

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : La chanson « Manifeste » issue du premier album de BERURIER NOIR n’est-elle pas d’actualité plus que jamais en 2019 ?
LORAN BÉRU : Malheureusement oui! Les textes des BÉRUS restent d’actualité. Le côté noir est qu’on gratte le voile que nous avons sur les yeux. C’est hallucinant qu’un truc que nous dénoncions il y a 30 ans comme la montée de l’extrême droite ou l’écologie soient encore à l’ordre du jour. Il s’agissait d’évidences.
Je ne me suis jamais associé au fait que les punks crachent à la gueule des hippies alors que c’était normal dans les 70’s. Il faut différencier les babas cool et les hippies. C’est comme si on voyait pas la différence entre les skins-head et les punks!!! Pour moi les hippies sont les jeunes des 60’s qui ont compris que le capitalisme nous menait droit dans le mur. Ils ont fait le choix de soutenir les Amérindiens et de vivre dans les tipis. Elever les animaux sainement et cultiver bio, cela existait déjà et reflète une vision du monde qu’on retrouve maintenant.
Nous sommes issus du monde industriel et le punk était contestataire. C’est la raison pour laquelle les BÉRUS sont restés dans la mémoire des gens. N’ayant pas d’égos disproportionnés, c’est en arrêtant les BÉRUS qu’on s’est rendu compte de l’impact du groupe.

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : L’album « Concerto Pour détraqués » en 1985 est votre apogée musicale. En es-tu nostalgique ou fier ?
LORAN BÉRU : Pas fier car les BÉRUS ce n’est pas qu’un groupe. Nous avons stoppé le groupe pour continuer à s’aimer et pas parce qu’on s’aimait plus! Je suis régulièrement en contact avec François. Notre auto-gestion était contradictoire avec l’éventualité d’être le fer de lance ou la locomotive d’un système. Pas de leader, pas de fanatisme. BxN représente les organisateurs et les associations qui allaient à l’encontre de l’état pensant que nous mettions les villes a feu et à sang. Le public nous suivait partout et les BÉRUS ont un esprit convivial rassemblant ces entités alternatives représentées par des fanzines, labels et associations.

Dans BERURIER NOIR nous avions un deal avec les associations : Dès que notre concert commençait, les portes s’ouvraient pour ceux qui n’avaient pas de place. Nous avons perpétué cette tradition malgré la réticence de certains organisateurs qui pensaient perdre de l’argent. Ceux qui ne peuvent pas rentrer préfèreront se payer une bière et ils représentaient 20 ou 30 personnes par concert. Pour moi c’était très important d’agir ainsi. Je pense que tous les concerts devraient être gratuits. Si t’as 20 balles pour aller à un concert et que l’entrée coute 15, il ne te reste que 5 pour la binouze! Si l’entrée est gratuite tu mettras 20 balles dans les bières! Au résultat t’as juste l’impression de ne pas être une vache à lait. Le prix actuel des places permet une sélection naturelle inadmissible.

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : En novembre 1989 vous aviez ouvert les portes de l’Olympia en début de concert ?
LORAN BÉRU : C’était une tradition, nous n’avions aucun plan de carrière et pas d’enrichissement prévu. Nous bossions à côté pour ne pas dépendre des BÉRUS. Depuis 42 ans, j’ai toujours été indépendant, jamais intermittent. L’intermittence sert à que les artistes soient de bons petits soldats. La différence entre les pirates et les corsaires c’est que les pirates ne roulent pas pour le roi!

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Votre musique n’avait pas pour vocation de rencontrer le succès ?
LORAN BÉRU : Non. Le délire du punk était si ça marche, c’est pourri! Dans les 80’s, les groupes ne se ressemblaient pas et avaient une identité. Aujourd’hui ils font tous la même chose, tapent dans les mains et s’assoient, crient « OhOh » et « AhAh »… c’est de la merde! On se croirait chez Jacques MARTIN! Les groupes coachés n’ont aucune identité.
La richesse culturelle des 80’s venait de sa diversité. BÉRUS, PARABELLUM, WASHINGTON DEAD CATS, WAMPAS, LES ENDIMANCHÉS, OTH, BABYLON FIGHTERS… aucun ne ressemblait à l’autre. A l’époque des BÉRUS, nous n’avons jamais sorti de tee-shirt à imprimer! Le tee-shirt devait être unique et personnel! Déjà que sortir des disques était chiant! Nous le faisions uniquement pour se faire un peu connaitre. Nos tee-shirts sont apparus après la séparation du groupe!

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Avec François comment composiez-vous un morceau dans les 80’s ? Dédé (la boite à rythmes) vous guidait ? (rires)
LORAN BÉRU : François passe son temps à écrire. Il a toujours son carnet avec lui. Je lisais ses textes et lorsque cela faisait tilt, ça partait. Sinon je délirais avec ma gratte et Dédé, le temps de chercher un riff François écrivait un texte. Nous allions très vite. A la fin du groupe, nous pensions que l’idée de prendre trop de temps et de faire découvrir un morceau à 50 000 personnes susceptibles de t’écouter était nuisible. Nous ne voulions pas faire d’auto-plagiat ni d’auto-censure. Ne pas devenir politiquement correct. L’ambiguité est importante… je te raconte une anecdote : tu me parles de « Concerto Pour Détraqués » qui est l’album qui représente le mieux BERURIER NOIR. A cette époque les disques étaient des vinyls de deux faces. Sur la première tu trouves « Hélène Et Le Sang » racontant l’histoire vraie d’une copine qui s’est fait violer. Sur l’autre, « Le Renard » qui parle d’un violeur de bourgeois. 34 ans après on ne m’a jamais parlé de l’ambiguïté de ces deux chansons sur un même disque! Nous mettions des mines à retardement dans nos albums pour voir les réactions. Sans réaction, tu te demandes si les gens écoutent les textes des BÉRUS! (rires)

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Le passage à l’Olympia de Paris en novembre 1989, c’est le triomphe du cirque musical dans la plus belle salle Parisienne pour dire adieu ?
LORAN BÉRU : Evidemment pour nous c’était mythique. A l’époque nous étions quasiment 25 et cela a été l’occasion d’inviter toutes les mères des personnes présentes. Je me souviens, il y avait ce qu’on appelle le « poulailler » au dessus de la scène avec les personnes importantes qui y étaient pour ne pas se mélanger au peuple. Nous on a mis toutes nos mamans là! Geste fort et c’était la première fois qu’un groupe indépendant n’ayant aucune major-company sans promotion de presse remplisse trois soirs de suite ce lieu. Pareil pour le zénith Parisien que nous avons rempli un an auparavant. Pour l’Olympia on a fait 10 000 personnes en trois jours, il y avait beaucoup de monde dehors!

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : BERURIER NOIR à l’Olympia c’est la jeunesse qui monte sur scène ?
LORAN BÉRU : Ouais! Les images tournées à l’époque ont laissé une trace historique. Ce concert est une référence pour nos fans.

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Tu as fini ces trois jours dans quel état physique ?
LORAN BÉRU : C’est pas physique mais plutôt mental. Nous avions décidé d’arrêter depuis un an. Nous avons tourné au Québec, en Belgique, en Suisse et dans tout l’hexagone. Nous avions un compte à rebours et l’Olympia était le dernier. J’ai eu un sentiment de grand vide. Je me suis posé la question de continuer la musique ou pas. J’ai acheté un camion et je suis parti à la montagne. J’ai rencontré plein de gens. J’ai fais plein d’autres groupes entre BERURIER NOIR et les RAMONEURS DE MENHIRS. Tous étaient différents et je n’ai jamais voulu être dans la continuité des BÉRUS. BxN est unique et ne ressemble ni à CLASH ni aux SEX PISTOLS! C’est pareil pour les RAMONEURS DE MENHIRS.
TRAUMATISME, ZE6 (avec KICK de STRYCHNINE) et GUERNICA avaient leur propre identité, c’est important.

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Tu joues des titres des BÉRUS avec les RAMONEURS ?
LORAN BÉRU : Oui! On les reprend à la sauce Bretonne car nous avons des sonneurs, un biniou et une bombarde. Lorsqu’on a le temps, on joue BERURIER NOIR pour faire plaisir aux gens et pour moi aussi! Sans être nostalgique, je dis souvent aux gens : « Les BÉRUS c’est comme le LSD, c’est bien mais faut pas rester bloqué! » (rires)

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : 4 albums avec les RAMONEURS DE MENHIRS, c’est quoi la suite ?
LORAN BÉRU : Nous sommes en préparation pour la sortie d’un cinquième album. Concernant les concerts, nous sommes en tournée permanente. Nous avons fait le choix de privilégier les shows, on en fait environ 80 par an. Si tu ajoutes la route, les répétitions et la vie de famille, peu de temps pour enregistrer des disques. Nous n’avons pas de date de sortie à annoncer mais ce disque parlera d’écologie. Le titre provisoire est « Mamm Douar » qui veut dire « Terre Mère » en Breton. J’ai de la peine du peu de réactions des gens concernant l’écologie et les enjeux… il faut réellement que cela change rapidement, nous sommes au bord du gouffre. Moi j’ai eu une belle vie et mené le radeau de la « Béruse »! En fait je pense aux enfants, les miens et ceux des autres. Quel avenir allons-nous laisser ?

Les béruriers noirs – Salut à toi [live à l'Olympia]

DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Sur cette interrogation qui nécessite une réponse rapide de nos pouvoirs publiques, Loran je te remercie pour cette interview.
LORAN BÉRU : Merci beaucoup à toi, on se boira une bière en décembre lors du concert des RAMONEURS DE MENHIRS au Théâtre Barbey à Bordeaux!
DIEGO*ON*THE*ROCKS  : Pas de problème, à bientôt!
LORAN BÉRU : Salut et merci pour ta patience Diego!

*Diego précise que les photos “RAMONEURS DE MENHIRS” et “PARABELLUM” ont été gracieusement envoyées par LORAN pour illustrer cette interview.

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