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KYLE EASTWOOD – LE CUBE #LIVE REPORT @FRANCK HERCENT

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Citizen Kyle

La rue assourdissante autour de moi swinguait… !

Une passante remonte le cours du chapeau rouge avec un chapeau beige, des piétons battent le pavé, une porte claque, les cyclos sonnent dans la cité, des passants pressés se croisent cours de l’Intendance et rue Sainte-Catherine, des vies se créent, d’autres s’évitent, partitions hasardeuses, chacun son chemin, cliquetis métalliques, atomes à thèmes et crochus, une camionnette klaxonne, chocs sourds, vitrines pimpantes, le tram tinte sous le regard grec des muses graciles de la terrasse du Grand-Théâtre…


«La poésie est la musique la plus haute» disait déjà le philosophe avant que l’on ne lui inflige injustement sa coupe de cigüe. « Le monde est un théâtre » disait plus tard, comme en écho, le dramaturge de Statford-upon-Avon : William Shakespeare. Ces phrases me reviennent en souvenir comme je trotte vers mon lieu de rendez-vous pour une journée jazz. Rendez-vous à 14 h à deux pas à l’hôtel Majestic ; Kyle is in Town ; une nouvelle rencontre au sommet du swing pour une interview de Kyle Eastwood pour mon documentaire « Free » sur l’histoire du jazz et sa poésie. La beauté est là, me dis-je, sous nos yeux ; il n’y a qu’à la décrypter. J’essaye d’imaginer quel road movie bordelais pourrait sortir du regard pétillant d’un réalisateur américain malin comme un sage à la vue de cette mise en scène urbaine spontanée. Cinéma del arte.

14 h 30 : L’interview commence ; voix calme et assurée : c’est le cool de Kyle !
17 h 00 : RV au Cube de Villenave pour les soundcheck ;
20 h 30 : Début du concert.

La journée a filé au rythme de l’évocation des géants du jazz et de la mythologie américaine. Cinéma, musique, société, sources d’inspiration : Mingus, Art Blakey, Bird, Monk, Count Basie, Ellington, Coltrane et Miles étaient au centre de la discussion… Son enfance aussi, ses influences, les jazzmen que côtoyaient son père : on sait qu’il est tombé dedans étant petit !

Dans le chaudron d’ magie noire !
Celle qui ensorcelle.
Puissance incantatoire
Venue du surréel…

20 h 32 : Le concert commence ! Le premier morceau est « Rockin’ Ronnie’s ».
En hommage au célèbre club londonien : le Ronnie Scott. Me revient en souvenir un été où, étudiant, je voyageais. J’étais serveur à Londres dans un restaurant de Chiswick sur l’High road. Eric Clapton venait y déjeuner… On échangeait entre 2 plats… Puis, le soir, je réservais une table au Ronnie Scott avec une amie anglaise. J’avais l’impression de passer

mes journées à tutoyer les anges…

20 h 40 : « Soulful Times ». C’est le morceau qui ouvre l’excellent album « In Transit » majoritairement présenté lors de cette tournée. Intro au piano, le thème est annoncé puis repris par la trompette de Quentin Collins à l’unisson avec le sax de Brandon Allen. Retour sur le piano d’Andrew mc Cormack avec le solo de contrebasse avant celui du sax tenor… Chris Higginbottom est au tempo…

20 h 53 : Je suis absorbé par le 3° morceau. Une citation de Coltrane (citizen Trane comme j’aime à l’appeler) subrepticement tissée et glissée-là crée une connivence, un regard complice avec le public. Puis, vient un sublime et long morceau inspiré par un voyage à Marrakech. Sax soprano, une montée à la batterie puis le sax partie en coulisse revient sur le devant de la scène. A bout de souffle. La salle est conquise. Le temps défile. Un hommage à Al Jarreau puis à Ennio Morricone avec un morceau intitulé « Cinéma paradiso » : un love theme.

Me reviennent des images des films de Clint. Je suis un fan. Pour quiconque aime le miracle de la lumière, le charisme de l’acteur, l’humour décontracté de ses répliques… ce sont des chefs-d’oeuvre. « Le monde se divise en 2 catégories »… Ne connaissant pas assez l’homme je ne parlerai que du réalisateur. Ses films sont l’oeuvre d’un libertaire et abordent les grandes problématiques de l’Amérique pour paraphraser les termes de l’excellente émission « Clint Eastwood : face à l’histoire – Blow up » sur Arte Tv en libre accès sur You Tube.

Sauveur tombé du ciel, cavalier magnifique, musicien maudit comme tout vrai poète, sparring partner, looser céleste incarnant un Don Quichotte de l’Ouest… Comédiens polymorphes, ses films humanistes sont légions. De l’apologie de Charlie Parker (incarné par Forest Whitekear) avec Bird à celle de Nelson Mandela (avec Morgan Freeman et Matt Demon) avec Invictus, de Gran Torino (musique de Jamie Cullum) à L’échange (avec Angélina Jolie) dans lequel il défend la veuve et l’orphelin contre la corruption des institutions de l’Amérique des années 30, il propose une rédemption salvatrice par l’art pour « devenir quelqu’un » comme dans Million dollars baby ou Honky Tonk man, réplique que l’on retrouve à la fois dans ces 2 films sur la transmission. A la fin d’Honky Tonk man, Kyle, qui y joue un des rôles principaux, va reprendre le flambeau et tout laisse à penser qu’il sera musicien…

21h 38 : Swing d’enfer. Comme dans les films la vie des personnages, la mélodie ne tient qu’à un fil… Cordes de potence de western, cordes de guitare, cordes de ring, cordes de contrebasse… Le diable est dans le détail, c’est bien connu ! Me reviennent en souvenir des quatrains de Baudelaire : la voix. Poème qui influence nombre de collégiens et de lycéens. Là aussi le monde se divise en 2 catégories. Soit on choisit la voix (et la voie !) qui propose un matérialisme grossier, un appétit vénal, sa part du gâteau (toujours insipide, prévible et réglée comme du papier à musique…), cigares et petites pépées à l’instar d’un citizen Kane symbole d’une certaine Amérique… Oui, souvenez-vous, tout le monde à étudié ce texte :

Deux voix me parlaient. L’une, insidieuse et ferme,
Disait: «La Terre est un gâteau plein de douceur;
Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme!)
Te faire un appétit d’une égale grosseur.»

soit on écoute la voix qui dit :

Viens! oh! viens voyager dans les rêves,
Au delà du possible, au delà du connu!
Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
Fantôme vagissant, on ne sait d’où venu.

22 h 12 : Sans conteste, je me dis que Kyle Eastwood – citizen Kyle – à fait le choix de la seconde voix… Il a choisi la voie exigeante du jazz, du travail de la nuance et l’étude de la mesure. Il s’est hissé au sommet du swing et joue désormais aux côtés de Biréli Lagrène, Jean-Luc Ponty, Stéphano Di Batista, Eric Legnini, Manu Katché, au festival de Jazz In Marciac… quand il ne compose pas ses musiques ou les B.O. des films de son cinéaste de père.

22 h 28 : Un hommage à Mingus avec Boogie stop shuffle. Les rappels. La salle est debout. Dédicaces. De charmantes auditrices se font signer l’affiche du concert, un album ou prennent une photo avec citizen Kyle. Soulful times !

Franck Hercent

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