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INTERVIEW DE CALI – ROCHER DE PALMER @ DIEGO ON THE ROCKS

Les Interviews de MeL Webzine - Musiques en Live ,

INTERVIEW DE CALI AU ROCHER DE PALMER – CENON le 28/11/2017 à 19H00

Nota des administrateurs de Musiques En Live : Initialement, la production de CALI que nous remercions a accepté une interview de l’artiste filmée de 10 minutes. Celle-ci a eu lieu mais le dialogue entre CALI et DIEGO*ON*THE*ROCKS ayant été prolifique, le chroniqueur a opté pour une retranscription manuscrite plutôt que visuelle. Ce choix permet d’extraire l’important des propos alors qu’un montage aurait dépassé les 15 minutes sans correspondre au cahier des charges. Merci de votre compréhension.

DIEGO*ON*THE*ROCKS (DOTR) : Bruno, que signifie « Les choses défendues », titre de ton 7ème et dernier album ?

CALI : C’est la première chanson qui est arrivée de l’album, la démarche du disque est un souvenir qui m’est revenu alors que j’avais fait une fugue amoureuse à 16 ans, une jeune fille est venue dans mon village en vacances et lorsqu’elle est repartie chez elle, je l’ai rejoint. Je suis parti du lycée, la police me cherchait partout. C’est un truc fou, je dormais dans les cabines téléphoniques, chez ses amis, dans une inconscience totale. Aujourd’hui cela m’intéresse car il m’arrive de prendre des décisions un peu folles grâce à cette expérience. C’est un saut dans le vide qui me permet de faire des bêtises.

DOTR : Tu cites souvent des références musicales comme U2 ou SIMPLE MINDS, dans ton dernier album il y a un titre qui s’appelle « Elle a mal », c’est du SPRINGSTEEN ?

CALI : Oui je suis d’accord. Cette chanson est dure et « Springstinienne » dans plusieurs sens. C’est une vraie déception (Nda : l’histoire), c’est d’actualité aujourd’hui. En fait je rentre dans une pièce et décris un couple qui se bat, se déchire. C’est un homme qui bat sa femme mais elle reste avec lui. Nous sommes en pleine journée des femmes et ce titre a un sens, en aucun cas je prends parti et ne fais que décrire la situation.

DOTR : L’harmonica rappelle quelque chose ?

CALI : Oui l’harmonica puis le tempo et le rythme rappellent le E-Street-Band.

DOTR : Avant cette interview tu as rencontré des élèves de 4ème du collège Jean Jaurès de Cenon, tu as fait part de tes influences musicales. C’est important ce passage de témoin avec une nouvelle génération ?

CALI : C’est le plus important. Ils m’ont demandé pourquoi je chantais Ferré alors qu’ils ne le connaissent pas. Ferré c’est comme Beethoven, c’est important que les professeurs parlent de ces gens-là qui sont la source. Il a influé Lavilliers, Higelin et ma génération n’arrive qu’après. A l’époque, l’enseignement musical c’était les flutes à bec et c’était pourri. Leurs professeurs m’ont expliqué qu’ils avaient plusieurs sortes d’instruments permettant un éveil nettement meilleur. Chez moi j’ai toujours des instruments qui trainent à droite à gauche. Lorsque des copains arrivent et qu’ils n’ont pas d’instrument chez eux, certains se posent au piano et jouent. Si je peux susciter des vocations, je le fais. L’idée est de montrer qu’on a une chance et de tirer les jeunes vers le haut.

DOTR : En parlant de musique, tu as collaboré avec Edith Falbuena. Qu’apporte-t-elle à un disque ?

CALI : Elle a beaucoup apporté à la chanson Française. Tout d’abord avec son groupe Les Valentins puis ensuite en produisant Daho, Zazie, Miossec et le « Fantaisie militaire » de Bashung. On a les mêmes bases, on vient de la même musique et nous devions nous rencontrer pour collaborer ensemble. On se connaissait, on se reniflait et là j’ai voulu travailler avec elle. Edith a accepté et ce fut un grand moment car on peut penser que les choses se répètent au bout du 7ème album… et bien non.

J’avais enregistré la musique avec mes musiciens, on est arrivé dans son studio et on a compris que c’était du haut de gamme.

DOTR : Peut-on imaginer qu’un jour elle te rejoigne sur scène comme elle a pu le faire avec Zazie ?

CALI : Evidemment même pourquoi pas faire un groupe. On en a parlé car nous sommes vraiment sur la même longueur d’ondes.

DOTR : Le plaisir est bien le principal. D’ailleurs tu as commencé ta tournée en solo début 2017, actuellement tu es en groupe et tu vas revenir en solo l’année prochaine pour continuer à défendre cet album. Quelle est la différence ?

CALI : La première tournée solo (fin 2016-mi 2017) j’ai effectué une soixantaine de dates. Le spectacle a bien marché mais il y a plein d’endroit où nous ne sommes pas allés. Les gens m’ont demandé de venir donc nous allons présenter nos chansons mais je veux jouer d’autres chansons et faire évoluer le spectacle. Comme si j’étais dans ma chambre d’adolescent, avec mes livres et mes disques préférés, la poésie que j’aime et les chansons que j’ai envie de jouer. C’est une liberté totale et j’adore ça.

DOTR : Tes chansons parlent de vie, d’amour gâché parfois réussi et de « résistance ». Une question pour Bruno : Est-ce que Cali est un chanteur engagé ? (rires)

CALI : Je suis engagé à l’amour. Je pense qu’il ne faut pas oublier que le mal de la société est la solitude. Si quelqu’un vous aime quelque part, si on sent un peu d’amour, on peut rester en vie.

Ceux qui se foutent en l’air ou se mettent par la fenêtre c’est parce que personne ne les aime.

Aimer quelqu’un est une chose fabuleuse, je voulais appeler mon deuxième disque « L’amour terroriste » (Nda : Après « L’amour parfait » en 2003), l’idée était qu’au coin d’une rue tu peux rencontrer quelqu’un qui fait exploser ta vie (d’amour). Et là tout change.

Pour revenir à ta question, je suis beaucoup plus concerné maintenant par les ONG que par les partis politiques. Je bosse avec plusieurs associations pour améliorer le quotidien des gens. Migrants et jeunes en besoin d’une opération urgente en Afrique, je me sens concerné. On peut donner les conseils et les idées pour trouver de l’argent. J’espère que tout le monde se rend compte qu’il y a un réel besoin.

DOTR : Le 18 janvier 2018 sortira un livre « Seuls les enfants savent aimer », titre d’une chanson de ton dernier album, tu peux nous en parler ?

CALI : Bien sûr. Je l’ai écrit sur la route pendant la tournée solo en début d’année. Je ne savais pas où j’allais. Le bouquin démarre alors que je suis dans la peau d’un enfant de 6 ans et on enterre ma maman (Nda : sujet abordé dans la chanson « Annie Girardot »). Je ne sais pas si tu as des souvenirs de tes 6 ans mais personnellement j’en ai peu. Je me souviens de cette chambre noire et l’on m’interdit d’aller à cet enterrement, je n’avais pas le droit.

DOTR : Comme toi j’ai peu ou pas de souvenir de mes 6 ans mais dans ton cas, le but était de préserver l’enfant que tu étais.

CALI : Oui. Le cortège passe devant cette maison et le livre part de là et des 8 mois qui suivent. L’enfant que je suis n’accepte pas tout ça et toutes les situations, toutes les rencontres que le gamin va faire pendant ces 8 mois sont des explosions d’amour. Il s’y agrippe, il a besoin d’amour à fond.

Le livre est là-dessus.

DOTR : Continuons en amour. Perpignan, le festival des « Déferlantes », c’est toujours important ce rendez-vous ?

CALI : Oui c’est toujours important, c’est un festival qui a 10 ans dont je suis très fier d’être le parrain. Il s’est hissé au rang de grand festival avec des pointures énormes et pour l’édition 2018, de grands noms sont déjà annoncés alors que nous ne sommes qu’en novembre (Nda : Au jour de l’interview : NTM, Francis Cabrel, The Stranglers et Liam Gallagher).

Ce sont des jeunes qui ont repris l’organisation. Ils travaillent toute l’année avec toute une structure derrière dans un lieu superbe. Ce qui me plait c’est de montrer mon pays aux artistes qui arrivent. Certains découvrent la Catalogne, ils sortent du bus fatigués, montent dans un bateau, boivent du muscat, rencontrent des Catalans et peuvent aller en Espagne. Ils voient le château de « La belle au bois dormant » et le grand parc où ont lieu les concerts. La méditerranée, le lieu, l’accueil, c’est vraiment spécial.

DOTR : J’emploie volontairement ce terme car c’est le titre d’un de tes albums : Tu continues à mettre « Le bordel » sur scène ?

CALI : Oui, j’emploie ce terme régulièrement. Que ce soit en solo ou en groupe, il y a une communion obligatoire. Même lors d’une prestation intimiste, on peut mettre le bordel en solo… c’est d’autant plus marrant quand l’exercice ne s’y prête pas. Quand je suis avec mes copains (Nda : Les « Calis », son groupe) et qu’on a bien travaillé, on décide de se la couler douce sur scène et même si on se trompe, ce n’est pas grave. Le public aime ça. C’est bon d’aller rencontrer les gens. Nous avons deux heures pour leur faire oublier leur quotidien.

DOTR : Quels sont les 3 meilleurs concerts que tu aies vu en tant que spectateur ? Ceux où tu as senti qu’il se passait quelque chose ?

CALI : Ouf !!! Elle est difficile cette question… laisse-moi réfléchir… les 3 concerts de ma vie…

Peut-être parce que cela m’a permis de faire des choses après… le numéro 1 est le premier : U2 à Toulouse le 20 octobre 1984 (Nda : « Unforgettable fire tour » au Palais des sports), y’a des gens qui n’ont pas pu rentrer dans la salle. Ce n’était pas le U2 d’aujourd’hui, ils ont mis tous les amplis à fond, ça sifflait de partout et là j’ai compris que c’est ce que je voulais faire de ma vie. Devenir troubadour. J’en parlais aux enfants tout à l’heure lorsque tu étais avec nous. J’admire ces gens qui vivent de cette manière, j’aurais aimé être forain dans un cirque.

En qualité d’artiste nous sommes toujours partis pour enregistrer ou promouvoir un disque. On ne vit pas tout le temps chez soi, en voyant Bono ce jour-là j’ai compris que je voulais devenir comme lui.

Le numéro 2 je dirais SPRINGSTEEN mais il est difficile de se souvenir car je l’ai vu souvent. Lorsqu’il a fêté le retour de son groupe à Barcelone (Nda : le 9/04/1999 avec le E Street Band) et lorsqu’il a joué à Montjuïc (Nda : le 11/05/1993). Je vais râler parce que je ne vais pas citer certains groupes car ta question est vraiment difficile… Toi c’est quoi tes meilleurs concerts ?

DOTR : Un peu comme toi, dans mon TOP je citerais obligatoirement U2 (Bercy 2001 et 2015) et SPRINGSTEEN (Bercy 2002, 2012 et 2016). Après des groupes comme REM (Bercy 1995, 1999), RADIOHEAD (Bercy 2003, Zenith 2016), DIRE STRAITS (Bercy 1991) et AC/DC (Bercy 2009) m’ont impressionné. Tout comme MUSE avec ses drones en salle…

CALI : Je ne suis pas super fan de leur musique mais ils ont pu faire voler des drones en salle ?

DOTR : Oui à Bercy en février/mars 2016. Les drones n’ont pas fonctionné tous les soirs mais j’ai eu la chance d’y être le bon jour et c’est carrément du jamais vu dans un lieu clos. Je me demande encore comment ils ont eu les autorisations…

CALI : Quelles tailles avaient-ils ?

DOTR : Certains en forme de boule survolaient le public sans filin de sécurité et pouvaient contenir un homme. Moi qui ai fait beaucoup de concerts en salle, je n’avais jamais vu ça… Sur le final y’a un avion qui fait le tour de la salle !

Et ton 3ème concert alors ?

CALI : Allez, c’était il y a très longtemps, nous sommes à Haguenau et c’est un concert de SIMPLE MINDS, tournée « One upon a time » en 1985. En première partie, mon groupe préféré WATERBOYS. J’aurais aussi pu te parler des SILENCERS que j’aime beaucoup. Aujourd’hui en rencontrant les jeunes du collège Jean Jaurès, je leur ai parlé de BIG FLO & OLI. Je les ai vus à Perpignan le mois dernier, j’ai pris une baffe énorme. Il est important que les jeunes s’intéressent. Ma fille fait de la musique et j’en suis fier.

DOTR : Bruno, au nom de toute l’équipe de Musiques-en-Live merci pour ta disponibilité. Avec un peu d’avance nous te souhaitons une bonne année musicale 2018.

CALI : Merci à vous.

REMERCIEMENTS : L’équipe du Rocher de Palmer pour l’accueil (en particulier Anne Chapus) et la production de CALI.

CREDIT PHOTOS : AKrAw2Live (Bertrand LAFARGUE)

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