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LUCKY PETERSON – SALLE LE VIGEAN – EYSINES #LIVE REPORT @ FRANCK HERCENT

Le monde du jazz est en deuil. Il a perdu l’un de ses musiciens les plus renommés. Lucky Peterson était un prodige du jazz blues. Guitariste, organiste, interprète… son style était qualifié d’unique parce qu’à l’intersection de plusieurs esthétiques musicales. Quinquat taquin et éclatant, clinquant sourire coquet et yeux provocants, Lucky s’était peut-être assagi avec l’âge mais l’intensité était intacte. Showman, Lucky Peterson était un “grand” parce qu’il avait ce supplément d’âme, cette personnalité chaleureuse, cet esprit singulier qui nourrissaient une créativité foisonnante. Phénoménale. “Je suis le Blues. Peut être même un peu plus…je fais plein de choses…” disait-il. De la musique… avant toute chose ! Il avait le don de nous extraire de ce monde, sa voix profonde sondant le vertige infini d’un Réel dénué de tout semblant. Il illustrait à merveille cette énigmatique poésie de la mystérieuse note bleue. Il savait créer l’instant éternel. Lucky Peterson s’en est allé (évidemment trop tôt) comme s’en vont les jazzmen. En silence. Il y a fort à parier qu’aucun journal de 20 h n’en parlera. Mais le paradis des poètes jazz accueille sans doute l’un de ses chantres les plus éminents.  You are still here Lucky. Forever.

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Qui connaît Lucky ?

Si vous vous demandez qui est Lucky c’est un peu comme quand on demanda à Louis Armstrong : « Qu’est-ce que le jazz ?  – Si vous avez à vous le demander, c’est que vous ne le saurez probablement jamais ! » rétorqua « Satchmo », l’interprète de What a wonderful world. En effet, on ne présente plus cette légende du Blues qui charrie dans sa musique et dans sa voix la poésie américaine, donc son Histoire.

Et le public est venu au grand complet à la salle du Vigean d’Eysines découvrir en Live le nouvel album de Lucky Peterson. Inutile de reprendre sa biographie détaillée, la vie de Lucky a croisé la plupart des autres légendes de la musique : son père tenait un club de blues et de jazz où venaient jouer, entres autres, l’âme de la Louisiane et du Deep South du Mississippi : Buddy Guy et Muddy Waters… L’Oedipe South…

D’ailleurs, la présentation du concert était parfaitement résumé sur le site eysines-cultures.fr en ces termes : « Le musicien en herbe baigne donc très tôt dans la musique et apprend vite l’essence du blues et tous ses secrets, à commencer par son message fondamental, la transcendance du quotidien qui passe par la scansion des mots et ces mélodies lancinantes aux rythmes hypnotiques… »

Ce soir, il était accompagné d’une Dream Team : Kelyn Crapp à la guitare (qui excelle dans les accords (Far) Wes Montgomerien), Ahmad Compaoré (enseignant à Marseilles) et Nicolas Folmer (tout en sourdine éloquente…). En première partie, Képa, qui lui aussi croisa la route de Buddy Guy et fit sa première partie à l’Olympia. Ambiance blues originel. Envolées cosmiques ; Qué passa ? Chant, guitare Dobro, harmonica, souffle et rythmique = Képa cap ! Et un goût certain pour la musique de films et l’image. A découvrir sur kepamusic.com…

Ensuite, Lucky Peterson, l’homme qui swingue plus vite que son ombre passa à l’action :

C’est un movie « vie-vent »,

Cinémot d’air et de

Sons… et qui bien enten-

Du s’apprécie à deux…

*

Enlassés d’un lasso

De swing sismique qui,

Par ses tendres assauts,

Vous scotche… et vous transi !

Un concert et un album qui rendent hommage à son mentor Jimmy Smith « la 8° merveille du monde » selon Miles Davis, qui a contribué à créer le style funk et soul jazz, qui a collaboré, entre autres, avec Hank Mobley, Lee Morgan, Oscar Peterson, Dizzy Gillepsie…

D’ailleurs, Claude Nougaro ne s’y est pas trompé et le sublime morceau (mon préféré) « The cat » de Lalo Schiffrin qu’adorait jouer « l’incredible » Jimmy lui a inspiré un chef-d’oeuvre non moins défrisant – « Le chat » – que j’ai eu la chance de voir plusieurs fois miauler sur scène… Nougaro sur paroles :

Les souris vous l’savez je les chéris

Je les adore mais dès que j’avance là

Pat Pat Pat Pat Patratas !

Sur cet album « Tribute to Jimmy Smith » on retrouve aussi deux autres légendes : Philippe Petrucciani (le frère de Michel) et le Don quichottesque Archie Shepp sur les plages 4 « Jimmy wants to groove » (ma préférée) et 8.

Qui connaît Archie Shepp ?

 

Savant Américain

Né à Fort Lauderdale

En Floride, par un

Jour de mai Immortel !

Quand je repense à ces musiciens, impossible de ne pas mentionner Paris, la ville lumière, et le célèbre club de jazz, le New Morning, où je les ai découverts : le choc esthétique du Blues éclectique. Impossible de ne pas citer ce concert  (mon préféré) : Lucky Peterson, Live au New Morning 2004 pour vous faire une idée, si ce n’est déjà fait, de ce qu’est la musique Live et de qui est Lucky à la guitare – sachant que son instrument de prédilection est l’orgue Hammond… Amis de la poésie :

Ce soir là ! Il donna

Le meilleur de lui-même ;

Ce soir-là, il se donna

C’est pour ça que je l’aime.

Impossible de ne pas citer Marciac et les concerts (mes préférés) où il enflamma tôt la Place de l’Hôtel de ville et jusqu’à tard la scène du chapiteau avec Wynton Marsalis. Les ouvertures de concerts avec James Brown où 40 000 personnes, une foule en feu, l’attendent avec la flamme de leur briquet allumée pour une musique qu’il a écrite. Impossible de ne pas citer mon morceau préféré, « Is it because I am black » lors du concert de Jazz à Juan (également disponible sur You Tube) ; impossible de ne pas citer l’album « The son of a bluesman », mon préféré, qu’il considère comme « l’expression la plus authentique de ce qu’il est » et les morceaux (mes préférés) « Blues is in my blood » et ce chant fleuve métaphysique : « I’m still here ».

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Dans ce film où l’Amérique est la fille de sa propre Histoire, et où donc sa musique et sa poésie sont constitutives de son âme, Lucky Peterson y joue un rôle principal. On imagine le titre : « Le Son, le Beat et le Talent » que Clint Eastwood n’aurait pas renié. A la sueur de son swing, pour une poignée de dollars, quand d’autres dégainent leur gun et leurs blâmes, Lucky dégomme leurs rengaines et leurs plans raplapla avec ses gammes, ses graves, ses aigus, sa gâchette de groove et bien plus… « Un monde sans musique serait un monde terrible » confiait-il encore à Marciac. Pas de bla-bla… Don’t worry, be Lucky !

On pourrait dire avec Roland Barthes, dans son magnifique livre « Le plaisir du texte », que le monde se divise en 2 catégories. Il y aurait 2 catégories de textes ; 2 catégories d’oeuvres. Les oeuvres se rapportant à la 1ère catégorie apportent de l’euphorie, confortent le moi, vont dans le sens de la marche et la lettre du plaisir est facilement dicible. En revanche, les oeuvres de la seconde catégorie sont très rares, radicales, absolues et indicibles. Atopiques. Elle divisent, « déconfortent », divisent le sujet et le pluralisent. Cette catégorie de texte est hors-plaisir, hors critique et apporte du “nouveau absolu”. Que dire lorsque le Mojo vous saisit : la magie ? On ne peut parler « sur » un tel texte ; on ne peut parler qu’ « en » lui, à sa manière. Le Jazz et sa poésie appartiennent résolument à cette deuxième catégorie. En tant que discours de vérité au plus proche du réel, le discours poétique confronte l’Amérique à son actualité et à son destin. Même s’il fait objection aux autres discours qui « n’en veulent rien savoir » selon la formule de Lacan, qui elle aussi, est plus que jamais d’actualité. Certains préfèrent se mettre le doigt dans l’oreille, s’aveugler ou faire silence… Mais je le redirai. Stand by me.

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Franck Hercent
Retrouvez les livres de Franck Hercent « oflo » aux éditions Edilivre et sur franckoflo.com

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