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MELANIE DE BIASIO – BORDEAUX #LIVE REPORT @ JEREMY CHATEAU

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MELANIE DE BIASIO (+ UA TEA) — ROCHER DE PALMER, 27/10/2017

C’est dans l’ambiance étrange d’un crépuscule d’automne aux teintes orange et bleues que Melanie De Biasio s’apprête à rejoindre la scène du Rocher de Palmer, quelques jours après la sortie de son troisième album, Lilies. Dès l’ouverture des portes, les spectateurs s’empressent de remplir la salle 650, pour d’abord applaudir Ua Tea, petite fierté de la scène bordelaise et du label local Miaou Records. Leurs chansons, qui marient le blues au chant berbère et le folk aux boucles électroniques, sont un excellent prélude à ce qui va suivre : le trio interprète, à l’instar de Melanie De Biasio, une musique d’aujourd’hui, enracinée dans un temps qui semble lointain. Ua Tea propose en outre des ambiances colorées, qui évoquent tour à tour la Nouvelle-Orléans et le Moyen-Orient, appuyées notamment par le registre vocal très varié de Dawa Salfati et le jeu original du percussionniste Raphaël Perrein.

Quelques minutes seulement après la performance d’Ua Tea, Melanie De Biasio et ses musiciens avancent dans la pénombre bleutée. Dre Pallemaerts, fidèle et remarquable batteur, délivre les notes rampantes et la pulsation rapide d’un titre issu de Lilies, «Let Me Love You», tandis que la chanteuse improvise une introduction à la flûte traversière. Ils sont rejoints par Pascal Paulus, qui fait tourner au clavier une ligne de basse à cinq temps, ondulante, presque menaçante. Les accords de piano discrets de Pascal Mohy ouvrent une brèche pour la voix de l’interprète, qui déploie son ode à la malédiction amoureuse : «Let me love you or stab me to death…».

Vêtue d’une chemise blanche élisabéthaine et d’un pantalon noir, assez stoïque à l’exception de quelques pas de danse et autres claquements de doigts, Melanie De Biasio impose sur scène une présence théâtrale, hamletienne. La salle comme les musiciens qui l’entourent sont suspendus à sa voix à la fois chaude et spectrale, qui semble façonner les chansons au fur et à mesure de leur déroulement. Rappelons que le disque précédent de l’artiste wallonne, le téméraire Blackened City, est un EP d’un seul titre improvisé de vingt-cinq minutes, que n’auraient pas renié Peggy Lee et le Talk Talk de Spirit of Eden s’ils avaient chanté le charme fané des villes industrielles.

Les chansons de Lilies, qui auront la part belle ce soir, sont les héritières de Blackened Cities : d’étranges cartes postales au noir et blanc lumineux et contrasté, également propices à l’expérimentation. Souvent construites autour d’un ou deux accords (« Brother », « Afro Blue »), à la limite du déséquilibre rythmique, elles sont interprétées sur scène comme si elles étaient sculptées dans l’instant, presque indifférentes à la forme fixée dans l’album. Parfois, le groupe allonge l’un des titres jusqu’à le fondre dans le suivant, sans la moindre rupture, avec une fluidité remarquable.

Tandis que tournent en boucle les premières mesures de «Gold Junkies», la musicienne, peu loquace sur scène, se réjouit de pouvoir donner libre cours à l’inspiration du moment : «On s’est rendu compte ces derniers temps qu’on prenait l’habitude de jouer devant un public debout, et je me rends compte à quel point, quand on est debout, on s’engage davantage, ou on se désengage davantage. En tout cas, c’est limpide. Je me rends compte que devant vous, je m’engage, je vous sens, et en même temps je prends le temps.» Cet éloge du temps revêt un sens particulier pour ce quatuor, qui donne un relief hors du commun au silence entre les notes et aux instants où la musique est sur le point de naître ou de disparaître. À quelques reprises, l’interprète, totalement immergée dans l’étrange univers de sa musique, efface discrètement quelques larmes de son visage tandis que ses chansons s’achèvent.

Une petite heure après le début de sa performance, Melanie De Biasio annonce le dernier titre, une première excursion hors de Lilies : ce sera le bien nommé «I’m Gonna Leave You», chaudement accueilli par le public. Les musiciens remercient la salle, le temps d’un adieu très provisoire : deux standing ovations seront nécessaires sceller la soirée. Le groupe revient d’abord jouer l’incantatoire «And My Heart Goes On», qui clôt l’album Lilies; puis vient «The Flow», autre pièce maîtresse de l’album No Deal, que Melanie De Biasio interprète en duo avec Pascal Paulus à la guitare. Après un dernier salut, le groupe quitte la scène.

Si l’épure de Lilies dans sa version studio peut déconcerter les auditeurs, la transposition de l’album sur scène révèle l’évidence mélodique de ces nouvelles compositions. C’est un succès dont le quatuor, en communion parfaite, peut se féliciter.

Jeremy Chateau

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