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DIANNE REEVES – ROCHER DE PALMER #LIVE REPORT @ FRANCK HERCENT

This feeling of Dianne

C’est le Rocher de Palmer, (dont l’aspect anguleux et cubiste en fait le joyaux d’un architecte mélomane, rubis multiface posé dans la région bordelaise et scintillant sous les étoiles des mille et une nuits de la musique du monde…), qui accueillait ce mercredi 13 septembre une des plus incandescentes voix du jazz américain : Dianne Reeves.

Des Etats-Unis, on reçoit à-peu-près tout ! Le pire et le meilleur : son impérialisme, son capitalisme ultra-libéral, ses séries, ses inégalités sociales, son étroitesse d’esprit, sa pollution… et puis, parfois, ses avancées technologiques, son ouverture démocratique, son rêve américain, son cinéma d’avant-garde, sa musique et sa poésie… L’histoire avance, souvent rétrograde et parfois s’illumine.

Depuis 2016 (élection contestée de Donald Trump), c’est plutôt le scepticisme politique, un spleen généralisé mâtiné d’un sentiment de régression et l’indignation qui l’emportaient dans tous les journaux. Exceptée cette surprise qu’a été l’annonce de l’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan « pour avoir créé de nouvelles formes d’expression poétiques dans la grande tradition de la chanson américaine ». Preuve qu’il y a toujours des créateurs qui innovent et que la poésie révèle toute sa plasticité à qui veut bien la travailler…

 

Un exemple parmi d’autres ? Très inspiré, côté texte, par la rythmique de la Beat Génération (Jack Kérouac et Allen Ginsberg) ou Arthur Rimbaud et, côté musique, par la ballade folk, la country et le blues du Delta (notamment Robert Johnson dont la mythologie veut qu’il ait vendu son âme au diable en échange du génie musical), Bob Dylan livra un bijou nommé “All Along The Watch Tower“. Prenez ce diamant brut et donnez-le à un orfèvre comme Jimmy Hendrix… il le polira pour en faire une version reluisante comme jamais. Et ainsi de suite. On pourrait continuer longtemps la généalogie des inspirations

 

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Dianne Reeves fait (du grec poein : faire, fabriquer) de même. Pythie du tempo, sa poésie est façonnée de toutes les influences. D’autant qu’elle est tombée dans la potion jazzique toute petite. Fille d’un père chanteur et d’une mère trompettiste, cousine du pianiste Georges Duke, elle remporte la première place d’un concours de jazz à 16 ans. C’est également une des pionnières a avoir signé sur le label Blue Note et depuis, dans son odyssée des sons, elle a remporté quatre fois le Grammy de la meilleure performance de jazz vocal.

 

Ce quatrain (extrait du livre Don Quishepp) lui sied à ravir…

 

Comme disait le poète

D’un ton confidentiel

La musique est une fête !

« Elle creuse le ciel ».

 

Peu importe le swing de départ : blues, latino, reggae… Elle fait sienne la rythmique de départ et transcende le thème. Ses mots sont des uppercuts, les vers des caresses et les chansons des soleils. Elle chante jusqu’à l’extase et transporte l’auditeur « au delà » dans un jeu de correspondances. Comme dans un conte de Perrault, sa voix, frappée par quelque sortilège, se change en perles et diamants… Un exemple qui date ? Sa version (à écouter gratuitement sur You Tube !) de « Love for sale » avec… Dizzy Gillespie himself (« the architect of the bop »), David Sanborn et un certain… Marcus Miller dans l’émission TV « Night music ». Un autre exemple de bijou ? Sa version de « Stormy monday » avec David Peaston. Un exemple de ce mercredi ? Sa version de « Waiting in vain » de Bob Marley. Etc. Dianne Reeves ? Une mine d’art…

Je n’oublierai jamais le premier cours que je fis une année à une classe de CE2 pour débuter l’histoire des arts. J’avais choisi la voix sublime de Dianne accompagnée par la non moins raffinée trompette de Wynton Marsalis… «Feeling of Jazz » de l’album « The Magic hour ».

 

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Un homme et une flamme ; un chef d’oeuvre. Les têtes se balançaient, leurs oreilles en feuille de choux s’épanouissaient en forme de pavillon de trompette, les genoux gesticulaient, les doigts pianotaient sur les bureaux, les pieds marquaient le rythme au son de la trompette qui feule… L’objectif de la séance n’était pas d’étudier les paroles mais je vous cite quand même ce merveilleux quatrain :

 

 Give me a magic parade !

 Cat’s blowing horns touch my loneliness!

 Sweeping my blues up and knocking ’em down!

 I love the feeling of jazz…jazz, jazz, jazz, jazz.

 

 

Ce mercredi, les reflets du piano de Peter Martin, de la guitare brésilienne de Romero Lubambo, de la contrebasse de Riginald Veal, de la batterie de Terreon Gully et la voix de Dianne Reeves scintillèrent tour à tour. Ces alexandrins extraits « des bijoux » de Baudelaire semblent ciselés pour eux…

 

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,

Ce monde rayonnant de métal et de pierre

Me ravit en extase, et j’aime à la fureur

Les choses où le son se mêle à la lumière.

 

Ce mercredi, un feeling, un rayon d’idéal brilla sous le ciel bas et lourd…

Franck Hercent

Retrouvez les livres de Franck Hercent (oflo) aux éditions Edilivre et sur le site franckoflo.com

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