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RENCONTRE AVEC PATRICK DUVAL – INTERVIEW 2DE PARTIE @ JCB

Les Interviews de MeL Webzine - Musiques en Live

Dans la continuité de l’interview accordée à Musiques en Live par Patrick Duval en septembre 2016, “Le Rocher de Palmer a 6 ans”, nous sommes revenus nous entretenir avec le Directeur Artistique et Programmateur  du lieu.

Vous pouvez retrouver la 1ère partie de l’échange sur le lien.

JCB: Bonjour Patrick,. Lors de la 1ére partie de l’interview, nous avons abordé l’évolution de l’association Musiques de Nuit jusqu’à son implantation dans le cadre du Rocher de Palmer, où elle peut avantageusement développer une programmation depuis 6 ans. Nous allons aborder maintenant si tu le veux bien d’autres sujets qui te tiennent à coeur.

Tu es depuis cette année le Programmateur du Festival Musiques Métisses d’Angoulême, qui a fèté ses 40 ans en 2015. Après avoir été co-programmateur l’an dernier, tu remplaces maintenant Christian Mousset à temps plein. Peux tu nous esquisser ce que sera la prochaine édition?

Pour l’instant le site de Musiques Métisses se refait une beauté et nous laisse donc un peu sur notre faim..

Quelle sera l’orientation générale du festival? Une ou deux têtes d’affiche à annoncer?

Patrick Duval: Musiques Métisses est un des plus ancien festival européen consacré aux musiques du monde. Remplacer Christian Mousset à la programmation est un véritable défi, tant il a contribué à la reconnaissance d’un nombre impressionnant d’artistes.

Le contexte aujourd’hui a changé, ces musiques se sont banalisées et sont présentes aujourd’hui dans bien des programmations de centres culturels, théâtres, etc. L’an dernier, le festival a connu une crise sans précédent et a manqué disparaître. J’ai largement outrepassé mon rôle de programmateur pour essayer de sauver Musiques métisses, et remettre à plat le projet. J’ai donc rédigé un projet artistique qui a ensuite été validé par l’ensemble des financeurs.

Musiques Métisses doit avoir une activité à l’année, avec une programmation de concerts en dehors du festival (4 ou 5 concerts par an), en partenariat avec d’autres structures culturelles d’Angoulême : la Nef, le Théâtre, etc. L’association doit être à l’écoute des nouvelles émergences musicales qui viennent des musiques électroniques, du hip hop, etc. et qui intègrent les musiques du monde à un moment ou à un autre. Il est indispensable d’ouvrir l’espace musical de Musiques Métisses, d’ouvrir sur des formes beaucoup plus urbaines. Dans tous les cas, c’est la diversité musicale qui donnera une légitimité à l’année à Musiques Métisses.

Pour l’édition 2017, dans les « têtes d’affiches », nous accueillerons Imany, Kalash, l’Orchestre National de Barbès, Acid Arab

JCB: La 40ème édition a malheureusement failli marquer l’arrêt de cette superbe aventure. Peux tu nous en expliquer les causes et conséquences?

Patrick Duval: Nous nous sommes retrouvés dans le cas classique d’une structure qui, au bout de 40 ans, avec l’arrêt de son fondateur, a manqué disparaître. Un projet qui restait figé sur un festival de 3 jours, des relations compliquées avec les collectivités, un modèle économique qui n’a pas évolué et qui se trouve confronté aujourd’hui aux baisses de financement inhérent à toutes les structures subventionnées, un festival qui, techniquement, avait l’ampleur d’un festival où l’on accueille 4000 ou 5000 personnes, sauf qu’il y en avait 3 fois moins…

Devant cette situation, plusieurs collectivités se sont posées la question du maintient du festival. Je me la suis posé aussi, mais symboliquement Musiques Métisses représente beaucoup de choses. Si Musiques Métisses s’était arrêtée, c’était un vrai coup dur pour les musiques du monde qui ne sont pas dans une situation brillante actuellement (fréquentation du public, présence dans les médias, etc).

Il y a eu une grosse mobilisation du réseau professionnel, notamment Zone Franche, mobilisation également des artistes, avec Kassav, groupe emblématique de Musiques Métisses, qui proposait de venir gratuitement pour l’édition 2016. Il y avait aussi plusieurs collectivités qui maintenaient leur engagement, donc arrêter aurait été totalement incompris par le public, et par les professionnels.

Nous avons organisé une édition 2016 dans les pires conditions qui soit : un mois et demi de préparation, changement de site (nous avons quitté Bourgines trop coûteux pour nous adosser à la Nef), bref : il fallait maintenir une édition, même réduite (deux jours), sinon c’était très clairement la mort du festival.

Cela nous a permis de reposer le projet, de réunir tous les financeurs dès octobre 2016 et de faire valider le principe du festival sur 3 jours début juin 2017, précédé par des concerts à la Nef, et par un volet d’action culturelle sur le territoire (agglo, département) qui a été totalement repensé : co construction avec les partenaires, une vraie réflexion sur le fond et la forme de ces actions qui étaient ces dernières années plutôt « parachutées » dans les structures.

JCB: L’Edition 2016 s’est développée dans un contexte plus intimiste, ce qui a permis d’assurer la continuité sans rupture dans la programmation du festival. Quel a été le bilan de l’édition 2016 et comment entrevoyez vous à ce jour 2017, artistiquement et financièrement?

Patrick Duval: Du coup, cette remise à plat permet d’envisager une édition 2017 beaucoup plus en relation avec une nouvelle étape du festival, une ouverture musicale, une attention à des artistes émergents qui doivent être présents sur le festival, des liens plus resserrés avec l’autre volet du festival, « Littératures Métisses ». Car c’est la particularité de ce festival : la présence d’écrivains qui animent diverses rencontres. Jusqu’à présent, les deux manifestations cohabitaient. Aujourd’hui, nous allons développer des liens, avec la présence d’artistes qui sont au croisement des deux, tel Magyd Cherfi, qui vient de sortir un livre chez Actes Sud (« Ma part de Gaulois ») et un disque.

JCB: L’an dernier, Musiques de Nuit, en collaboration avec Côte Ouest, a initié un nouvel événement à la lisière du Rocher de Palmer: Le Festival Sons d’Eté, qui a vu Ibrahim Maalouf et Erik Truffaz se produire sur la scène du Parc Palmer.

Quel a été le bilan de cette 1ère édition et allez vous reproduire l’expérience cette année?

Dans le même cadre?

Patrick Duval: Il s’agissait pour nous de « tester » le parc Palmer, de voir comment il était possible d’organiser un événement dans ce parc magnifique, de vérifier en réel les contraintes techniques.

Cette soirée avec Ibrahim Maalouf a permis de vérifier les questions de faisabilité, avec une soirée musicale de grande qualité et la découverte, pour beaucoup, du groupe The Angelcy.

La fréquentation fut tout à fait correcte (plus de 3000 personnes), malgré un temps ingrat (il faisait très froid ce soir là).

Mais une telle manifestation demande beaucoup de préparation, il faut quasiment s’ y prendre un an avant. Le rythme de l’activité au Rocher pour Musiques de Nuit, et les nombreuses actions menées par Côte Ouest rendent compliquée cette anticipation.

Nous ne ferons pas d’édition de « Sons d’Eté » en 2017. A voir pour 2018.

JCB: Vous aviez reçu en 2015 au Rocher de Palmer la visite des responsables de Jazzaldia, mythique festival de Jazz de Saint Sebastien, par ailleurs un des plus anciens festivals de jazz européen. Un rapprochement culturel a t’il été initié, est il prévu ou s’agissait il d’une visite culturelle de courtoisie?

Patrick Duval: Cela fait plus de 20 ans que nous travaillons avec Jazzaldia ! Nous avons mis en place des programmations croisées (de nombreux groupes aquitains ont été programmé pendant le festival : Post Image, Contreband, Edmond Bilal, Fred Borey, etc.). Nous avons même organisé, deux années de suite, avec le Conseil Départemental et le Comité Départemental du Tourisme une présence des producteurs de produits régionaux (confit, vins, huitres, etc) pendant la durée du festival. Ce fut d’ailleurs un immense succès !

Nous avons accueilli également dans la programmation de Musiques de Nuit des groupes du Pays Basque comme un plateau qui réunissait Oreka Tx, Ibon Koteron, Kepa Junkera, sur une des premières éditions de la Fête du Vin à Bordeaux. Ou la direction artistique du Carnaval des 2 rives confiée à Oreka Tx il y a quelques années.

JCB: Aurais tu une (ou deux) annonces exclusives à nous offrir concernant l’activité foisonnante du Rocher de Palmer ou un de tes projets personnels à venir?

Patrick Duval: En novembre 2017, nous devrions accueillir le groupe du saxophoniste Donny Mccaslin, le génial musicien qui a participé au dernier album de David Bowie et qui n’est pas pour rien dans l’énergie inouïe qui se dégage de ce dernier disque.

JCB: Pour en revenir à la programmation 2017 au Rocher de Palmer, quels sont tes coups de coeur? Les concerts, ou autres évenements qu’il ne faudrait surtout pas manquer?

Patrick Duval: La rencontre musicale et littéraire entre Erri de Luca et Stefano Di Battista, qui va être un des événement de ce trimestre, Zanmari Baré et Danyel Waro, les deux plus grandes voix du Maloya, la musique de l’Ile de la Réunion, les anglais de Mammal Hands, qui s’inscrivent dans la lignée de Gogo Penguin, le très beau projet musical de l’ensemble En Chordais intitulé « Exile » et qui traite des musiques de l’immigration du pourtour méditerranéen.

JCB: Dans le contexte pré-electoral actuel où il semblerait que l’on parle peu de culture, comment imaginez, craignez ou rèveriez vous la politique culturelle des 5 prochaines années?

Patrick Duval: La crainte c’est bien sûr la diminution des aides publiques sur un secteur où cette aide publique est indispensable, notamment pour le soutien au jazz, musiques du monde, etc.
Mon rêve serait que les élus comprennent enfin que la culture est absolument vitale et doit être présente partout. Il faut plus de pratiques culturelles en milieu scolaire, plus de pratiques culturelles dans les quartiers, etc. Il faut absolument développer les rencontres avec les artistes. Tout cela est bien sûr absent de tous les programmes, de droite comme de gauche.
Enfin, je rêve que les équipements culturels deviennent de véritables lieux de vie ouverts 24h /24

JCB: Joyce a écrit “Portrait de l’artiste en jeune homme”, Dylan Thomas “Portrait de l’artiste en jeune chien” et Pablo Neruda “J’avoue que j’ai vécu”.. Jeunesse d’esprit, combativité, engagement.. Si tu devais (l’on devait) écrire ton autobiographie dans 30 ans, penses tu pouvoir en anticiper (deviner) le titre?

Patrick Duval: Par admiration pour Pablo Neruda, « J’avoue que j’ai vécu »

JCB: Pour clore cette interview en revenant vers le créateur de Musiques de Nuit, association construite initialement à partir des musiques jazz et du monde, pourrais tu nous proposer une playlist de 10 (ou 20) titres en jazz & 10 (ou 20) titres en musiques du monde, qui consisteraient en quelque sorte ta playlist intemporelle dans ces genres musicaux que tu affectionnes particulièrement?

PLAYLIST @ PATRICK DUVAL

JAZZ

Mc Coy Tyner : Inner Voices

John Coltrane : My Favourite Things

Miles Davis : Agartha

Magma : Attahk

Keith Jarrett-Jack de Johnette-Gary Peacock : Standards volume 1

John Mc Laughlin : Electric guitarist

Brad Mehldau trio : Progression/Art of the trio volume 5

Chick Corea : Children Songs

Ernst Reijseger : Colla Parte

Dave Douglas : Charms of the Night Sky

Uri Caine : Love Fugue-Robert Schumann

Abbey Lincoln : The World is Falling Down

Charles Lloyd : Fish out Water

Carla Bley : Musique Mécanique

Gato Barbieri : Fenix

Don Pullen & The African Brazilian Connection : Kele Mou Bana

Egberto Gismonti & Academia De Danças : Sanfona

Jack de Johnette Special Edition : Album Album

Stan Getz-Bernard Lubat-Eddy Louiss-René Thomas : Dinasty

MUSIQUES DU MONDE

Cesaria Evora : Cafe Atlantico

Fela Ransome Kuti : volume 1 & 2

Ballake Sissoko & Vincent Segal : Chamber Music

Buena Vista Social Club

Tito Paris : Acustico

Ali Farka Toure & Ry Cooder : Talking Timbuktu

Toumani Diabate & Ballake Sissoko : New Ancient Strings

King Sunny Ade : Juju Music

Joao Gilberto : The Legendary

Caetano Veloso & Gilberto Gil : Tropicalia 2

Antonio Carlos Jobim : Jazz Masters 13

Chavela Vargas : En Carnegie Hall

Camaron : La Leyenda Del Tiempo

Lebrijano & Orquesta Andalusi de Tanger : Encuentros

Diego el Cigala & Bebo Valdes : Lagrimas Negras

Mitsoura : Dura, Dura, Dura

Mariza : Fado Curvo

Jobim-Morelenbaum : Quarteto

Pedro Bacan & le Clan des Pinini : En public à Bobigny.

Merci Patrick,

A bientôt au Rocher !

JCB

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