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L’HISTOIRE DE L’AGE D’OR DU RAP FRANÇAIS – À BORDEAUX LE 23 MARS 2017

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L’âge d’or du rap français ce sont les années 90. L’époque fut tellement forte qu’elle résonne encore aujourd’hui … En effet, la décennie 1990-2000 a été la plus productive en matière d’écoles de rap, de styles, de disques d’or et de premiers succès commerciaux.

Il y a 27 ans, le 27 mai 1990, sortait « RAPATTITUDE »,la première compilation de Rap Français, produite par Labelle Noire. Le disque réunissait de jeunes artistes urbains qui n’avaient encore rien commercialisé. On y découvrait pour la première fois NTM, le duo explosif composé de Kool Shen et Joey Starr, avec leur titre « Je rap » ; le précurseur du raggamuffin en France, Daddy Yod, un certain Tonton David pionnier du reggae, ainsi que le groupe de rap sulfureux … Assassin, composé de Solo et Squat, avec le titre meurtrier à souhait « La formule secrète ».

Après les premiers albums d’IAM, NTM et MC Solaar, tous sortis en 1991, les rappeurs Modo, Hamed Daye, Stomy Bugzy et Passi, répliquaient en sortant leur premier maxi« Traitres», clippé par RapLine ! Contrairement aux leaders en place, Le Ministère A.M.E.R s’impose comme un groupe de francs-tireurs gangsta-rap. Avec « Trahison ou sein de notre population », Sarcelles vient s’inscrire sur la carte du rap game. Puis en 1992 et 1994, les albums « Pourquoi tant de haine » et « 95200 » viendront à jamais graver les lettres A.M.E.R dans la roche du rap français. Il faut cependant attendre 1995 pour que le Ministère A.M.E.R soit reconnu par le grand public. Cette année-là, leur titre « Sacrifice de poulet », extrait de la bande originale du film mythique « La Haine ». suscite de vives réactions.

C’est aussi en 1995 que sort « L’Homicide volontaire », le second album du groupe Assassin qui sera certifié disque de platine avec au final 380 000 copies écoulées. Cet album est souvent considéré comme Le meilleur d’ Assassin. Le classique parmi les classiques ! Enregistré et mixé à Los Angeles, l’album est marqué par les influences diverses du groupe (soul, funk, reggae … ) ainsi que par Ia production de Doctor L.

Assassin est le premier groupe de rap à donner un concert à L’Olympia (en 1993), à monter son propre label et à avoir mis de Ia politique dans ses textes, tout comme Public Enemy aux Etats Unis.

Fin 1995, loin de Ia tendance hardcore, émerge un courant plus divertissant, notamment porté par les premiers albums de Ménélik, d’ Alliance Ethnik, mais aussi des Sages Poètes De La Rue. Ils défendent une approche old school sur des rythmes jazzy, Les Sages Po fondent ensuite leur propre structure le Beat De Boul (pour Boulogne). « Dans la sono », premier projet du collectif, sortira en 1997 et se vendra à plus de 60 000 exemplaires. L’entrée au bulldozer de Mala, le bagout inimitable de Dony Dan, le couplet de cascadeur de Zoxea, le jeune Sir Doum’s et son flow d’escrimeur, en font l’hymne ultime d’un collectif. Zoxea lâchera plus tard « Rap, musique que j’aime », une déclaration d’amour au rap, flirtant entre amertume et tendresse sur son premier album solo.

Cette année là, Ménélik – qui fait partie du 501 passe avec MC Solaar – sort son deuxième album « Je me souviens » certifié disque d’or avec plus de 100 000 exemplaires vendus. Le single« Bye-bye» se vendra à plus de 750 000 exemplaires. Il sera même couronné d’une Victoire de la Musique. De Ménélik aux Sages Poètes De la Rue, l’année 1997 fut riche en divertissement.

Lancé en juin 1996, le label Hostile Records sort sa première compilation « Hostile Hip Hop volume l » avec la nouvelle génération du rap des années 90: X-men, Hi-fi, Ârsenik, 2BAL, lunatic, La Clinique et tant d’autres. L’écurie Time Bomb s’affirme avec les X-Men qui y injecte le classique « Pendez les » interprété par Hill-G, Cossidy et Hi-Fi. En 1997, sortira le film de Jean-François Richet « Mo 6-T Va Crack-ER » et sa Bande Originale composée par les deux frères White et Spirit. Jamais l’odeur de la rancœur n’avait autant été une ode à l’évasion que sur le crépusculaire « Retour aux pyramides ».

En une cascade de name-dropping située entre chant du guerrier et manifeste mystique, les X-Men domptent la révolution terrestre et imposent leur façon de vivre. Le morceau est axé sur toutes les pressions qu’il peut y avoir sur terre et les lobbies.

On est toujours en 1997 et Dj Cut Killer vient donner le ton avec ses nombreuses compiles, notamment les« Hip Hop Soul Party», où l’on retrouvait Sully Sefil, qui a plus tard composé pour NTM, Busta Flex et beaucoup d’autres et qui a cartonné avec l’émouvant« J’voulais ».On y retrouvait aussi un jeune rappeur d’Orgemont dans le 93, du nom de Busta Flex. Busta sortira un premier maxi « Kick v m N » » devenu culte puis signera en major avec Kool Shen qui produira son premier album en 1998. Un album classique qui sera certifié disque d’or. Busto est vite couronné par ses pairs meilleur freestyleur. Ses impros resteront dans la légende.

1997 : Le reggae entre définitivement dans les foyers. Daddy Nuttea, pionnier du genre, fut le premier à enregistrer du dancehall en Jamaïque avec  Steelie et Cleevie en 1992. Il sortira un premier album en 1993 de Nuttea faisait partie depuis des années du Sound system High Fight, qui regroupait Don LickShot et Tonton David entre autres. C’est en 1997 qu’il rencontre un premier succès avec « L’agitateur » issu de son deuxième opus et c’est en 2000 qu’il fera ses plus gros hits avec son troisième album « Un signe du temps ».

Mais dans le Reggae, il y a aussi les femmes: Miel, Flya, Lady Sweetie, et surtout Princess Erika qui a réussi parfaire le cross-over. Erika a commencé le reggae toute jeune, d’abord en groupe avec ses sœurs. Elle poursuit sa carrière en solo et sort le titre « Trop de blabla » dans les années 80, repris aujourd’hui par une célèbre compagnie d’assurance. Elle se retrouve numéro 1 des ventes françaises sur l’année 1996 avec « Faut qu’j’travaille ». Le reggae est une musique militante de libération, mais surtout une musique remplie d’espoir.

Une autre école du rap émerge à ce moment là.

Celle du Ménage A 3. Une philosophie créée autour de différents groupes et artistes comme Lyons S, Gued1 ,les 3 coups, les jumeaux 2BalNiggets, 2 NEG, Monsieur R, AdHoc-1, Krokmitten. En 1996 sort « 3x plus efficace », des 2BAL 2NEG, avec Tefa, Masta et White et Spirit en chef d’orchestre. C’est le premier album de rap à faire disque d’or via un label indépendant.

L’année suivante, en 1997, c’est Monsieur R, rappeur engagé, parlant politique et militantisme, qui sortira son premier album solo « Au commencement » entièrement produit par Black Mozart, qui produira le premier album de Diam’s par la suite.

Ménage A 3, un crew mythique, 2BAL 2NEG « 3x plus efficace », un album qui 20 ans après l’est tout autant. Les 2 BAL indépendants jusqu’à l’os, nous ont laissé cet hymne culte sur les majors : « La magie du tiroir ».

C’est en 1988 que Chili Phil, plus connu sous le nom d’Akhenaton, pose pour la première fois sa voix sur un disque, le maxi des rappeurs de Brooklyn Choice MC’s. Puis avec IAM, le groupe qu’il forme avec Shurik’n, Kheops, Kefren, Imhotep, et anciennement Freemon, il sortira 7 albums. C’est avec la sortie de leur 3ème album « L’école du micro d’argent » en 1997 que le groupe marseillais atteint son apogée. Enregistré en partie aux Etats-Unis, avec des influences du Wu-Tang Clan, l’album s’est vendu à près de 2 millions d’exemplaires. Il est certifié disque d’or le soir même de sa sortie et reçoit une Victoire de la Musique.

Après la grosse vague Ministère A.M.E.R et leurs deux albums devenus cultes, c’est Doc Gynéco en 1996, qui sortira le premier son album « Première Consultation ». Celui ci deviendra l’un des albums de rap français les plus vendus en France avec plus d’un million d’exemplaires. Cet album, influencé par le Rap West Coast aux sonorités funk et soul, le propulsera en haut des charts avec des titres comme « Viens voir le docteur», « Nirvana »,«Vanessa » ou encore « Né ici »qui feront de cet album une référence.

Passi et Stomy, qui s’étaient rencontrés tous les deux au collège à Sarcelles, décident eux aussi de se lancer en solo. Stomy Bugsy, inspiré par le rap West Coast des Etats-Unis, sort juste après en 1996 son album « Le calibre qu’il te faut», réédité en 1997 en « Quelques balles de plus … pour le calibre qu’il te faut ».

Il atteint la 9e place des classements musicaux français, et est certifié double disque d’or. Stomy connaît un succès important avec le single « Mon papa à moi est un gangster »· vendu à plus de 700 000 exemplaires et monte son gang Show Lapin.

Passi, son compère de toujours, né en 1972 à Brazzaville, sortira son premier solo « Les flammes du mal » sur la B.O. du film « Ma 6-T Va Crack-ER ». Il enchainera avec « les tentations », son premier album signé chez V2, certifié disque de platine avec plus de 500 000 exemplaires vendus. Des titres comme «Je zappe et je matte », « Le maton me guette » et « le monde est a moi » avec Akhenaton, confirmeront son statut d’altesse.

La principale singularité d’Oxmo Puccino réside dans son écriture, fondée sur les métaphores et les phrases chocs. Ce lien à la chanson française lui vaut le surnom de « Black Jacques Brel », Avec un autre rappeur du 19e arrondissement, Pit Baccardi, il intègre le collectif Time Bomb qui lui permet de collaborer avec lesX-Men, lunatic (Booba et Ali) et Hi-fi. Alors que le collectif Time Bomb originel se separe, Oxmo Puccino signe un contrat avec Delabel et publie son premier album« Opéra Puccino »,en 1998, devenu le classique parmi les classiques. Il sera bien plus tard certifié disque d’or.

On y trouvait un des plus beaux duos du rap français « Le jour où tu partiras » avec la chanteuse K-Reen. Auteur-compositeur interprète, K-Reen démarre sa carrière en 1993 en tant que rappeuse et chanteuse dans le groupe Rootsneg. Puis elle se lance en solo et apparaît sur de nombreux projets.

En 1998, les singles« Tu me plais» avec Def Bond et « le Mensongeur » avec Oxmo, la révèlent au grand public … K-Reen est l’artiste qui a inspirée et influencée toutes les chanteuses de musique urbaine d’aujourd’hui.

1998 … Certainement l’année de l’âge d’or du rap français. Alors que l’album d’Oxmo vient de transcender à jamais notre vision du rap, un jeune rappeur de Sarcelles, encore sous le choc du Ministère A.M.E.R, accède à la notoriété. Non sans rappeler l’américain Biggie, c’est avec «Aie Aie Aie», issu de l’album « le grand schlem »signé chez Polydor, que Driver déboule avec humour. Il installe définitivement un autre rap sarcellois moins dur.

Pendant ce temps là, toujours dans le 95, Àrsenik, deux frères de Villiers Le bel, du croco’ de la tête aux pieds, du poison sous la mine et le Secteur A posé en symbole de réussite, donnent naissance à leur premier album «Quelques gouttes suffisent … ». Il deviendra rapidement double disque d’or. 

Matraqué par le Beat et les formules assassines des 2 frangins, le titre « Boxe avec les mots» suffira à donner à jamais au rap français ses lettres de noblesse. Avec Ârsenik quelques gouttes suffisent, alors quand il en tombe une pluie …

Tout aussi engagé et représentant le rap cru des ghettos français, La Cliqua sort son premier vrai album fin 1999. Le groupe, formé en 1993, différent de tout ce qui se faisait à l’époque, est composé au départ de Daddy Lord C, Rocco, Raphael et Khondo, et issu d’un collectif regroupant aussi Egosyst, Lumumba, Chimiste, Gallegos, Sir Ewing.

Le crew connaît un succès d’estime grâce à son premier EP « Conçu pour durer », Cet EP leur amènera une reconnaissance mondiale : ils feront des concerts aux USA, Suisse, Belgique, Canada et en Allemagne. Rocca sort en 1997 son premier album solo « Entre deux mondes» vendu à 100 000 exemplaires. Il y pose le plus puissant morceau d’espoir du rap français, qui fut son plus grand succès commercial. « les jeunes de l’univers » fera le bonheur des radios et des télés.  Daddy Lord C fait de même en 1998, et sort « Le noble art », nom donné en référence à la carrière de Daddy dans la boxe.

ldeal J, c’est 4 jeunes du 94, DJ Mehdi {repose en paix), Kery James, Teddy Corona, Baker aka Rocco, ayant signé sur Arsenal Records, qui sortent leur premier album« Original MC’s » en 1996. Chimiste produira d’ailleurs « L’amour » sur « Le combat continue » deuxième album d’idéal J. Le single « Hardcore » sera censuré en radio et le clip devra être refait avec des images plus soft. Cette chanson devient un classique et une référence du rap français.

Membre de la Mafia K’ 1 Fry, comme Idéal J, Rohff publie son premier album« Le Code de l’honneur» en décembre 1999. Cet album restera un monument du rap français avec notamment les titres « Appelle moi Rohff » et « Génération sacrifiée ». Rohff compte huit albums studio depuis l 999.

Les Nèg’ Marrons sont les représentants Dancehall du Secteur A. Le groupe se compose à l’origine de Ben-J, Djamatik et Jocky Brown. les trois omis grandissent dans le même quartier. Ils se font connaître grâce au titre « La monnaie » présent sur Io bande originale du film « Raï » de Thomas Gilou. Leur premier album « Rue Case Nègres» est enregistré à Londres avec une section rythmique jamaïcaine.

Ils sortiront deux albums avant 2000 avec entre autres les hits « le bilan » et « La monnaie », La décennie terminera en beauté avec la compilation du label Première classe et l’incontournable titre « On fait les choses ». On y retrouvait Mystik, ses dribbles et ses rimes en « n–té », Pit Baccardi qui se pavane, Rohff et son coté bad boy, et les Neg’Marrons scandant un refrain aux effluves de reggae. les années 90 nous ont laissé un héritage rapologique immense qui a construit et forgé les artistes d’aujourd’hui. Tous ces titres continueront de résonner à vie dans notre for intérieur.

L’âge d’or du rap français ou la bande originale de nos vies.

Anne-Valérie ATLAN

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