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JE ME CONSIDERE CHANCEUX : INTERVIEW PAOLO FRESU 2016 @ MARC DUPUY

Les Interviews de MeL Webzine - Musiques en Live

Marc Dupuy a rencontré son ami Paolo Fresu pour Musiques en Live. Une interview aux couleurs du jazz, de la solidarité et de l’Italie !

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MD

– Tout d’abord, merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions pour Musiques En Live

– Paolo, Time In Jazz vient de se terminer et tu prépares déjà l’édition 2017 (la 30ème).
As-tu un scoop sur cette programmation ?

PF
– Pas encore. Nous commencerons à écrire le programme plus ou moins en novembre.
Toutefois, le festival se déroulera à la mi-août. Nous sommes un des premiers festivals à se préparer avec une grande avance.

Je peux seulement dire que le thème du festival (Time in Jazz) sera celui des 30 ans. Un important anniversaire qui sera fêté de la meilleure des manières.

Ce qui est certain, c’est qu’il y aura quelques uns des projets chanceux des éditions précédentes.
Il est possible aussi que je décide de donner quelques petites directions artistiques, sur une journée seulement et à quelques « amis » de Time In Jazz.

MD
– N’est-il pas difficile de faire vivre un tel festival, malgré la conjoncture ?

PF
– C’est très difficile, parce que les économies sont de moins en moins fortes et parce qu’en Sardaigne, il est difficile de trouver des sponsors.
Durant ces trente ans, nous sommes allés de l’avant et rapidement sans rencontrer trop de problèmes mais nous nous sommes retrouvés, les ans passants, avec des programmes toujours plus riches et de qualité et avec des financements de plus en plus exigus.

L’espoir est qu’avec le rendez-vous important des trente ans il y ait plus de disponibilités et d’attentions. De la part des institutions ou des sponsors.
Je me plaîs cependant à rappeler que le succès du festival réside dans le grand nombre de bénévoles qui y travaillent et auxquels je reconnais un rôle important dans le succès de la manifestation.

MD
Ta collaboration avec Omar Sosa (Alma, Eros) est une réussite. L’amitié joue un grand rôle dans ce succès non ?

PF

L’amitié et l’estime jouent toujours un rôle fondamental. Cela a toujours été le cas dans toute ma carrière artistique et je ne réussis pas à concevoir la musique sans que derrière il y ait un rapport humain fort.

Avec Omar, c’est une amitié et une estime qui se sont renforcées au fil des ans. Aujourd’hui nous découvrons qu’il y a des choses qui nous rapprochent et beaucoup d’autres que nous avons réciproquement apprises et que nous mettons en commun maintenant.

Enfin, dans la loge ou en dehors de la loge comme sur scène, nous mettons les empathies et les diversités ensemble.

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MD
Lorsqu’on consulte ton calendrier de concerts, on s’aperçoit qu’il n’y a pas beaucoup de temps morts. N’éprouves-tu pas une certaine lassitude à certains moments ?

PF
– Sincèrement non, bien qu’en ce moment je sois particulièrement fatigué (1), parce qu’il y a beaucoup de choses à suivre et que quelques unes de celles-ci ont besoin de résolution.

La vie que je mène me plaît beaucoup et il me plaît qu’autour de la musique tournent beaucoup de choses. En effet il n’y a pas seulement que les concerts, il y a également : la composition, les enregistrements mais aussi, les cours, les directions artistiques, la Tük Music , la grande journée de solidarité pour l’Aquila et les autres opérations de solidarité.

C’est aussi, depuis quelques années, le travail politique pour mettre la musique et le jazz italien à une nouvelle place, plus visible, dans le respect du passé.

Il y a les projets dédiés à l’enfance avec Nid de Notes et Notes Elémentaires, l’écriture de livres. Tout ceci tourne autour d’une sphère où toutes ces choses se rencontrent et dialoguent entre elles.

Toutes ces choses donnent un sens à la musique mais aussi à ma vie.
Et puis il y a les voyages et les découvertes… je me considère chanceux (en français dans le texte – ndlr).

MD
Tu m’as confié un jour, consacrer un mois par an aux actions humanitaires. Tu aimes
les autres et tu aimes le partage cela se voit.

PF
– Je ne le sais pas. Je ressens toujours le besoin de le faire pour donner un sens non seulement à ma vie mais aussi à ma musique.

Je crois en la valeur fondamentale de la musique comme instrument de communion et je tâche de l’utiliser.

MD
Après l’Aquila, c’est au tour d’Amatrice de subir le tremblement de terre. Une fois de plus, tu as répondu présent avec les musiciens italiens.

PF
– Ce devrait être un geste normal pour tous.

Déjà l’an dernier nous avions été à l’Aquila pour une journée avec environ 600 musiciens pour 110 concerts sur 18 scènes. Dans le centre historique de la ville, blessée par le séisme de 2009. Ce fut un grand succès avec l’arrivée inattendue de 60 000 personnes.

Cette année, tout était prêt avec 750 musiciens sur 20 scènes. Nous attendions 100 000 participants. Mais dans la nuit du 24 Août tout a changé (Tremblement de terre d’Amatrice). Alors nous avons déplacé la solidarité sur Amatrice et les autres centres avec l’objectif de reconstruire le théâtre écroulé ou d’en offrir un nouveau.

Nous avons déplacé la journée dans toute l’Italie et à ce jour, nous avons recueilli 100 000 €. Nous sommes entrain d’unir les forces du monde du jazz avec celles du monde du cinéma, théâtre et télévision, pour qu’on puisse réussir à donner, dans un temps assez court, un théâtre à Amatrice.

Je suis certain que nous le ferons. L’Italie est toujours un pays solidaire et altruiste et
malheureusement aussi, habitué aux tragédies.

MD
Quelles sont les personnes qui comptent le plus pour toi ?

PF
– La famille avant tout et puis les amis qui travaillent avec moi depuis beaucoup d’années.
Le succès des choses on le construit ensemble et on le porte en famille et on en parle avec ses propres amis.

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MD
Paolo, quels sont tes compositeurs et musiciens préférés (vivants ou morts) ?

PF
J’aime beaucoup la Musique Baroque et ses compositeurs. De Claudio Monteverdi à Purcell en passant par Bach. J’aime aussi beaucoup Mozart.
Dans le jazz, Thelonious Monk ou Charlie Mingus. J’ai joué beaucoup de choses de Monk mais de Mingus assez peu. Mais il y a évidement de nombreux autres que j’aime beaucoup.

MD
Ton fils Andrea suit-il les traces de son papa ? Est-il musicien ?

PF
– Cela lui plairait beaucoup. Il est né dans la musique et il l’aime (2). Il joue du violon, de la batterie et aussi de la trompette et du piano. C’est avec ce dernier instrument qu’il a écrit les premières mesures de Andrea’s Milonga que j’ai complété et qui a été enregistré dans le CD TRIGONO avec le Quatuor Alborada, Marco Bardoscia et Rita Marcotulli.
Et puis en ce moment il aime à mourir la musique des Beatles.

MD
Encore merci Paolo d’avoir répondu à mes questions.
A bientôt pour un concert en France avant Berchidda l’an prochain.

PF
– Grazie
A presto !

Marc Dupuy – Musiques en Live

(1) Au moment où je réalisais cette interview, Paolo Fresu rentrait d’une mini-tournée au Japon.
(2) Sonia sa maman est violoniste, au sein du Quatuor Alborada.

Paolo Fresu _2015 (ph © Roberto Cifarelli1905)

Paolo Fresu _2015 (ph © Roberto Cifarelli1905)

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